Témoignage de Patricia, assistante maternelle : se reconstruire après une accusation

Régulièrement, dans l’actualité, des « nounous » sont mises sur la sellette. Et pas pour de bonnes raisons (faits de maltraitance ou accusations calomnieuses concernant l’entourage notamment). Jamais on ne parle de celles qui accusées à tort, cassées, traumatisées, peinent à se remettre de qu’elles appellent à posteriori « un véritable cauchemar ». Nous brisons ce silence avec le témoignage de Patricia* que nous publions après nous être assurés que « l’affaire a été classée sans suite ».
Je suis assistante maternelle depuis 23 ans. Agréée pour 4 enfants, à l’époque des faits je n’en accueillais que 2, et un troisième contrat avec un petit bébé de 9 mois allait commencer. C’était deux petits garçons d’un peu plus de deux ans. L’un je le gardais depuis ses 5 mois, l’autre Maxime depuis ses un an car son assistante maternelle avait des soucis de santé et préférait cesser son activité. J’avais de très bonnes relations avec les deux familles. Je connaissais bien la maman de Maxime. Elle m’envoyait plusieurs textos dans la journée pour prendre des nouvelles, etc. Elle m’avait demandé d’accueillir pour quelques jours sa filles ainée de 4 ans en attendant la rentrée scolaire. J’ai donc accepté de recevoir Emma, la grande sœur de Maxime pour 4 jours.

Plus de nouvelles du jour au lendemain
Le troisième matin, personne. Ni Maxime, ni Emma ne sont là. Pas un coup de fil, pas un texto, aucune explication, je m’étonne et surtout je m’inquiète car ce n’est pas le genre de la maman. Finalement dans la matinée je reçois un texto du papa (ce qui n’arrivait jamais) laconique : « les enfants ne viendront pas aujourd’hui.». J’étais interloquée. J’ai renvoyé un texto : « un problème ? » La réponse : « je vous appelle plus tard ». Et puis plus rien, silence radio.
Plus tard dans la journée, j’envoie un texto à la maman m’étonnant qu’elle ne m’ait pas prévenue… Réponse : « Suis en réunion. T’appelle plus tard ». Le soir dernier SMS : « j’ai eu des soucis, les petits vont dans la famille ». Pour moi c’était incompréhensible. J’ai essayé d’appeler. En vain. C‘était le vendredi soir. Je n’ai plus eu de nouvelles, et nous ne nous sommes jamais revues. Et pourtant -ce qui ne facilite rien d’ailleurs - nous habitons dans un petit bourg de moins de 2000 habitants.

Mon fils en garde à vue
Le mardi matin - je m’en souviendrai toute ma vie - on sonne à 6 heures du matin. J’ouvre et me retrouve face à 3 gendarmes qui me demandent si mon fils est là. Mon fils, Jonas, tout juste 18 ans dormait dans sa chambre. Que se passe -t-il ? On me répond qu’il a fait une petite bêtise. Je les précède dans sa chambre. Je le réveille. Un des gendarmes soulève la couette et lui dit : « lève-toi tu es en garde à vue, pour tentative d’agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans ». Son collègue le reprend « pour propos choquants tenus, etc… ». Mon gamin ne comprend rien. Mais les suit. Son téléphone et son ordinateur sont emportés et mis sous scellés. Tout a été très vite, nous nous retrouvons seuls mon mari en moi, abasourdis.
C’est une scène d’une grande violence, qui bien que tout soit terminé, me hante encore. Vous imaginez le traumatisme pour mon fils. Et pour moi aussi qui ai été convoquée et interrogée au commissariat.

Suspendue par la PMI pendant 7 semaines
Je ne veux pas renter dans les détails parce que je veux que l’anonymat de toute cette affaire soit respecté. Mais la petite Emma avait raconté la veille au soir une histoire un peu bancale qui mettait en cause mon fils. Le maman m’aurait passé un coup de fil, j’aurais pu en 3 minutes la rassurer … elle ne l’a pas fait. Je peux comprendre que des parents s’inquiètent, je sais qu’il faut être à l’écoute des enfants … mais quelquefois un malentendu peut être dissipé très vite. Les parents ont échafaudé tout un scénario à partir d’une récit un peu farfelu de leur fille mais j’ai compris plus tard que c’était probablement l’occasion pour eux de changer d’assmat pour des raisons extra-professionnelles.
En fait moi je n’ai jamais douté de mon fils, d’autant que matériellement les faits rapportés étaient impossibles puisque pendant ces trois jours d’accueil, mon fils n’avait jamais été en contact seul avec mon Emma.
Il n’empêche tout cela fut très éprouvant. Nous avons évidemment pris un avocat.
J’ai été aussi convoquée par la PMI. Normal, dès lors qu’il y a plainte et qu’une enquête est ouverte. Bien que tout au long des auditions les nôtres, celles des parents, de la petite fille, les gendarmes sentaient que le dossier était vide, la puéricultrice m’a expliqué que c’était la procédure et que mon agrément était suspendu. Me faisant presque le reproche que la chambre de mon ado serve dans la journée à la sieste des enfants … alors même que c’était noté noir sur blanc lors des visites d’agrément. On devrait prévenir les assistantes maternelles des risques. Ma suspension a duré huit semaines. Mes collégues ont été super et ont proposé d’accueillir les enfants que je gardais. Pour que leurs parents ne soient pas sans solution.

Tous les parents m’ont soutenue
Les parents sont venus me voir pour m’apporter leur soutien. A mon fils aussi qu’ils connaissaient bien et, certains, depuis qu’il était tout jeune. Et puis l’enquête a suivi son cours, nous étions effondrés. Mon fils et moi avons fait une vraie déprime. Il a été suivi (et l’est encore) par un psy mais il a beaucoup de mal. Il est en échec scolaire. J’ai reçu l’aide de psychologues via l’IRCEM pendant ce temps d’attente. Enfin, au bout de quelques semaines, l’affaire a été classée sans suite. Il n’y avait rien dans le dossier. Le psychologue de la PMI m’a reçue. Il a été d’une grande aide, il m’a donné le courage de reprendre mon activité professionnelle et en 48h mon agrément a été rétabli. Les enfants que j’accueillais sont revenus. Les parents m’ont gardé toute leur confiance et cela a été d’un grand réconfort.
Pendant toute cette période de suspension, Pôle Emploi a trouvé un système pour m’indemniser partiellement (j’espère que je n’aurai pas à rembourser un trop-perçu).
Les parents d’Emma et Maxime ne m’ont jamais appelée après ce classement sans suite. J’ai su qu’ils avaient confié leur fils à une voisine et amie assistante maternelle … avec qui ils ont signé un contrat avant même de m’avoir licenciée officiellement.

Meurtie mais combative
Tout est dernière nous mais le traumatisme est encore là. Je pense que cette affaire sera marquée de façon indélébile dans nos mémoires. J’ai un bon avocat et je vais attaquer les parents aux Prud’ hommes car certains points ne sont pas clairs dans la chronologie des faits. Ils ne m’ont payé ni le mois échu, ni mon préavis, ni mes congés payés.


*Les prénoms et détails précis ont été modifiés pour un respect de l’anonymat des personnes et des faits. Pour ces mêmes raisons, la photo est une photo d'illustration.
Article rédigé par : Propos recueillis par Catherine Lelièvre
Publié le 11 décembre 2018
Mis à jour le 12 décembre 2018