Marine, assistante maternelle : juste marre de ce bazar général !

Cette semaine Marine, l’assistante maternelle de l’Oise que nous suivons depuis presque un mois, n’a pas le moral. Elle poursuit l’accueil des enfants mais ne se sent pas reconnue. Elle n'est même plus en colère, elle se sent juste incomprise. Comme invisible.
Les semaines passent mais ne se ressemblent pas
Une semaine est passée, et j'ai travaillé comme à l'accoutumée. Accueil sur le palier, lavage des mains à l'arrivée et répétition des gestes barrières tout au long de la journée.
Je fais comme si tout allait bien pour les enfants mais cette semaine le cœur n'y est pas. Les chiffres ne baissent pas et pourtant on envisage déjà le déconfinement.

 Assistant(e)s maternel(le)s à bout
Nous sommes à bout de ce bazar général ! Des mois ballottés dans l'interrogation, la peur et l'angoisse.
A la fois parent et professionnel de la petite enfance, en plus des risques liés à la contamination, nous voilà maintenant confrontés à des calculs de salaire insurmontables, des erreurs de déclaration, et des questions sans réponses.
Je suis étonnée que l'activité partielle ne figure pas sur nos bulletins de salaire.
Révoltée du bug énorme de Pajemploi qui a divulgué toutes nos informations personnelles (bulletins de salaire, numéro Urssaf, coordonnées...) à de parfaits inconnus.
Outrée de la non sécurité d’emploi où chaque jour des assistantes maternelles se font licencier par des parents-employeurs qui ne peuvent plus ou ne veulent plus les rémunérer.
Couple ou parent solo, avec un ou deux contrats, temps partiel ou complet, perdant déjà chaque jour les indemnités journalières, à risque ou non, pour certains on ne peut pas s'arrêter de travailler au détriment de notre santé car nos factures, nos loyers, nos emprunts eux restent inchangés !
 
Les risques liés à l’accueil
On a tapé du poing sur la table, on a signalé notre situation et ses failles. Beaucoup d’assistantes maternelles ont contracté et contractent encore chaque jour le covid-19 maintenant les accueils par conscience ou par souci financiers… Nous sommes tous touchés.
Perdre son emploi avec les bulletins de salaire actuels (où l'activité partielle n'est pas prise en compte) donne lieu à une reprise de droits défavorable et à une retraite impactée par la non cotisation. L'assurance d'un salaire mais à quel prix ?

Nous ne sommes pas protégés, ni par la loi ni par les mesures barrières
Un enfant, ça vit, ça bave, ça a court, ça touche à tout, c'est porteur, c'est vecteur et il est quasiment impossible de palier à une contamination. Accueillir, c'est prendre des risques de contaminer son foyer.
Le gouvernement ne nous protège pas, le gouvernement ne nous équipe pas, seul nos moyens supplémentaires de prévention peuvent limiter davantage les risques d’une contamination presque inéluctable et pourtant on nous parle déjà de la réouverture les crèches et des écoles.
Les lieux publics restent fermés mais les structures d'accueil devraient ré-ouvrir, ne sont-elles pas considérées comme un lieu d'accueil collectif qui plus est destiné à un jeune public, potentiellement porteur et vecteur ? Je ne comprends plus.
Aujourd'hui c'est le monde de l'enfance qui s'interroge : professeurs, ATSEM, auxiliaire de crèche... Et pourtant nous étions les premières à dénoncer les risques liés à l’accueil du jeune enfant. Les enfants ne vont -ils pas se contaminer entre eux, contaminer leurs proches, leurs enseignants et leur mode de garde ?
Ré-ouvrir maintenant c'est donner accès à une deuxième vague de contamination, soyons en conscients, non souhaitée par beaucoup d'entre nous. Nous avons peur pour nos enfants et nos proches. Des conditions d'accueil sans masques, sans gants, sans tests, ni vaccins, c'est sur l'immunité collective que l'on se base maintenant. Combien de femmes, d'hommes et d'enfants doivent encore être contaminés ? Combien vont mourir avant que l'on soit dignement équipés et tous protégés ? Tenus par la rémunération et par l'emploi au détriment de nos vies, on ne nous laisse pas le choix.
 
Des aides pour tous !
On gratifie les soignants, ce qui est normal, on donne des "primes" aux foyers bénéficiaires du RSA et pour les foyers touchant l'APL d'accord, mais pour les autres ?
Pour ceux n'entrant pas dans ces critères, ni ceux de l’IRCEM, et qui pourtant sont là !
Ces personnes maintenant chaque jour les accueils et celles accueillant des enfants supplémentaires de personnels soignants, mettant leur vie et celle de leur foyer en danger, acteurs indispensables de la société ; sont aujourd'hui plus que jamais oubliées et inconsidérées.
Tant de colère qui résonne en nous, lois inadaptées, droits bafoués mais combien de temps cela va-t-il encore durer ?
Combien d'assistantes maternelles vont devoir cesser leur profession pour que le gouvernement ouvre les yeux sur notre condition !
Plus qu'en colère, déçue, et incomprise, je suis invisible et je « dois » tout accepter...
 
Article rédigé par : Marine.R
Publié le 19 avril 2020
Mis à jour le 19 avril 2020