Conditions de travail

Professionnelle de la petite enfance et enceinte : quels risques face aux maladies contagieuses ?

Pendant la grossesse, l'exposition à certaines maladies contagieuses, notamment infantiles, peut être préjudiciable pour l'enfant à naître. Comment s'en prémunir quand on travail avec des enfants ? Quelles sont les précautions à prendre avant et dès le début de la grossesse ? Décryptage.
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Auxiliaire de puériculture, assistante maternelle : des professions à risques
Rougeole, varicelle, grippe... Quand on travaille au contact des enfants, chaque année vient avec son lot d'épidémies et de maladies infantiles. Généralement anodines pour les adultes, elles peuvent prendre une toute autre ampleur lors d'une grossesse, comme l'explique le docteur Grégoire Chaney, gynécologue-obstétricien au Centre Hospitalier de Colmar. « La gastro-entérite ou la grippe ne présentent pas de gros risques, à part certains cas rares, chez la femme enceinte […]. Le seul facteur à surveiller avec la grippe est l'hyperthermie. Une fièvre très élevée (plus de 38,5° C) peut avoir des effets indirects sur le bébé, que l'on peut toutefois prévenir grâce à la prise de paracétamol ». Par contre, la rougeole, la varicelle, la rubéole, l'herpès ou plus rarement le CMV peuvent avoir des conséquences beaucoup plus graves, à l'instar de malformations fœtales. Et naturellement pour les pros de la petite enfance, comme pour les autres futures mères, le constat est le même : le traitement, s'il y en a un, n'est généralement pas recommandé pendant la grossesse. Résultat : l'adage « mieux vaut prévenir que guérir » prend tout son sens.

Contre les maladies contagieuses, pensez vaccination !
La première prévention contre les maladies circulant en collectivité : la vaccination. En la matière, les pros de la petite enfance sont généralement plutôt bien prémunies grâce aux recommandations spécifiques émises par les autorités de santé dans le cadre du calendrier vaccinal. Mais pour être réellement efficaces, les injections doivent être faites en temps et en heure et surtout avant la grossesse, les vaccins vivants atténués (ROR, varicelle) ne pouvant pas être réalisés chez la femme enceinte.

Et au Dr. Chaney d'insister sur l'importance de ne négliger aucun vaccin à commencer par le BCG, contre la tuberculose : « il y a actuellement une recrudescence énorme de cas de tuberculose, même si à l'échelle de la population la prévalence reste faible. Or, certains des traitements médicaux de la tuberculose sont contre-indiqués du fait de leur risque tératogène et les cas de tuberculoses multi-résistantes sont en forte augmentation. Sans compter le risque de tuberculose néonatale. Même si l'efficacité du BCG n'est pas totale, il doit être fait, surtout chez les professionnels qui travaillent dans les grands bassins de population ».

Dans tous les cas, dès le projet de maternité ou le début de la grossesse, mieux vaut faire un point rapide sur sa situation professionnelle avec son gynécologue ou sa sage-femme. L'objectif : vérifier que lesdits vaccins sont à jour et réaliser, au besoin, certaines sérologies (rougeole, varicelle, CMV). C'est à partir de ces données que les risques d'infection pourront être évalués et des bilans réguliers faits tout au long de la grossesse, notamment en cas d'épidémie.

Face aux maladies contagieuses, l'éviction de la femme enceinte n'est pas systématique
Reste que ne pas être exposée à une maladie infantile quand on garde des enfants frise avec l'impossible. Comment réagir face à un petit qui tousse ou à une éruption cutanée ? « Se laver scrupuleusement les mains, notamment après chaque change, toujours avoir une solution hydroalcoolique sur soi, à utiliser le plus régulièrement possible et ne pas porter les mains à la bouche après avoir porté un enfant. Enfin, éviter tout contact avec un enfant qui présente une éruption cutanée, surtout tant qu'il n'a pas été diagnostiqué, » conseille le gynécologue.

L'éviction du lieu de travail vient, quant à elle, en dernier ressort. « Les professionnels de la garde ne pourront jamais complètement se protéger contre toutes les maladies, notamment car certaines d'entre elles se transmettent par gouttelettes. Un arrêt de travail d'une à deux semaines peut  parfois être conseillé, mais uniquement si plusieurs enfants sont malades. Le gynécologue ou la sage-femme évalue alors l'utilité de l'arrêt est en fonction du terme de la grossesse, de l'infection infantile diagnostiquée et du risque de contagion,» conclut le Dr. Chaney.
 

Enceinte, une assistante maternelle peut-elle refuser d'accueillir un enfant malade ?

Selon Liliane Delton, présidente du syndicat Unsa-Assmat, la situation est épineuse : « L’obligation pour l’employeur d’assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs (1) ne s'applique pas aux particuliers employeurs d’assistante maternelle. De plus, cette dernière ne peut refuser d’accueillir un enfant sauf à subir un retrait d’enfant pour faute grave. […] La seule solution dans ce cas est un arrêt de travail mais cela l’obligera a cessé toute activité avec tous les enfants accueillis et impliquera une perte de salaire importante. »

1)    ART. L 4121-1 du Code du travail : https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006178066&cidTexte=LEGITEXT000006072050&dateTexte=20090528

Article rédigé par : Véronique Deiller
Modifié le 13 novembre 2017