Quand la vie pro empiète sur la vie perso

« Laissez vos problèmes perso aux vestiaires ! Ici, on reste pro ! » Dans le milieu de la petite enfance, on veille toujours à ce que les problématiques personnelles n’interfèrent pas avec la posture professionnelle. Or, parfois, c’est l’inverse : la pratique professionnelle vient justement parasiter la vie familiale du professionnel… On en parle ? 
Dans le champ de la petite enfance, la vie professionnelle peut impacter la vie personnelle de différentes manières, plus ou moins explicites, plus ou moins douloureuses, plus ou moins difficiles à surmonter. Bien souvent, cette « interférence » induite par cette double casquette « parent-pro » s’accompagne d’un réel sentiment de culpabilité…

Une double casquette maman-pro

C’est le cas de cette jeune maman qui nous confie, dans l’intimité d’une formation sur les émotions, que sa pratique professionnelle a « gâché la relation avec son premier enfant ».

« J’étais tellement conditionnée à ne pas embrasser les enfants, à ne pas leur donner de surnoms, à ne pas trop les câliner que je ne savais plus comment me comporter quand je suis devenue moi-même maman. Je n’étais plus spontanée. Je ne donnais pas de petit nom à ma fille, je ne lui faisais pas trop de bisous et j’évitais de trop la prendre dans les bras. Cette posture professionnelle a gâché la relation avec ma fille. Quand mon deuxième enfant est né, un petit garçon, j’ai réussi à m’affranchir de tout ça et à faire comme je le sentais ! Je me sentais comme délivrée d’un poids ! ».

Séverine, une autre pro et maman, nous confie que toutes ces nouvelles connaissances en neurosciences, sur l’éducation et la parentalité, l’affectent.

« Si j’avais su tout ça avant, à l’époque où j’ai élevé mes enfants, j’aurais agi différemment ! Je les ai punis, je leur ai crié dessus, je les ai laissés pleurer seuls dans leur lit, je les menaçais quand ils ne m’écoutaient pas… Tout simplement car c’était ce que les médecins et ma famille me conseillaient de faire à l’époque ! Aujourd’hui, quand je vois les études sur l’impact de ces violences psychologiques sur leur petit cerveau en construction, je m’en veux terriblement… Je sais que cette culpabilité ne sert à rien. Pour autant, des fois je me dis que j’aimerais avoir des enfants maintenant histoire de refaire complètement différemment ! ».


Inutile de culpabiliser
Toutefois, parmi les témoignages sur les aléas de cette double casquette parent-pro, l’un d’eux revient très souvent : nombreuses sont les professionnelles à confier leur culpabilité d’être plus patientes avec les enfants qu’elles accueillent qu’avec leurs propres enfants. « Mon conjoint et mes enfants me reprochent tout le temps d’être stressée le soir et de crier sur tout le monde ! » déclare Mathilde, auxiliaire de puériculture et maman de deux enfants de 5 et 7 ans. Fanny surenchérit :

« Lorsque je rentre chez moi, mes batteries sont vides. J’ai passé ma journée à prendre sur moi, à être à l’écoute des enfants, de leurs émotions, à ne pas tomber dans le rapport de force. Le soir, lorsque je retrouve mes enfants, je lâche tout. Je n’ai plus d’énergie. Et ce n’est que lorsque mes enfants sont couchés et que je peux enfin souffler que je m’en rends compte et que je culpabilise… ».


Si ces expériences sont fort désagréables, elles demeurent naturelles. Comme le précisait fort justement le fondateur de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg, nous avons tous tendance à être plus durs et moins patients avec les gens que l’on aime le plus. Pourquoi ? Car, instinctivement, les mammifères sociaux que nous sommes relâchent davantage leurs tensions en présence de leurs figures d’attachement. C’est une marque de confiance, de lien d’attachement. Il en est de même lorsque votre conjoint parle au téléphone avec sa môman chérie avec une voix mielleuse de petit garçon et que, une fois la conversation terminée, il reprend sa voix sèche et sérieuse pour vous parler ! Il en est de même lorsque votre enfant est sage comme une image et tolérant à la frustration toute la journée avec son instituteur et qu’il se met à dégoupiller comme Wolverine le soir quand vous lui donnez un verre de la mauvaise couleur (que les parents peuvent être téméraires, parfois !). Dites-vous que c’est bon signe ! Nos figures d’attachement sont le réceptacle de nos tensions et autres émotions désagréables, nous n’y pouvons rien.  

Quelques pistes pour plus d’harmonie
Pour autant, ce n’est pas une fatalité. Sachez qu’il est vous est tout à fait possible de renverser cette tendance, d’atténuer cet effet et d’augmenter votre seuil de tolérance à la frustration une fois que vous retrouvez votre famille. Pour ce faire, il est essentiel que vous identifiez - en fin de journée - lesquels de vos besoins fondamentaux sont insatisfaits et que vous preniez quelques minutes pour y répondre avant de commencer votre « deuxième journée ».
- Lorsque vous rentrez chez vous le soir, à quand remonte votre dernier repas ? Sans doute avez-vous faim. Or, l’hypoglycémie est connue pour nous rendre irritables, mettre notre cerveau sous stress et diminuer notre niveau d’empathie. Prenez le temps de goûter, de manger une barre de céréales ou autre bout de pain complet avant de rentrer chez vous (évitez les sucres rapides tels que les jus de fruits et les sucreries car le taux de sucre va retomber trop rapidement et créer l’effet inverse).
- Sans doute également votre organisme a accumulé un niveau de stress important. Les situations que vous vivez au quotidien auprès des enfants soumettent votre cerveau à un stress chronique qui peut être important, ou à une répétition de stress aigus (un enfant qui mord, un parent qui vous agresse aux transmissions, une collègue qui vous juge…). Quel que soit le type de stress auquel vous êtes confronté, il est important que vous puissiez l’évacuer avant de rentrer chez vous. Plusieurs alternatives s’offrent à vous :

• Respirez profondément quelques minutes et en pleine conscience.
• Pratiquez la cohérence cardiaque. Il s’agit d’un excellent outil qui vous permet une détente en 4-5 minutes. Pour des bénéfices à long terme, répétez cet exercice trois fois par jour. Il existe de nombreuses applications mobiles vous permettant de pratiquer la cohérence cardiaque.
• Pratiquez la méditation ou l’autohypnose (idem, des applications mobiles sont à votre disposition pour vous épauler dans cette pratique).
• Chantez. Même si vous chantez faux comme une casserole en inox, ça marche.
• Souriez. Grâce à un mécanisme de rétroaction faciale, sourire nous rend plus heureuxet détendu !
• Fermez les yeux et imaginez-vous quelques instants dans un paysage agréable, les pieds dans l’eau par exemple ou allongé dans l’herbe tendre d’une montagne verdoyante.
• Faites du sport. Rentrez chez vous à pieds ou en courant au lieu de prendre la voiture, ou bien descendez deux ou trois arrêts de bus avant histoire d’avoir le temps de décharger vos tensions par une activité motrice. La marche à pieds est un très bon moyen de vous détendre sans vous épuiser.
• Prenez quelques minutes avec votre enfant pour le retrouver, lui faire un gros câlin ou lui lire une ou deux histoires. Ce temps convivial empreint d’affection vous permettra de recharger à tous les deux votre batterie d’ocytocine, hormone de l’attachement, de diminuer votre niveau de stress, ainsi que votre rythme cardiaque, votre respiration et votre tension artérielle (un rapport sexuel avec le papa pourrait aussi recharger votre niveau d’ocytocine mais cela n’implique pas la même organisation !).

Des interférences inévitables
Rappelons que le métier que vous exercez n’est ni anodin, ni neutre sur un plan humain ou émotionnel. Vous ne gérez pas des ordinateurs ou des boîtes d’haricots verts mais des petits êtres humains bourrés d’émotions fortes qui vous rendent vulnérables et vous renvoient sans cesse à votre propre histoire, parfois à votre petite enfance, parfois à votre rôle de parent. Ne tentez pas de vous « couper en deux » pour mieux faire passer la pilule, au contraire. Plus vous accueillerez ces interférences de votre vie professionnelle sur votre vie personnelle, plus vous parviendrez à les dépasser … en toute sérénité.
Article rédigé par : Héloïse Junier
Publié le 10 juillet 2019
Mis à jour le 12 juillet 2019
bonjour, intense déception ... je ne peux plus imprimer l'article pour le mettre en salle du personnel, impossible de le copier et lorsque je lance l’impression seule l'entête et la photo s'impriment. merci d'avance de nous aider à continuier de pouvoir lire vos excellents articles N.Leroi, directrice crèche Georges Braque La Courneuve