Les petits lionceaux : une micro-crèche ouverte 24h sur 24 et 7 jours sur 7

Ouverte depuis décembre 2017, la micro-crèche « les petits lionceaux » se situe près de l’hôpital de Mercy dans la métropole de Metz (57). Stéphanie, la fondatrice, est infirmière puéricultrice depuis une dizaine d’années. Elle a elle-même exercé dans cet hôpital avant d’ouvrir ses propres structures, dont l’une a récemment dû fermer ses portes suite à un incendie. Si « les petits lionceaux » n’a aucun contrat avec l’hôpital de Mercy, depuis le début de la crise du Covid-19, Stéphanie a tenu s’adapter aux besoins du personnel médical en élargissant les horaires afin d’offrir aux soignants un accueil avec le moins de contraintes possible. 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, défi relevé par Stéphanie et sa courageuse équipe !
 
Une amplitude horaire exigeante
« Habituellement, notre micro-crèche couvrait une amplitude horaire de 6h/ 19H. Mais avec la pandémie, plusieurs micro-crèches locales ont dû fermer leurs portes. Je me suis alors dit que nous pouvions faire quelque chose pour proposer aux soignants qui se retrouvaient sans mode de garde une alternative rassurante » raconte Stéphanie, enthousiaste.
En concertation avec son équipe, elle a choisi de rendre sa micro-crèche constamment ouverte pour convenir aux heures de travail du personnel soignant. « On a très vite eu le feu vert de la PMI pour s’adapter aux demandes. L’équipe s’est portée volontaire de manière spontanée car je leur avais laissé la possibilité de se retirer. Je leur avais tout expliqué et je comprenais la peur, l’angoisse. Je ne souhaitais pas leur apporter une quelconque pression. Et pourtant, elles ont toutes répondu présentes à l’appel. C’est une très grande fierté pour moi d’avoir une équipe aussi solidaire, qui ne s’est pas laissée envahir par la peur ! » témoigne Stéphanie.

S’organiser avec efficacité
Suite à l’incendie électrique qui a contraint Stéphanie a fermé l’une de ses deux structures pour le moment, sa micro-crèche « les petits lionceaux » a eu le droit d’accueillir 14 enfants. « Avec le confinement, je dirai que nous sommes en moyenne sur 3 ou 4 enfants par jour. Mais c’est fluctuant, parfois nous en avons jusqu’à 6 et d’autres fois 1 ou 2 » raconte Stéphanie.
Mais, avec la situation économique, 2 CDD de la micro-crèche vont devoir de partir à la fin de la semaine. L’équipe sera donc de 4 personnes, ainsi qu’une personne en plus contrainte de rester chez elle pour des raisons de santé. « On partait quand même avec un volume de salariés un peu supérieur face à nos effectifs. Mais depuis le confinement, j’ai levé le pied sur l’administratif pour être beaucoup plus sur le terrain. J’ai un statut de gestionnaire ce qui fait que je n’ai pas le droit au chômage partiel, je couvre donc un maximum d’heures pour soulager mon équipe. Je me sens responsable et tiens à les protéger au maximum, même si je constate chaque jour leur investissement ! » précise Stéphanie.
Pour s’organiser de la meilleure manière, il est toujours nécessaire d’obtenir en amont les plannings des parents. Mais dans le milieu hospitalier, surtout en période de crise, ce n’est pas si simple … « On reçoit les horaires des parents le samedi voire le dimanche pour la semaine qui suit, même si je relance les parents dès le vendredi pour avoir un aperçu des besoins réels afin de faire une trame d’emploi du temps que je remets ensuite à mon équipe. Après, du jour au lendemain, on peut avoir des modifications imprévues, ce qui a notamment été le cas au pic de la crise. Aujourd’hui c’est plus stable, d’ailleurs c’est très rare que nous ayons à faire des nuits le week-end, mais l’idée est que s’il y a un quelconque besoin d’un parent, nous soyons là pour y répondre ».
L’équipe se relaie efficacement : l’une est du matin, une autre de l’après-midi et la dernière occupe le rôle de « réserviste » comme elles l’ont surnommé afin de venir aider en cas de besoins imprévus. « Il a fallu bien sûr tout réadapter, accepter de venir plus tôt et de finir plus tard, mais aussi de recevoir un texto d’un parent qui exerce aux urgences et qui part en intervention sans pouvoir garantir de venir récupérer son enfant à l’heure. J’essaye de prendre un maximum de nuits pour soulager mon équipe » explique Stéphanie.

Une adaptation inhabituelle
A situation inhabituelle, adaptation inhabituelle ! Car, avec le confinement, difficile pour la micro-crèche d’exercer comme d’habitude auprès des tout-petits accueillis. « Nous avons eu 12 nouveaux enfants en accueil d’urgence. Autant vous dire qu’il était impossible de faire une période de familiarisation comme de coutume … Pour limiter les contacts physiques, j’ai un long entretien téléphonique avec la famille afin de la rassurer, car il n’est jamais simple de confier son enfant à quelqu’un que l’on a à peine rencontré. Ensuite j’envoie des mails détaillés et demande un questionnaire sur les habitudes de vie de l’enfant. On prend ensuite bien soin d’envoyer plein de photos aux parents durant la journée et, au sein de l’équipe, on a créé des pochettes où on se note des petites infos sur les nouveaux enfants. On y met ce qu’on a remarqué, ce que l’enfant aime afin que celle qui nous relaye ait un maximum de détails pour prendre en charge le mieux possible le tout-petit » raconte Stéphanie.
Et d’ailleurs, l’équipe a très vite été surprise de constater qu’aucun enfant n’a souffert de cette absence de familiarisation, soulignant l’incroyable capacité des tout-petits à s’adapter.

Soignants et pros de la petite enfance plus soudés que jamais
Pour Stéphanie et son équipe, ce rythme est une forme d’engagement envers les soignants qui leur tient très à cœur. « Nous avions des parents tous les deux soignants qui, avec la crise, étaient dans l’impossibilité de refuser d’avoir une garde en même temps. Ayant exercé à l’hôpital, je sais comme c’est éprouvant pour les soignants et le rythme effréné est totalement exacerbé par la crise que nous traversons. Cela relevait du bon sens pour mon équipe et moi-même de pouvoir permettre ne serait-ce qu’à un seul parent de soigner quelqu’un ou de soutenir une personne malade dont la famille ne peut pas être présente » insiste Stéphanie, touchée.
Les parents soignants ont d’ailleurs tenu à témoigner de leur gratitude envers la micro-crèche en postant des photos d’eux en tenue avec un message de remerciement envers Stéphanie et son équipe.
Mais le travail n’est pas près de s’arrêter pour « les petits lionceaux ». Stéphanie a récemment été approchée par la PMI afin de devenir un « accueil relais parental » et d’accueillir des enfants dont la situation au domicile est encline à la violence. « Nous serions une sorte de soupape, un soutien à la parentalité pour éviter que ça dégénère chez les tout-petits durant le confinement en prenant le relai des parents ».
 
Publié le 21 avril 2020
Mis à jour le 22 avril 2020