La Poupounetto, une crèche où, malgré le Covid-19, l’accueil est resté chaleureux et spontané

La Poupounetto, crèche associative de Rognonnas (Bouches du Rhône) accueille de nombreux enfants de médecins de l’hôpital d’Avignon. Non réquisitionnée, elle a décidé néanmoins de rester ouverte.  Une équipe de volontaires chaleureuse, des enfants pas stressés et des parents, peu inquiets, reconnaissants et admiratifs de la belle énergie de professionnelles entraînées par une directrice au taquet. On vous raconte.

 
La crèche La Poupounetto accueille habituellement quarante enfants. « Nous avons beaucoup de parents médecins, infirmiers ou travaillant en EHPAD explique sa directrice, EJE, Carole Condaminas. Dès l’annonce de la fermeture des crèches, après en avoir discuté avec l’équipe, nous avons décidé d’être volontaire pour rester ouvert pour nos parents soignants. La responsable de mon association -Familles rurales- a fait une demande à la PMI qui a accepté. »
Au départ cette ouverture concernait potentiellement 9 familles mais finalement seulement 4 ont fait le choix de laisser leur enfant à la crèche. Et aujourd’hui de nouvelles familles de soignants dont la crèche est fermée, à cours de solutions, vont rejoindre la Poupounetto.

Une préparation qui a évité des stress inutiles
Carole Condaminas en est persuadée, quand on prépare bien les choses, qu’on les prend dans l’ordre dès le départ tout se passe mieux. Bien. Même si la décision a été prise rapidement, tout a été pensé sans précipitation. « D’abord nous sous sommes informées mon adjointe infirmière -puéricultrice et moi. Nous avons lu toutes les circulaires sanitaires, toutes les consignes pour bien nous en imprégner. Le lundi 16 nous avons désinfecté toute la crèche. Le mardi 17 mars à 8H30 nous avons ouvert la crèche et accueilli les enfants. Notre priorité a toujours été : faire attention à ne pas faire retomber nos angoisses et stress d’adulte sur les enfants. »

Deux équipes de volontaires qui travaillent une semaine sur deux
Côté personnel, bien sûr tout s’est organisé sur la base du volontariat. La crèche tourne avec environ 30% de son personnel habituel. « Deux équipes comprenant une EJE, des auxiliaires petites enfance et un agent d’entretien tournent en alternance une semaine sur deux. Seules mon adjointe et moi sommes là en permanence. L’équipe qui ne travaille pas est en activité partielle. Les pros qui ne participent pas à l’ouverture, eux aussi sont en chômage partiel ou en arrêt de travail pour garder leurs enfants » explique Carole. Et comme la cuisinière venait de se casser le poignet … et que demander aux parents d'apporter les repas était compliqué, c’est Carole qui s’est mise aux fourneaux pour la préparation des repas. Une directrice multitâches donc !

Des mesures sanitaires renforcées mais sans panique et pas au détriment des enfants !
Des masques, (FFP2 et chirurgicaux), les professionnelles de la crèche en ont eus, mais ne souhaitent pas les mettre. D’ailleurs,  ils sont aujourd’hui périmés. La crèche en recevra bientôt des en tissus mais l’équipe préfère garder une certaine proximité avec les enfants. Alors tant pis pour les masques qui d’ailleurs selon les parents-médecins des enfants accueillis ne protègent pas si bien que ça !
En revanche, les parents (qui rappelons-le travaillent à l’hôpital et côtoient des patients atteints du virus) ne rentrent plus dans la crèche. L’accueil se fait dans le sas d’entrée. Les transmissions aussi, avec une distance entre pros et parents. Le vestiaire des enfants est désormais dans le sas . Les petits ne rentrent pas en chaussurse dans leur pièce vie. Et dès leur arrivée ils se lavent les mains.
Et puis vigilance autour jouets mis à disposition des enfants. « Nous privilégions le jeu libre, mais le choix des jouets se fait en fonction du nettoyage. Il y a un turn over, chaque jour, tous les jeux et jouets ne sont pas accessibles » explique Carole.
« Je pense que l’accueil que nous proposons nous prépare bien au déconfinement progressif du 11 mai. Il faudra que l’on voie quels parents souhaitent nous c confier leurs enfants et qui du personnel est prêt à reprendre. On a la chance d’avoir trois accès pour rentrer à la crèche, ce qui nous aidera aussi » espère Carole.

« Les pros sont courageuses et assurent »
Cosmin Roman est médecin à l’hôpital d’Avignon et papa d’Iris, 2 ans et 2 mois. « La seule alternative que nous aurions eue si nôtre crèche fermait, aurait été la crèche de l’hôpital. Et franchement nous sommes soulagés qu’Iris n’aie pas eu à changer d’environnement. Cela nous aurait beaucoup ennuyé de la bouger, de lui faire perdre ses repères. Nous sommes plusieurs parents-médecins à la crèche, nous avons beaucoup discuté entre nous et avec la directrice et finalement grâce à la mairie et à la PMI la crèche a pu rester ouverte. » Un vrai soulagement. Inquiet d’une éventuelle contamination ? « Nous avons la chance explique-t-il en tant que médecins d’être plutôt mieux informés que d’autres. Donc je suis un parent moins anxieux pour aborder la pandémie et je respecte parfaitement les mesures de sécurité et d’hygiène. Je ne m’approche pas du personnel de la crèche.  Je crois plus à la distanciation et au lavage des mains qu’aux masques que je vois si souvent mal utilisés au sein même de l’hôpital ! » Parent-médecin, il est aussi conscient que sa fille a plus de risques de contracter le Covid-19 auprès de lui que dans le cadre de son accueil à la crèche ! Conscient aussi dit-il que les jeunes enfants contractent rarement le virus et encore plus rarement sous des formes graves. Mais conscient encore que « si le virus rentre dans la crèche, tout le monde l’attrapera. »
Mais tient-il à ajouter : « je tire mon chapeau à toute l’équipe. Les pros sont courageuses, elles assurent. Car, c’est sûr, elles sont plus exposées que ceux qui restent confinés chez eux. J’ai beaucoup de respect pour le personnel. »

« Un environnement chaleureux et épanouissant »
Elodie Billici, elle aussi médecin à l’hôpital d’Avignon n'a pas hésité non plus à laisser Alice, 2 ans à la Poupounetto. Et elle a été ravie que son fils de 4 ans puisse y être accueilli pendant les vacances scolaires. « Nous ne sommes pas stressés même si nous savons que les mesures - barrière entre enfants et avec des enfants de cet âge, ce n’est pas évident. Mais moi,  je préfère un environnement chaleureux où les professionnelles gardent une certaine proximité et spontanéité avec les enfants à un univers aseptisé de blouses et de maques. Je pense que l’environnement proposé par cette crèche est plus épanouissant et moins traumatisant pour les enfants. Je vois la différence avec mon fils qui a est à l’école maternelle. Ce n’est pas la même ambiance, les enseignants portent des masques et sont distants des enfants » explique la jeune maman.
Maman et médecin… Donc oui , elle reconnait que la protection ne sera jamais à 100% pour les enfants mais aussi que pour 98% des malades du Covid-19, ça se passe très bien. Donc oui,  Elodie est zen et trouve que l’accueil « a été hyper bien géré par l’équipe et que Carole, la directrice a tout fait pour faciliter la vie des parents … »  Même si l’amplitude horaire est moins grande : 8h30 / 17h30 au lieu de 8h /18H.

« Les pros ont su s’éloigner des parents et garder la proximité avec les enfants »
La maman de Chloé, bientôt 2 ans, elle aussi est admirative de l’accueil proposé en ces temps de crise sanitaire par l’équipe de carole. « L’organisation est top. Les mesures sanitaires sont bien respectées, l’équipe a su adapter le fonctionnement de la crèche avec un accueil dans le sas et les mesures- barrière, tout en gardant du temps pour les échanges avec les parents. Elle a su s’éloigner des parents tout en gardant une vraie proximité avec les enfants. »  Et finalement dit-elle, « c’est moi, vu mon activité auprès des patients, qui ai peur de les contaminer ! »
 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 21 avril 2020
Mis à jour le 11 mai 2020