Marie-Hélène Deprette, puéricultrice dans une crèche réquisitionnée de Paris : « Ma place est là »

Marie-Hélène Deprette est responsable, en temps normal, d’une crèche de la capitale. La puéricultrice s’est tout de suite portée volontaire lorsque la Ville de Paris a réquisitionné 21 établissements pour la garde des enfants des personnels soignants et des acteurs sociaux.
C’est avec beaucoup de conviction que Marie-Hélène Deprette nous raconte son engagement. Résidente du 19 ème arrondissement à Paris et responsable de crèche, elle n’a pas hésité cinq minutes pour proposer ses services à la Ville de Paris afin d’assurer l’accueil des enfants des personnels soignants et sociaux au sein des établissements réquisitionnés. C’est donc tout naturellement, que la puéricultrice a assuré sa première mission, du 23 au 27 mars derniers, au sein d’une autre structure de son secteur, restée ouverte en cette période de confinement, pour soulager les parents investis humainement et professionnellement dans la crise actuelle. Ne pas travailler dans ses locaux habituels, ni avec des enfants connus ne lui a posé aucun problème. Au contraire. « J’ai dit : « je veux travailler ». Je suis logée dans ce quartier, ma place est là. »

Mobiliser les troupes
Elle s’est donc résolument inscrite dans le vivier des professionnels mobilisables par la Ville de Paris pour coordonner et assurer la garde des enfants dont les parents se battaient sur le front. La peur ? Celle-ci ne semble pas l’avoir effleurée … « Dans la structure, je crois qu’il y a tout le matériel nécessaire pour nous protéger, ainsi que les enfants et leurs parents. Nous disposons de masques, de gel hydroalcoolique, de gants, de savon désinfectant, de douches, et la prise en charge des tenues des professionnels - ainsi que leur nettoyage à 60°C - est assurée. En outre, les auxiliaires de puéricultures et les enfants dont elles s’occupent ne quittent jamais la salle qui leur est attitrée. Même lors des sorties au soleil sur la terrasse, nous ne dérogeons pas à ce cloisonnement : chaque groupe s’amuse séparément. »

Sa confiance, Marie-Hélène a tenté de la partager avec chacun des membres de l’équipe. « Certains sont plus craintifs que d’autres, il faut argumenter pour les motiver et leur dire qu’il n’est pas dangereux de venir travailler. Malgré tout, si l’anxiété est trop grande, nous essayons de ne pas forcer. Il n’y a rien de plus contagieux que la peur pour les enfants. Et puis, bien sûr, nous tentons de tenir compte des personnes qui viennent de loin, qui doivent utiliser les transports en commun, ou qui sont vulnérables. ».

Fonctionnement en binômes et en relais
Marie-Hélène Deprette n’est pas la seule à assurer la permanence de la structure. Chaque responsable fonctionne en binôme se relayant auprès des petits et de leurs parents, ainsi que de leurs collègues, pour garantir une passation optimale. « Tous les matins, tous les soirs, à chaque changement d’équipe, nous recueillons et assurons la transmission des nouvelles de chaque enfant, en évitant de nous croiser le plus possible entre professionnels, pour limiter les risques face à l’épidémie. Seuls les responsables sont au contact des parents au moment des transmissions et ce sont donc eux qui courent le plus de risques. Mais, là encore, nous veillons à prendre un maximum de précautions : nos échanges se font toujours derrière une table marquant la limite à ne pas franchir ». Elle s’émerveille : « Même si nous ne connaissons pas les enfants, nous sommes extrêmement à l’écoute des besoins de chacun. Les petits mettent donc très peu de temps à s’adapter au rythme de la collectivité et à prendre leurs marques. Ils se retrouvent au maximum à 6 dans leur groupe, encadrés par deux adultes... Autant dire, des conditions d’accueil extraordinaires ! ».

Accueillir coûte que coûte
Avec 4 unités pouvant accueillir chacune 6 enfants, la structure compte de plus en plus d’inscrits mais ne sature pas encore pour autant, car tous les enfants ne sont pas présents au même moment. « Nous comptons des familles de soignants dont les plannings changent régulièrement, il faut se monter souples ». Quant à la constitution des groupes, elle ne s’est pas faite par tranche d’âge, à l’exception des plus grands qui ont été réunis récemment au sein d’une même cellule. « Nous n’avons pas pensé en termes de berceaux. L’urgence était d’accueillir, à nous d’organiser l’aménagement de l’espace en conséquent. »
 
Article rédigé par : Marie-Sophie Bazin
Publié le 03 avril 2020
Mis à jour le 01 octobre 2020