Témoignage  de Julie, assistante maternelle : Allo nounou coco

Les mésaventures de Julie, alias,  Lily Myrtille, assistante maternelle dont le conjoint est diabétique. Un vrai parcours du combattant pour faire admettre qu’elle cessait l’accueil des enfants pour protéger sa famille. Voici son témoignage.


 
Voici un mois que le Covid 19 s'est invité dans nos vies, bouleversant notre quotidien avec le confinement, la maladie, la peur, la mort... Certaines collègues assistantes maternelles ont choisi de continuer d'accueillir (et elles ont tout mon respect et mon admiration, ce sont des héroïnes du quotidien, dont on parle bien trop peu dans les médias). Moi, je fais partie de celles qui ont fait le choix de se protéger et de protéger leur famille. Et j'ai la chance d'avoir pu me permettre de le faire quand d'autres se retrouvent à travailler la peur au ventre.

Une situation particulière mais aucune réponse
Quelques jours avant le confinement, j'ai cherché des réponses concernant mon statut d'assistante maternelle. Mon conjoint étant diabétique, il fait partie des personnes à risques.
Je comprends très vite que malheureusement, bien qu'employée du secteur privé (pour les assistantes maternelles indépendantes), je ne peux exercer mon droit de retrait... Je ne suis pourtant pas fonctionnaire, mes employeurs sont des particuliers, mais nous n'avons pas le choix : il faut continuer à accueillir.
Je contacte d'abord ma PMI, le service de Protection Maternelle Infantile, qui est en charge de nos agréments afin de trouver une solution. Que dois-je faire ? Ma PMI n'a pas de réponses, à part celle de respecter les gestes barrières.
Je contacte l'Agence Régionale de Santé. Là encore, j'explique la situation, mon conjoint diabétique mis en télétravail obligatoire par son employeur (la fonction publique...) le lundi avant le confinement pour se protéger. Que dois-je faire ? Là encore, on me répond d'isoler mon conjoint dans une chambre et de continuer mon travail. Je suis bouleversée.
Je me retrouve face à un mur, notre vie est en jeu, mais tout le monde est pris au dépourvu. Il me reste heureusement un troisième joker : notre médecin traitant... qui refusera de me mettre en arrêt maladie pour nous protéger et qui me dira : "Les parents -employeurs n'ont qu'à faire preuve de bon sens, et prendre leurs responsabilités, nous sommes en confinement, ils n'ont pas à vous mettre les enfants". Les assistantes maternelles comprendront parfaitement le sentiment qui m'a traversé... Non, tous les parents employeurs ne font pas appel à leur bon sens. Je sors en larmes du cabinet.
Un arrangement sera finalement trouvé avec mes parent -employeurs, mais je risque mon travail pour abandon de poste à tout moment. La réalité est là : accueillir coûte que coûte au mépris de nos vies.
 
Un sentiment d'abandon
Les syndicats ont vraiment assuré pour nous obtenir des informations concrètes. Les assistantes maternelles ont fait preuve de beaucoup de solidarité entre elles. Mais malgré cela, le ressenti principal est l'abandon. Cette immense sensation de solitude face à la crise sanitaire. Oh que dis-je, si, les PMI ont pensé à nous quand il a fallu faire preuve de solidarité nationale, et ainsi accueillir plus que notre agrément initial ! Accueillir jusqu'à six enfants, alors que toute l'année, nous devons faire face aux restrictions des PMI concernant nos enfants, nos logements, notre quotidien. Et tout cela sans assurance que les enfants supplémentaires sont correctement accueillis vu les PMI ont cessé toute visite chez les assistantes maternelles... La solidarité nationale alors que tout au long de l'année nous devons nous battre pour obtenir une reconnaissance professionnelle auprès de tous, parents employeurs, société, administrations... Désolée mais la pilule est difficile à digérer. Et la santé dans tout cela ? Il semblerait que ce soit à nous de nous débrouiller. Une obligation de continuer d'accueillir, au mépris de notre vie, de notre famille, de nos accueillis et de leurs familles. L'heure est à la débrouille. Fabriquer nos masques, mettre en place nos propres protocoles, informer les familles, et croiser les doigts pour que nos proches restent en vie. Nous devons restés unis et respectez le choix de chacun. Et espérer. Espérer la vie.
 
Article rédigé par : Lily Myrtille, blogueuse et assistante maternelle
Publié le 19 avril 2020
Mis à jour le 19 avril 2020