Parents : comment les professionnels peuvent –ils mieux les accompagner ?

Parents et professionnels de la petite enfance : des sentiments communs

Il y a des thèmes qui touchent l'intime, l'irrationnel dans les établissements de la petite enfance. Ils excitent « les émotions brutes », c'est à dire, on ne sait pas pourquoi mais « c'est comme ça ! » On les retrouve chez les parents mais bien évidemment aussi chez les accueillants.
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Dans la pratique quotidienne des établissements petite enfance, les accueillants sont censés partager avec les parents des moments d'intimité psychique avec les bébés : changer les couches, donner le repas, endormir. Peut-on alors imaginer que cette intimité engendre des questionnements similaires sur les valeurs à apporter aux jeunes enfants ? Prenons l'exemple tout simple de « doit-on finir son assiette ? ». C'est une question banale mais qui a mis des institutions à feu et à sang. Vous aurez une partie des professionnels/les qui laisseront les enfants ne rien manger, l'autre où il faudra au moins goûter et puis l'autre qui n'aimera pas le gâchis et donc on devra finir son assiette. Cette exemple semble peut être caricatural mais il montre bien toutes les valeurs et réflexions qu'une question aussi banale impose. Si vous interrogez les membres d'une équipe sur ce sujet, vous aurez parfois ce genre de réponse : « j'aime pas qu'on gâche » ou « moi, on me forçait et je veux pas le refaire ». Vous aurez aussi le fameux: « il y a tant de gens qui non pas à manger, c'est dommage de jeter ». Ces phrases déguisent en fait des pensées intimes de sa construction de ses valeurs et de son identité professionnelles. Dans cette situation apparaisse le choix du métier dans le domaine de la petite enfance : la réparation ou la reproduction [3]. La réparation fait appel au besoin du professionnel de se délivrer, à travers son métier, des manques et des souffrances qui ont pu jalonner sa propre histoire familiale avec ses parents. Le concept de reproduction, quant à lui, fait référence au désir des accueillants de transmettre à l'enfant le bonheur qu'ils ont eux-mêmes expérimenté durant leur prime enfance.

A chacun ses parents
Les fonctions de soin (nourrissage, change et rôle de consolateur) affectent parfois la distance que le professionnel établit avec les bébés dont il s'occupe. À l’inverse des parents qui ont un amour dès la naissance, l'accueillant construit son attachement pendant ses fonctions de soin. C'est jour après jour que le professionnel tisse les liens avec les tout-petits. Le bébé, face à cet adulte, reproduit inconsciemment des relations comme avec sa mère. Le professionnel partagera alors avec les parents le même vécu sur certaines scènes de la vie quotidienne. L'accueillant, par la position de celui qui donne les soins quand la mère part en lui confiant son bébé, peut avoir une impression d’être une « bonne mère ». Cette identification à la « bonne mère » peut poser problème si le professionnel n'est pas encadré par une équipe bienveillante. Il peut avoir le fantasme de venir combler les manques des parents de l'enfant qu'il accueille et de vouloir ériger ses valeurs personnelles/professionnelles comme valeurs pour les enfants qu'il accueille.
Mellier [4] interprète cette situation comme si le professionnel voulait adopter l'enfant ou être meilleur que les parents, comme s’il se pensait en rivalité avec eux. Cette rivalité avec les parents des enfants accueillis revient dans tous les ouvrages (Bosse-Platière, 1980 [5], 2008 ; Mellier, 2010 [4]; Verba, 2003[5]). Elle peut être un frein à leur propre pratique mais surtout elle est néfaste pour l'enfant. Le professionnel peut en arriver à accuser les parents (la mère en particulier) de ne pas être compétents en matière d'éducation et donc de ne pas se trouver en mesure de s'occuper de leur enfant. Cette rivalité peut aller jusqu'à mettre en doute l'amour des parents envers leurs enfants pour des prétextes de temps de garde, de pratique différente de maternage, etc. Nous avons retrouvé, à plusieurs reprises, des phrases de ce type de témoignage dans les ouvrages déjà cités sur la confusion que ces professionnels pouvaient commettre entre les enfants dont-ils s'occupent et les leurs : « On essaie de les aimer comme nos enfants », « On s'en occupe comme si c'étaient les nôtres », « On se dit : si c'était le mien, je ferais comme ça... » [5].

Des informations et conseils contradictoires
Les parents masquent de la même manière leurs valeurs parentales et sur quels fondements elles se construisent. Lors des trois premier mois de vie du bébé, les jeunes parents rencontrent un petit être inconnu mais parfois avec un grand caractère pour exprimer ses besoins. Les pères et mères ont de plus en plus conscience de leur responsabilité, de l'importance de leur rôle dans la vie de leur progéniture. Les jeunes parents sont parfois perdus, déboussolés par les différents conseils des grand-parents, des amis, des livres ou de la presse spécialisée et, bien entendu, du pédiatre. Désormais, les parents ont aussi recours à des sites internet, des blogs de parents ou de professionnels de tous genres, ces sites sont plus ou moins professionnels. Les questionnements constants des parents créent alors une inquiétude chez les professionnels mais il est normal d'avoir des doutes, il est même sain de se poser des questions.
Le doute  n'est pas pathologique, la peur de mal faire est présente chez tous les parents quand on prend le temps de l'écouter. Le doute deviendra pathologique s'il prend toute la place dans la relation entre le parent et le jeune enfant. Si le doute, le questionnement empêche de voir le bébé présent devant lui et de s'adapter a ses besoins du moment, nous serons dans la pathologie. Ce qui l'est moins, c'est de ne pas trouver une solution satisfaisante, apaisante et donc de s'interroger sur la même question constamment : « Est ce que mon bébé a assez mangé ? » ou « Est-ce que mon bébé va bien ? ».
Il arrive parfois qu'on trouve les parents distants, trop durs avec leur enfant. Notre vision, notre savoir de professionnels biaisent notre regard sur leurs actions auprès de leurs enfants. Il n'y a pas de recette pour élever un enfant : il ne faut pas tout un village, rien ne se joue avant 6 ans, le trotteur existe depuis des siècles et les enfants marcheront de toute façon car ils ont cette force en eux qui les poussent vers l'avant.

[3] Verba D. (2003) : « Le métier d'éducateur de jeunes enfants » Paris, La Découverte.
[4] Mellier D. (2010) : « L 'inconscient à la crèche » Toulouse, Eres.
[5] Bosse-Platière, S. (1980) : « Les maternités professionnelles » Toulouse, Eres.
Article rédigé par : Frédérix Groux
Modifié le 11 août 2017