Coronavirus : que deviennent les « gardes à domicile » pendant le confinement ?

Les auxiliaires parentales, communément appelées « nounous », exercent au domicile des parents-employeurs. En cette période particulière de confinement, leur quotidien professionnel subit lui aussi des bouleversements.  Avec l’association Gribouilli qui œuvre auprès des auxiliaires parentales d’Île de France, revue des  différentes  situations auxquelles elles ont été confrontées depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus.
 
Départs précipités et décisions à prendre
A l’instar des assistantes maternelles, les auxiliaires parentales n’ont pas à exercer uniquement auprès des enfants du personnel soignant. « Les auxiliaires parentales travaillent beaucoup pour des cadres qui sont donc confinés mais qui doivent assurer un télétravail. Et ça a mis un peu le bazar. Plusieurs d’entre elles ont accepté de partir à la campagne avec leurs employeurs car ces derniers étaient au courant d’un confinement avant même son annonce. Sauf que le confinement qui devait durer quinze jours ne fait que se prolonger … » explique Maïmonatou Mar, co-fondatrice de l’association.
Les auxiliaires parentales qui ont accepté de suivre leurs employeurs à la campagne n’ont généralement pas de famille à charge, mais au vu de la durée du confinement, « comment la relation professionnelle va évoluer ? Est-ce que la maison est assez grande pour que chacun ait son espace ? Encore une fois la frontière est très trouble au niveau de l’intimité et des horaires de travail » s’interroge Maïmonatou.
 Des parents-employeurs ont tenu à proposer à leur auxiliaire parentale de venir avec eux se confiner à la campagne à titre de « vacances », notamment pour fuir les risques épidémiques en Île de France. « Cela montre à quel point elles sont vraiment dans l’intimité de la famille » souligne  Maïmonatou.
Enfin, certaines familles dont l’enfant est en « garde partagée » avec une autre  famille, ont joué la carte de la générosité : partant à la campagne, les parents ont proposé de laisser leur domicile désinfecté à leur auxiliaire parentale pour qu’elle puisse continuer à accueillir l’autre tout-petit en leur absence. « Des dispositifs innovants ont été mis en place, le confinement pousse à faire du « sur-mesure » pour les familles et leurs auxiliaires » explique Maïmonatou.
 
Beaucoup d’incertitudes financières notamment
Le télétravail a permis aux parents d’aménager leurs horaires de passer plus de temps avec leurs enfants et du coup de moins solliciter leur auxiliaire parentale.
Mais,  dans beaucoup de familles, l’impact financier de la situation commence à se faire sentir. « Il y a des parents qui se sont retrouvés au chômage, d’autres au chômage partiel. Même s’ils ne veulent pas suspendre le salaire de leur auxiliaire, ils en viennent à reconsidérer sa venue à leur domicile, surtout quand ils doivent déjà se serrer la ceinture » explique Maïmonatou avec lucidité.
Pour répondre aux nombreuses questions des parents-employeurs, la permanence téléphonique de l’association Gribouilli s’est rendue encore plus disponible que de coutume. « On nous pose plusieurs questions : si je perds mon emploi est-ce que je peux continuer à avoir une garde d’enfants ? Comment préparer l’après -confinement ? Nous mettons beaucoup d’énergie sur la prévention en accompagnant les familles dans la prise de décisions. Pour les parents qui vont perdre leur emploi, nous leur suggérons la garde à domicile partielle. L’idée est d’aider les familles à mutualiser les ressources et surtout à penser sur le long terme » développe Maïmonatou.

La santé des auxiliaires parentales en question
Pour les auxiliaires parentales à risques, quelques-unes ont eu la chance d’avoir des employeurs qui ont tenu à maintenir leur salaire sans qu’elles aient à venir travailler. D’autres employeurs ont fait le choix di chômage partiel dès que cela a été possible.  
Mais pour la plupart d’entre-elle , la situation s’avère complexe : « Nous avons soutenu des auxiliaires parentales qui ne voulaient pas prendre de risques en les renvoyant vers les partenaires sociaux et les patronats. En amont, l’association a communiqué les informations officielles. Plusieurs d’entre elles ont fait les démarches pour se faire arrêter car elles avaient des enfants en bas âge ou qu’elles étaient à risque. La situation est très délicate car elles n’ont pas accès à la médecine du travail, et ce sont souvent des séniors. C’est là que nous avons senti la fragilité du système de santé dans cette branche. Car le rapport de force est souvent à l’avantage des employeurs. Les parents, par exemple, attendent de la garde d’enfant qu’elle respecte des mesures d’hygiène drastiques mais ils ne pensent pas toujours à la réciprocité. Certaines gardes d’enfants risquent de travailer avec des parents-employeurs qui ne respectent pas du tout le confinement ce qui les exposerait ».

Pour aider de la meilleure manière les auxiliaires parentales et leurs parents-employeurs, l’association Gribouilli a réalisé un kit de santé sanitaire complet qui répond aux questions que chacun peut se poser. « Prenons les gestes barrières : tousser dans le coude est-il en adéquation avec le port de l’enfant ? » interroge Maïmonatou.

Ce kit est à retrouver ici ou sur le site de l’association.

"Par ailleurs, certaines adhérentes (en chômage partiel ou en recherche d'emploi) se sont proposées de garder bénévolement les tout-petits des personnels de santé. Ceux-ci peuvent les solliciter directement sur HOPTISOINS, plateforme mise en place par l'APHP" informe Maïmonatou.
 
Publié le 20 avril 2020
Mis à jour le 21 avril 2020