Emploi : des disparités régionales importantes dans le secteur de la petite enfance

Tout au long de l’enquête que nous avons menée et des questionnaires et verbatim que nous avons dépouillés, la question des disparités régionales est apparue. Il est clair par exemple qu’on recrute plus difficilement à Paris et dans la région parisienne, qu’on trouve plus difficilement un emploi en zones rurales.  Mais aussi que certaines régions sont sous-dotés en centres de formation. Explications
Où a-t-on , le plus de mal à recruter ? Tous postes  confondus, les Hauts de Seine arrivent en tête (12,4%) du classement, suivi de Paris (10,7%). Viennent ensuite le département du Rhône (6,2%) puis à égalité les Yvelines et le département du Nord (5,2%). Enfin Marseille et les Bouches du Rhône. (5,1%).

Recrutement en EAJE : l’Ile de France en grande difficulté
Prenons l’exemple de Boulogne (92): une ville où les besoins en modes d’accueil sont importants et qui concentrent un grand nombre d’EAJE. C’est une ville relativement cossue où les logements sont  relativement chers mais où beaucoup de jeune couple aisés s’installent car y acquérir un appartement est tout de même plus facile que dans Paris. Très logiquement, les professionnelles de la petite enfance habitent donc rarement cette la ville. D’où cette difficulté très grande à recruter des titulaires de CAP AEPE, des auxiliaires de puériculture et même des EJE dont les salaires ne leur permettent pas d’habiter à Boulogne même ou à proximité.  D’où des temps de transports importants, de l’absentéisme et du turn over dès car dès qu’un poste se libère à proximité de leur domicile, très logiquement elles postulent. L’exemple de Boulogne vaut pour Paris avec une difficulté supplémentaire en ce qui concerne les auxiliaires de puériculture. En effet la Ville de Paris leur offre 300 € lorsqu’elle les recrute pour leurs crèches.  Et elle en recrute beaucoup puisqu’elle n’applique pas le décret de 2010 et n’emploie pratiquement pas de diplômées de catégorie2. Les crèches associatives notamment vivent mal cette concurrence car elles ne peuvent pas suivre malgré les 150 € de subvention que leur avait consenti la Ville.

D’une façon générale les grandes villes comme Lyon ou Marseille ou Lille connaissent ces tensions. Certaines régions frontalières aussi …Quand on sait qu’un EJE débutant est payé 4500 € en Suisse, on comprend que les crèches des villes frontalières ne soient
pas attractives. Et puis dans certaines zones ruarles , comme les « les fonds de vallée, l'Ardèche etc. nous avons effectivement des difficulttés à recruter» reconnaît Philippe Dupuy délégué national petite enfance de  l'ACCEP.


Trouver un emploi en CDI, pas facile dans tous les départements !
« Pas de poste de direction dans ma région »,
« Obligée d’aller dans le Nord car pas de poste dans ma région d’origine la Normandie »,
« Géographiquement pas de poste à côté de chez moi »,
« Pas beaucoup d’offres en CDI sur Toulouse »,
« Pas de CDI dans mon département »
« Peu de postes dans le sud de la France »,
« En partant de Paris pour venir sur Nantes, beaucoup moins de postes »  

Les professionnels qui ont déclaré avoir aussi des difficultés un trouver un emploi leur correspondant (moins de 20%), ont été nombreux à faire référence à la situation géographique du poste.
 Dans certains départements, ruraux le plus souvent, il y a moins d’établissements et aussi parfois moins de besoins en modes d'accueil.
A noter que les puéricultrices cherchant des postes de direction butent souvent sur cette difficulté, car les postes de direction sont, par nature moins nombreux et
Connaissent moins de turn over. Elles doivent souvent quitter leur ville ou département et faire comme le notait l’une d’elle et faire « 70km par jour pour aller travailler ».

Des centres de formation mal répartis sur le territoire
Il y a environ 130 écoles d’auxiliaires  de puériculture et un peu plus d’une trentaine de centres de formation d’EJE.  Là encore, on peut regretter que les centres de formations manquent là où il y a réellement des besoins. C’est-à-dire des familles qui attendent des places en crèches et des crèches qui veulent recruter des professionnels diplômés et qualifiés. « Nous souhaitons qu’il y ait des ouvertures de centres de formations plus nombreux notamment près des endroits où il y a pénurie de personnel et à des prix corrects » insiste Élisabeth Laitier co présidente du groupe petite enfance de l’AMF
La ville de calais par exemple rencontre d’énormes difficultés pour recruter, parce que le centre de formation le plus proche est à Lille … et que peu d’étudiants en sortant ont envie d’aller travailler à calais. D’autant que dans la région lilloise il y a aussi beaucoup de besoins. Dans ce domaine, on le sait, la balle est dans le camp des régions et de leurs possibilités (ou priorités) budgétaires.  
 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 18 mai 2019
Mis à jour le 19 mai 2019