Crèche Muret-Pyrénées : une équipe mobilisée pour l'accueil des enfants des soignants du CHU de Toulouse

Christelle Figueray est directrice de la crèche Muret-Pyrénées située à une vingtaine de kilomètres de Toulouse. Une crèche de 30 berceaux qui a été réquisitionnée, il y a 15 jours, pour accueillir les enfants du personnel soignant du CHU de Toulouse. Sa priorité : rassurer le personnel, les enfants et les parents. Son secret pour accueil serein et efficace : calme et organisation au cordeau.
« La crèche Muret-Pyrénées du réseau Babilou accueille en temps normal 13 enfants dont les parents travaillent au CHU de Toulouse. C’est sans doute pourquoi, le préfet a pensé à nous car dès le vendredi suivant l’allocation du Président de la République nous avons été prévenus que nous étions « réquisitionnés » raconte Christelle Figueray, sa directrice.

En urgence mais sans précipitation
La crèche fonctionne d’ordinaire en horaires atypiques, 6H30/19h. Néanmoins, il a fallu s’adapter et très vite. Ce qui ne veut pas dire de façon désordonnée et précipitée. D’abord le personnel. Il a fallu appeler chaque pro un par un pour lui exposer la situation : annoncer la réquisition, expliquer le fonctionnement, préciser les protocoles de prévention …
« Tous les professionnels présents sont volontaires. Ils n’ont subi aucune pression » explique Christelle Figueray. Et elle ajoute : « de nombreux professionnels des structures du groupe fermées ont spontanément proposé de venir travailler. J’ai une liste d’attente très longue. En fait 70% des professionnels de la crèche se sont portés volontaires. Les autres ont dû renoncer soit pour garder leurs propres enfants soit pour des raisons de santé, étant eux-mêmes ou leurs proches considèrés comme personnes fragiles. »
« On a reçu dès le lundi des masques et des gants du CHU de Toulouse précise-t-elle. La direction du groupe nous a épaulé. Nous avons des contacts quotidiens avec notre direction régionale. Rien n’a été laissé au hasard côté sécurité et hygiène, et pourtant tout s’est mis en place très vite. »

Des parents inquiets mais sensibilisés donc prudents
Les « nouveaux parents et les nouveaux enfants » non habitués à cette crèche ou peu familiers de l’accueil collectif, ont dû être rassurés. Pas facile de laisser du jour au lendemain son enfant à des inconnus. « Nous avons essayé de prendre pour chaque nouvelle famille une demi- heure le premier jour pour expliquer le fonctionnement de la crèche,  s’enquérir des habitudes de l’enfant, expliquer notre pédagogie (chaque parent a reçu un petit livret à ce sujet et également un document de « familiarisation ») et informer des strictes mesures d’hygiène que nous mettons en place notamment pour les doudous et les tétines. Pour adoucir ces séparations un peu brutales, la crèche envoie des photos aux parents assez régulièrement.  » Les premiers jours c’était un peu compliqué car les parents sont les vecteurs de l’inquiétude que peut ressentir un enfant, mais petit à petit un rythme a été pris. Et globalement tout se passe bien pour les enfants et leur famille.
Les parents sont accueillis dans un sas : on les invite à se laver les mains, on leur donne des gants, un masque individuel et des sur-chaussures jetables. « Ces précautions sont très bien acceptées car nous avons affaire à des parents travaillant à l’hôpital donc très conscients des dangers du virus et des modes de contagion »souligne Christelle.
Parallèlement l’équipe de la crèche garde le contact avec les parents des enfants habituellement accueillis. Elle donne des nouvelles et envoie des activités à faire en famille « confinée ».

Des professionnels volontaires mais qu’il faut rassurer
Tous les professionnels sont donc volontaires mais cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas inquiets ! A Christelle donc de les rassurer. Elle dit adopter un mangement « très humain ». Elle prend de leurs nouvelles et des nouvelles de leurs proches. Elle est sur place en permanence prête à répondre à leurs interrogations ou doutes.  Des volontaires, il y en a venant de crèches fermées,  donc au moindre signe de fatigue, de coup de blues ou de trop grand stress, tout professionnel peut dire « j’arrête » et être remplacé. « Je suis attentionnée, je prends réellement du temps pour chacun » souligne Christelle. Et elle, la directrice-chef d’orchestre, comment résiste-t-elle ? « Moi confie-t-elle dans un sourire, je peux me décharger  auprès de ma responsable de secteur.»
Enfin côté sécurité, outre les masques et gants fournis par le CHU, le groupe a mis à disposition du personnel des tenues spéciales. « Deux tenues complètes qui sont lavées sur place dans une machine dédiée, différente de celle réservé au linge des enfants. Et pour les temps de pause, les professionnels se changent » explique Christelle.  

Une organisation qui s’adapte
Chaque jour est différent. Le lundi - le premier jour de cette réquisition- tout s’est passé dans le calme. Le lendemain, paradoxalement a été plus difficile. Il faut s’adapter au jour le jour, d’autant que la crèche accueillant des enfants de soignants, les effectifs varient d’un jour à l’autre.  Les parents travaillant à l’hôpital ont un sacré rythme, du coup ils cumulent des jours de récupération pendant lesquels les ils gardent leurs enfants avec eux. La crèche n’est jamais au complet.
Les mesures d’hygiène drastiques ont aussi bouleversé l’organisation des journées. Les caisses de jouets par exemple. Il a fallu les concevoir avec des jouets qui passent au lave-vaisselle et les changer régulièrement. Il faut une traçabilité claire.
« Nous sommes dans un contexte de sécurité et d’hygiène maximales » note Christelle et cela complique beaucoup la vie. Le jardin, heureusement est accessible mais il faut aussi veiller à ce que jamais il n’y ait plus de 10 enfants en même temps dans un même lieu.
Actuellement la crèche n’affiche pas complet. Mais restent mobilisés sa directrice, trois EJE, un agent de service, une adjointe-puéricultrice à temps partiel, une auxiliaire de puériculture et deux auxiliaires petite enfance. Une équipe au taquet, solidaire, une « équipe formidable » dit fièrement Christelle Figueray.
 

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 25 mars 2020
Mis à jour le 23 avril 2020