Comptes-rendus des colloques

Les 8èmes Journées Spirale : un rendez-vous pour réfléchir sur la petite enfance

Chaque année l’association Spirale et les éditions erès organisent « les Journées Spirale - La grande aventure de Monsieur Bébé » qui réunit des experts, des professionnels et des parents pour réfléchir ensemble sur la petite enfance. Pour sa 8ème édition, l’événement s’est tenu près de Bordeaux le vendredi 29 septembre 2017, en collaboration avec le collectif Petite Enfance R.E.A.L.I.S.E. La journée du vendredi réservée aux professionnels avait pour thème « Parents débordés cherchent professionnels sécurisants pour bébés tyranniques ». Retour sur ces rencontres.
Journées Spirale
Près de 800 professionnels se sont retrouvés dans la Coupole de Saint-Loubès. Ils ont été accueillis par Marie-Françoise Dubois-Sacrispeyre, directrice des éditions érès et Patrick Ben-Soussan, pédopsychiatre à Marseille qui dirige le collège de la revue Spirale et la collection « 1001 BB ». C’était pour eux un retour aux sources puisque les aventures de Spirale ont débuté il y a 20 ans à Bordeaux. Ils ont souligné que ces Journées n’avaient cessé de gagner en importance depuis leur création, rassemblant toujours plus le trio bébé-parents-professionnels. Avant de laisser la place aux différents intervenants.

Des experts qui apportent des connaissances sur les enfants
Animée par Dominique Rateau, orthophoniste de formation et présidente de l’agence Quand les livres relient, la première partie de la journée s’est intéressée à la question de l’autorité des parents et son influence sur l’agressivité du jeune enfant. Elle a d’abord donné la parole à Bernard Golse, psychiatre-psychanalyste et président de l’Association Pikler Loczy France, afin qu’il explique ce que « la psychanalyse nous apprend de ces bébés qui nous exaspèrent ». Il a rappelé pourquoi les enfants sont en tension puis détaillé les sources d’exaspération des adultes aux enfants. Une analyse qui aide à comprendre que le comportement de l’enfant peut réveiller en l’adulte l’enfant qu’il était. Sylvain Missonnier, psychologue-psychanalyste a pris le relais et développé le sujet de la « démocratie familiale » en racontant une anecdote de consultation : une maman qui avait subi l'autoritarisme de son père pendant l'enfance se soumettait aux moindres demandes de son bébé. Une manière de rappeler qu’on doit poser des limites avec les enfants, en faisant bien attention à ne pas confondre autoritarisme et autorité.

Des explications sur l’évolution du rôle de la mère et du père
Patrick Ben-Soussan a lui répondu à la question « Qu’avez-vous à dire pour la défense de la mère occidentale, coupable, ambivalente et préoccupée ? » de manière ludique. Il a décortiqué et analysé le générique de deux séries qui ont marqué la télévision : Ma sorcière bien-aimée et Desperate Housewives. L’idée était de montrer comment le rôle de la femme dans la société, au sein du couple et dans la famille a évolué tout comme ses défis - prendre soin de son foyer, rester une femme active, indépendante de son mari, bref être sur tous les fronts. En pendant de son intervention, Chantal Zaouche Gaudron, psychologue et responsable de la structure fédérative de recherche « Bébé, petite enfance en contexte », est revenu sur le rôle du père dans la vie du jeune enfant : davantage présent, avec une fonction éducative différente de celle de la mère.

Des réflexions sur le sens du métier des professionnels
Claire Mestre, psychiatre-psychothérapeute anthropologue et co-rédactrice en chef de la revue L’autre, cliniques, cultures et sociétés, qui animait les interventions de l’après-midi a relevé les dangers de l’individualisme qui prime dans la société actuelle et proposé de réfléchir à ses deux questions : comment recomposer les solidarités collectives dans la parentalité et pour les professionnels, comment penser une pratique privée qui doit s’en détacher ? Pour répondre à cette dernière question Virginie Im, psychologue, a expliqué en quoi le rôle du soignant n’est jamais détaché de son histoire personnelle. Elle considère le soin comme de l’artisanat, différent selon chaque individu. Enfin la psychopédagogue Suzon Bosse-Platière a redéfini ce qu’était un professionnel de la petite enfance et tout ce ça implique : un investissement personnel important, un rôle différent du parent, un relationnel permanant.

Des encouragements pour les professionnels à continuer le combat
Pour clôturer cette journée riche en échanges, le micro a été donné à Sylviane Giampino, psychologue-psychanalyste, fondatrice de l’Association nationale des psychologues pour la petite enfance (A.NA.PSY.pe), présidente du conseil de l’enfance et de l’adolescence du HCFEA (Haut Conseil Famille, Enfance et Age) - et auteure du rapport Giampino, référence sur l’accueil du jeune enfant. Elle regrette qu’aujourd’hui en France toutes les politiques qui touchent à l’enfant et à la famille soient morcelées. Mais elle a souligné qu’elles restent bien présentes et que les actions pour les défendre étaient toujours plus nombreuses. Elle a ainsi repris son propre exemple : entre la création du collectif « Pas de 0 de conduite » sous la présidence de Nicolas Sarkozy et sa fonction actuelle auprès du premier ministre, ses idées ont fait leur chemin.

Elle a surtout tenu à mettre en garde les professionnels contre les méthodes qui poussent à dépister le plus tôt possible les déviances chez les enfants. « Ce n’est pas la même chose d’être troublé et de traquer le trouble » a-t-elle assené. « Nous ne pouvons pratiquer nos métiers que si nous supportons des instabilités. » Et de préciser que « le symptôme est un signal, il crée quelque chose, ce n’est pas un trouble ! ». En réponse aux questions des professionnels sur la reconnaissance de leurs métiers et de leurs qualités, les intervenants les ont appelés à continuer le combat en faisant connaître eux-mêmes leurs actions et revendications aux instances dirigeantes.
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Modifié le 08 novembre 2017