Marine, assistante maternelle : beaucoup de questions, peu de certitudes

Marine, assistante maternelle dans l’Oise nous apporte tous les dimanches soir son témoignage. Ses états d’âme, son ressenti de la situation, les hauts et bas de son moral, son humeur, ses coups de blues, ses coups de gueule, ses petits bonheurs. Ce soir, elle se projette dans l’après 11 mai. Beaucoup de questions encore sans réponses qui l'insécurisent comme assistante maternelle mais aussi comme maman.
Les préparatifs du déconfinement
Tout le monde s’affaire dans ses préparations. Les assistant(e)s maternel(le)s qui reprennent leur activité s’équipent.
Trouver du désinfectant, pour certaines réaménager leurs espaces, elles s’interrogent : comment faire respecter les mesures barrières avec un si jeune public (parc, espace bébé, espace grand = distanciation ?).
Après un abandon total de notre gouvernement quant à notre façon de procéder à domicile, pour les personnes qui comme moi ont maintenu leurs accueils, nous devons désormais porter des masques. J’ai reçu un message il y a deux semaines de mon département m’indiquant que j’allais recevoir un masque réutilisable.
Un seulement un que je n’ai pas encore reçu à l’heure d’aujourd’hui, alors que je travaille depuis le début de cette épidémie, pourtant il ne m’a jamais été dit ou conseillé de porter un masque auparavant alors que les risques de contaminations existent déjà depuis bien longtemps.
Un seulement un, alors qu’il est préconisé de changer de masque toutes les 3h, moi qui travaille de 8h à 18h, il m’en faut minimum 3 par jour soit 15 par semaine.
Et pour celles et ceux qui ne sont pas fournis, qui les fournira ? Seront-ils équipés le 11 mai ? Et par qui ?
Par anticipation j’en ai créé plusieurs pour mon mari et moi-même mais ces masques ne nous protègent pas réellement. D’une part car il a été constaté qu’un masque ne protège pas à 100% (il faut savoir bien le mettre, bien le retirer et bien le porter sans y toucher), d’autre part parce mes enfants sont en contact avec les enfants que je garde, donc si les enfants se contaminent entre eux, il y a de grandes chances que je sois contaminée moi aussi.
Songeons aussi à l’accueil de nos petits, après ces deux mois d’absence, confrontés à un visage masqué du jour au lendemain, inexpressif malgré la douceur de notre ton, des espaces réinventés, et des jouets en quantité limitée. Combien de fois allons-nous devoir les bouleverser ? Ou est-ce-préférable de ne « rien » changer ?
L’espace de jeu est dans ma pièce de vie. Pièce mouvante, touchée et salie que je ne quitte pas à la fin de ma journée mais que j’essaie tant bien que mal de désinfecter. Distanciation sociale ? Je ne peux pas isoler chacun, soyons réaliste.
Mon fils a 20 mois, mon aîné 5 ans, tous deux ne peuvent pas porter de masque et quand bien même mon aîné en porterait, il n’est pas en mesure de respecter scrupuleusement les mesures barrières, à savoir ne pas toucher son masque qui pourrait le gêner.
 
La réalité de terrain

Nous nous lavons fréquemment les mains, au début nous essayons tant bien que de mal de nous espacer, nous expliquons et répétons les mesures barrières, nous mettons des affiches à l’entrée et dans les toilettes et faisons dans la mesure du possible des activités à table.
Il y a l’angoisse des premiers jours avec nos interrogations et cette petite boule au ventre qui nous tient depuis quelques jours. Pour autant le plaisir de retrouver les enfants, de reprendre l’activité aussi doucement qu’intensément, la vie reprend son cours, certaines habitudes aussi.
Les jours passent mais ne se ressemblent pas, nous sommes de moins en moins sur le qui-vive, nos inquiétudes s’estompent bien que le danger soit réel et présent.
Nous sommes dans le feu de l’action, malgré notre vigilance il y a des ratés, fatigués de tout désinfecter, nous aspirons à un retour à la normale et baissons la garde malgré cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Nous vivrons peut-être demain les conséquences des décisions de nos hauts dirigeants d’aujourd‘hui car il y a effectivement cette question d’économie mais toujours dans l’espoir de passer à travers les mailles du filet tout en ayant l’esprit occupé.
Les enfants ont besoin de contact, de toucher, de parler, de danser, de crier… Ils ont besoin de liberté, d’affection, de socialisation. ils sont trop petits pour comprendre les exigences de notre métier, il est difficile de leur résister, un chagrin, une colère, un repas, un biberon il ne peut y avoir de la distanciation.
On accueille à la porte, on se lave les mains à l’entrée et régulièrement tout au long de la journée. On essaie quand on y pense d’éternuer et de tousser dans son coude mais à 11 et 20 mois cela n’existe pas, ni même à bientôt 3 ans et à 5 ans.
Nous ne pouvons pas appliquer à 100% ce qui nous est demandé, nous ne sommes pas des robots, nous ne sommes pas prêts à ça, bien que nous ayons tout planifié nous sommes dans la réalité. Nous ne sommes pas équipés pour ça, ce n’est pas une question de défaitisme, paranoïa, ou fatalisme nous connaissons, nous maîtrisons et vivons le quotidien d’assistant(e) maternel(le) sous tous ses aspects.
Nous ne sommes pas des bureaucrates mais des acteurs de la vie active avec une réalité de terrain !
Oui nous voilà plus ou moins prêts à cette reprise du 11 mai, avec pour certain(e)s voire beaucoup,  des angoisses, nous sommes à la fois heureux(ses) de retrouver nos petits mais stressés des risques liés. N’ayant pas forcément le choix, à risques ou non, nous ferons de notre mieux pour protéger nos foyers et nos petits protégés.
 
L’école, le grand débat !

J’ai reçu de nombreux mails de l’école de mon fils concernant la rentrée du 11 mai prochain !Va-t-il réintégrer l’école ? Va-t-il faire du périscolaire ? Mangera-t-il à la cantine ? Pouvons-nous accueillir des enfants le midi pour prendre les repas ?
La question de l’école fait grand débat.
Il y a les personnes "pour."
« Il y a un manque, un manque de jeux, un manque de copains, un manque de socialisation », certaines familles ne veulent plus vivre sous cloche. Elles se sentent isolèes et n’en peuvent plus, elles aspirent à reprendre une vie « normale », retourner à l’école c’est apprendre à vivre avec le virus dès le plus jeune âge. Certains parents misent sur l‘immunité collective et la sélection naturelle, pensant que si ce n’est pas maintenant ce sera en septembre quoi qu’il en soit.
D’autres parents préfèrent attendre les 15 premiers jours et voir ce qui va se passer.
Certaines familles ont peur du décrochage scolaire, certains enfants ont des difficultés et nous même parents n’ont pas toujours les connaissances nécessaires ni l’art et la manière pour enseigner car c’est un métier. Notre patience est parfois mise à rude épreuve, assurer leur suivi pédagogique relève parfois d’une mission digne de James Bond quand on a un ou plusieurs enfants et que nous sommes ou non en télétravail. Il arrive que nos enfants ne veuillent tout simplement pas faire les leçons qui nous sont transmises par leurs enseignants, et que nous nous sentions démunis face à cela. Pour autant nous nous interrogeons sur cette rentrée et les mesures drastiques mises en place (distanciation élèves/enseignement, matériel unique à chaque enfant, pas de jeux collectifs, repas froid, marquage au sol, plus d’espace jouets/dînette/bébé…).
Comment nos enfants vont-ils gérer le retour à l’école après ces deux mois d’arrêt dans un contexte si particulier. Nos enfants arriveront-ils à comprendre, respecter et bien vivre ces quelques semaines restantes qui les attendent ?

On nous dit et on nous répète que les enfants sont des éponges pour autant on salue aujourd’hui leur capacité d’adaptation.
De si jeunes âmes peuvent-elles comprendre qu’il n’y aura pas de câlins, ni bisous à la maîtresse ? Qu’il faut mettre de côté pour un temps le vélo, les ballons et les jeux entre copains ? Que le repas sera froid et qu’il faudra bien rester devant son marquage au sol dans la classe ?
Malgré la volonté de certains professionnels (médecins, pédiatres…) de ne pas rouvrir les écoles, les protocoles d’accueil tombent.
Chaque parent doit informer l’établissement scolaire de son enfant, pour savoir si celui-ci réintégrera l’école ou non.
Combien seront-ils par classe et qui réintégrera l’école ? Avec ou sans difficultés à qui la place ? Sur quel choix ces enfants reprendront l’école ou non ? Il y aura des priorités (enfants du personnel soignant et c’est normal) mais pour les autres ? N’allons-nous pas là créer des inégalités ?
En fonction des régions et des départements à raison de 1 à 2 jours d’école par semaine dans un contexte aseptisé et dépourvus de liberté pour 2 mois d’année scolaire restants, les parents eux reprennent pour certains leur activité à 100%, et qui gardera leurs enfants ? A risques ou non, pas d’autres choix pour certains que les grands-parents.
N’oublions pas les parents qui n’ont pas le choix ! Salariés et/ou patron d’entreprise en situation difficile, l’activité doit reprendre, beaucoup évoquent le chantage économique avec la baisse des salaires et le risque de licenciement. Il en va de même pour certains foyers monoparentaux, et certains domaines d’activité tel que le professorat, la santé et bien d’autres.
D'autres parents  sont "contre"
Les assistantes maternelles, les parents ayant l’opportunité d’avoir une prolongation du télétravail, et les parents en congés peuvent toutefois garder leurs enfants et poursuivre ll'enseignement à domicile. Une majorité de parents préfère garder leurs enfants pour un temps à la maison, dénonçant plus du gardiennage avec des enfants cloués sur leurs chaises, des règles strictes inapplicables pour des enfants de moins de 5ans et un enseignant  méconnaissable derrière son masque probablement stressé et attentif, veillant à ce que chaque enfant respecte lesprécautions sanitaires. Ils ont peur de cette ambiance anxiogène pour leurs enfants et de l’impact psychologique que cela peut avoir.
Pour certains l’école restera fermée, certains maires ne souhaitant pas les rouvrir.
Des familles s’interrogent sur les effectifs d’accueil en classe, et les conditions d’hygiène parfois discutables dans les écoles, dont 25% n’auraient pas assez de points d’eau. Rappelons que les gels hydroalcooliques ne sont pas destinés à un jeune public.
Pour une majorité de parents, c’est tout simplement un crash test afin de relancer l’économie et la circulation du virus. Ils refusent que leurs enfants soient pris pour cobayes pour cette deuxième vague. Porteurs et vecteurs, ils n’ont plus confiance dans la discordance des discours, d’autant plus avec les nouveaux symptômes semblables à la maladie de Kawasaki qui ont pris effet en France ces derniers jours.
 Conclusion : il nous faudra à tous du courage !
La vie de chacun dépend de plusieurs facteurs mais face à une contamination nous sommes tous vulnérables et les 15 prochains jours vont être déterminants pour beaucoup d’entre nous.
Je souhaite bon courage à nos enseignants (dont la maîtresse de mon fils) qui reprennent le chemin de l’école. Assurant leur mission d’éducation et de protection dans des conditions qui relèvent de l’impossible et qui pourtant feront de leur mieux pour protéger notre jeunesse et ainsi notre population.
Je souhaite bon courage aux agents des crèches qui rouvrent leurs portes, qui eux aussi à raison d’accueil de 10  enfants assureront tant bien que mal les besoins de chacun des enfants en plus des protocoles stricts qui leur seront imposés.
Je souhaite bon courage à mes collègues qui reprennent et celles qui ont toujours été en activité, qui chaque jour prennent soin des bébés qui leur sont confiés entre deux lavages de mains et la désinfection d’une bannette de jouets.
Enfin je souhaite bon courage à toutes les parents, enfants, hommes et femmes de France qui reprennent le chemin de l’école ou leur activité car nous sommes tous concernés.
 
Article rédigé par : Marine R
Publié le 03 mai 2020
Mis à jour le 04 mai 2020