Témoignage : le combat d’Alexandra, ex assistante maternelle impayée

Alexandra Garcia, ex assistante maternelle, se bat depuis 2019 pour récupérer des salaires impayés. Une situation scandaleuse qui l’a conduite à arrêter ce métier qu’elle appréciait pourtant. Mais elle ne s’estime pas vaincue et souhaite faire entendre sa voix et celle des autres assistantes maternelles confrontées à des parents employeurs qui déclarent les salaires sans les verser. Un témoignage édifiant.
Tout avait pourtant bien commencé…
Alexandra Garcia aura 40 ans cette année. Maman de deux enfants, elle est aujourd’hui à la recherche d’un emploi. Elle pensait pourtant avoir trouvé sa voie. Après un BTS en diététique, la jeune femme décide de passer un CAP Petite Enfance. Elle devient animatrice dans les écoles puis Atsem. A la naissance de son petit garçon, elle décide, pour mieux concilier sa vie personnelle et sa vie professionnelle, de se reconvertir en tant qu’assistante maternelle. Elle obtient son agrément fin 2018. Elle trouve facilement des contrats et accueille deux petites filles et un petit garçon, à compter de janvier 2019. « Tout se passe bien avec les parents des fillettes et avec les parents du petit garçon, la relation est plutôt bonne même si je les trouve très familiers », explique Alexandra. Et poursuit : « Je gardais le petit garçon de 2 ans, 40 heures par semaine et il était convenu que je l’accueille jusqu’à son entrée en maternelle. » 

Les mois passent sans salaire
« Dès le départ, ils perdent le contrat, je devais m’occuper de tous les papiers, les refaire. Le premier mois, j’ai demandé mon salaire mais ils trouvaient des excuses, assorties de promesses, pour ne pas me payer », se souvient Alexandra. En mars, elle leur annonce qu’elle ne peut plus continuer ainsi. « J’ai contacté le RAM pour leur expliquer la situation mais ils m’ont dit que ce n’était pas possible de refuser l’enfant car cela reviendrait à un abandon de poste », poursuit-elle. Elle décide finalement de démissionner. A la fin, pendant la période de préavis, ce ne sont plus les parents du petit garçon qui l’accompagnent mais une de ses grandes sœurs. Alexandra essaie toutefois d’entrer en contact avec eux pour régulariser la situation mais ils la fuient ou lui font de fausses promesses : « On vous mettra les chèques dans la boîte aux lettres », « Ne vous inquiétez pas, je passe vendredi à 10h, on va en discuter. » Un beau jour, la maman lui dit que les fiches de paie ont bien été déclarées, sauf qu’Alexandra ne reçoit aucune rémunération. « Je suppose qu’elle voulait les aides de garde sans me payer, cela constitue une fraude », précise l’ex assistante maternelle. Et bien entendu tous les courriers envoyés en recommandé sont restés lettre morte.

La procédure judiciaire engagée
Alexandra décide de se battre pour récupérer les salaires non versés. « J’ai appelé le RAM, qui m’a conseillé de me rapprocher des prud’hommes. Je les ai saisis sur internet ce qui m’a coûté au total 240 euros », déplore-t-elle. Elle contacte ensuite un syndicat pour demander des conseils. On lui explique que si elle avait téléphoné directement aux prud’hommes, sans passer par internet, elle n’aurait pas eu à débourser cette somme. On lui recommande aussi de prendre un avocat pour la représenter, ce qui lui coûte 2040 euros. L’affaire passe aux prud’hommes en octobre 2019, sans les parents qui ne se sont pas déplacés. Avec la crise sanitaire, la grève des avocats… ce n’est qu’en juillet 2020, qu’elle apprend qu’elle a gagné le référé. Puis, un an plus tard, en mars 2021, elle gagne le jugement. Les parents sont condamnés à payer les salaires non versés, les congés payés, des frais d’entretien, des dommages et intérêts, l’indemnité compensatrice de préavis… mais aussi à lui remettre « les documents de fin de contrat, notamment l’attestation Pôle Emploi conforme, les bulletins de salaire pour la période de janvier à avril 2019 au titre de rappel de salaire, le certificat de travail, le solde de tout compte (…) ».

Un procès gagné mais aucune somme versée
« Je n’ai toujours rien touché, ni récupéré les documents. On a fait appel aux huissiers mais les comptes bancaires de ces personnes sont vides », se désole Alexandra. Et ajoute : « les huissiers m’ont dit que si mes anciens employeurs sont insolvables, ce serait à moi de payer les frais d’huissiers. C’est tout simplement hallucinant. J’ai fait une dépression à cause de cela ». Avec les salaires non perçus, c’est plus de 10 000 euros qu’on lui doit. Une situation injuste qui a conduit Alexandra à arrêter d’exercer cette profession. « Les assistantes maternelles se retrouvent souvent seules face aux conflits avec les parents employeurs... peu de soutien ou d'aide. Loin d'être la seule victime de ces situations scandaleuses et injustes, j'espère que cette profession sera entendue et reconnue à sa juste valeur. C'est une question de bon sens et nos causes semblent justes : être rémunérées en ayant travaillé et besoin de faire valoir nos Droits ! », affirme-t-elle.

Le combat continue
Même si elle a quitté la profession, Alexandra reste mobilisée. Elle a ainsi envoyé de nombreux courriers, notamment au chef de l’Etat, à différents ministres, dans lesquels elle interroge :
« Je ne comprends pas que les Huissiers de Justice ne puissent pas prélever en partie les salaires dus, sur les droits attribués aux parents employeurs ?

Pour quelles raisons la CAF ne suspend pas les aides versées en cas de poursuite judiciaire ? En cas de fraudes ou impayés prouvés en justice ?

Pourquoi les assistantes maternelles ne bénéficient d'aucune garantie de salaires, ni fond d'indemnisation après les Huissiers ? »


Depuis peu, elle a aussi lancé la pétition "Assistantes maternelles impayées et révoltées doublement pénalisées par insolvabilité..." sur Change.org et un groupe Facebook « ASS MAT IMPAYEES REVOLTEES ».
 
Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 11 février 2022
Mis à jour le 07 avril 2022