Mixité professionnelle dans la Petite Enfance : tout reste à faire

Paroles d’hommes salariés du secteur Petite enfance

Les professionnels-hommes qui gravitent autour des moins de six ans ont souvent en commun un réel amour de leur métier et un certain inconfort lié à leur « rareté » au sein de la profession… Témoignages.
Eric Bourmault  . Alain béthencourt

Eric Bourmault, 46 ans, auxiliaire de puériculture (Hauts-de-Seine).
« Il me sera plus confortable de passer au côté organisationnel de l’accueil. »

«  Cela fait vingt ans que je travaille en crèche, notamment à pédagogies alternatives (Steiner, Pikler…), plus ouvertes sur la présence d’hommes dans l’équipe. Comme beaucoup d’hommes du secteur petite enfance, c’est parce que ma mère était auxiliaire de puériculture que j’ai osé me lancer, peu de temps après mon bac : avoir un parent dans le milieu permet de démystifier un peu la chose. J’ai commencé comme cuisinier, puis j’ai enchaîné comme agent technique auprès des enfants. Avant de décrocher, en 2005, mon diplôme d’auxiliaire de puériculture, en formation continue.
Mes années de pratique se sont bien passées, si l’on excepte certaines piques de la part de l’équipe sur mon supposé manque de virilité... Du côté des parents, j’ai plutôt vu des interrogations, mais beaucoup trouvaient ça très bien, un homme auprès des tout-petits. Surtout les papas, plus à l’aise avec moi qu’avec mes collègues femmes. Bien sûr, je me sentais parfois décalé… Par exemple, je passais la main à mes collègues féminines lorsqu’étaient abordés certains thèmes qui m’étaient assez étrangers, comme la grossesse, l’accouchement ou l’allaitement. Mais pour le reste, les gestes que j’ai à effectuer sont avant tout techniques : changer une couche, donner à manger, débarbouiller… Et outre ces soins de de bien-être, tenir un enfant dans les bras quand il en a besoin, ça n’est pas un rôle dévolu à une femme ! Pour les années à venir, j’aspire toutefois à voir autre chose, à moins être dans ce rapport à l’intime qui peut questionner, mais plutôt dans l’organisation et les responsabilités. Je suis en train de constituer le dossier pour passer le diplôme d’EJE en VAE. Et puis, c’est en montant dans la pyramide du système que je pourrai le mieux essayer de faire bouger les choses…
»

Alain Béthencourt, 48 ans, assistant maternel et Président de l’association AMARIL (Mont-de-Marsan).
« En tant qu’homme, il faut souvent prouver plus qu’une femme. »

« Ancien technicien en imagerie aérienne et spatiale pour l’Armée de l’Air et ancien éducateur sportif, j’ai été, je crois, le deuxième homme du département des Landes à devenir, en 2011, assistant maternel. AMARIL en compte aujourd’hui trois en tout, tous en couple. Une réorientation professionnelle soigneusement réfléchie et mûrie, main dans la main avec mon épouse, assistante maternelle depuis 30 ans.
J’ai d’abord passé un bilan de compétences qui a mis en lumière mes prédispositions pour la garde d’enfants. Avec ma femme, nous avons construit notre projet de manière très minutieuse, sur le thème « Préparer l’enfant à l’entrée en maternelle », sur tous les plans (autonomie pratique et psychologique, propreté, acquisitions intellectuelles…). Nous travaillons en binôme, chacun avec un agrément pour quatre, et accueillons quatre de moins de 3 ans et trois périscolaires le soir, que j’emmène aussi au sport les mercredis après-midis. Nous n’accueillons que des enfants, sauf exception, de 18 mois et plus. Carton plein, puisque nous sommes complets depuis 5 ans !
La plus grande difficulté en tant qu’homme dans ce métier ? C’est d’être noyé au milieu des femmes. Du coup, dans les formations je suis souvent sur le devant de la scène… Par ailleurs, quand je reçois les parents, j’ai l’obligation, encore plus qu’une femme, de montrer de quoi je suis capable, de présenter quelque chose de structuré. A partir de là, les familles me font pleinement confiance : en 5 ans et demi, je ne compte qu’un papa qui m’ait dit non, même si certains ont demandé à me voir entre quatre yeux, par curiosité ou par petit doute. Mon agrément vient d’être renouvelé et cela se passe si bien que je me demande même pourquoi je ne me suis pas lancé plus tôt ! Nous continuons à faire vivre notre projet d’accueil et à l’améliorer en permanence, notamment grâce aux formations diverses proposées par le Conseil Départemental, l’UFNAFAAM (Union Fédérative Nationale des Associations de Familles d'Accueil et Assistantes Maternelles)  et le RAM (Réseau d’Assistants Maternels). »



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Article rédigé par : Catherine Piraud-Rouet
Modifié le 04 octobre 2016