Accueil occasionnel : le témoignage désabusé d’une gestionnaire de micro-crèches

Fatima Giordano est à la tête du réseau de micro-crèches Les GarderieLand. Depuis sept ans, ses six établissements d’accueil reposent sur un modèle qui lui tient à coeur : l’accueil occasionnel. Après de nombreuses années sous ce mode de fonctionnement, Fatima Giordano se retrouve face à une impasse entre la recherche de souplesse des familles et l’exigence de stabilité des équipes. Voici son témoignage.
Depuis sept ans, j’ai sous ma direction six micro-crèches dans le Nord-Isère. Nos établissements sont uniques en leur genre car nous avons adopté un modèle d’accueil occasionnel assez exceptionnel. On a toujours eu beaucoup de souplesse … une souplesse hors norme. Les parents avaient la possibilité d’inscrire leurs enfants pour n’importe quelle heure de la journée et pendant la durée qui leur convenait le mieux. Ainsi, un enfant pouvait rester huit heures comme trois heures et même une seule heure dans l’une de nos structures.

Un modèle qui décourageait les professionnelles 
Pour répondre aux besoins de mes établissements, j’ai dû lancer une nouvelle phase de recrutement. À ma grande surprise, beaucoup de ces nouvelles employées sont parties, peu de temps après avoir intégré les micro-crèches. Cela a été pour moi une grosse période de remise en question. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Pour le comprendre, j’ai demandé aux professionnelles ayant démissionné de venir en discuter avec nous. « On adore votre établissement », « vos projets pédagogiques sont très intéressants »… Tous ces retours positifs cachaient quelque chose. 

« Mais c’est trop compliqué de mettre des activités en place quand la porte sonne tout le temps. » Les activités n'étaient pas les seuls moments où les professionnelles étaient dérangées. En effet, les heures de repas et de sieste étaient également tous les jours interrompues. C’est le coup de massue. Le concept qui me tenait tant à cœur n’était qu’en réalité un poids supplémentaire sur les épaules des professionnelles sur le terrain. Personne ne me l’avait jamais dit. Mon but était d’accompagner, d’aider les parents, mais je ne me rendais pas compte de la problématique que cela représentait. 

Objectif : trouver un compromis pour satisfaire les pros comme les parents
La psychomotricienne qui travaille avec nous s’est rendue dans toutes les micro-crèches Les GarderieLand. Le constat a été sans appel : au moment du déjeuner, la porte pouvait sonner jusqu’à six fois ! Ce n’était pas possible de continuer ainsi, il fallait arrêter les va-et-vient constants. On a alors pris la décision d’accepter l'arrivée des enfants uniquement jusqu’à 9h du matin et de les laisser partir dès 17h , pour proposer un accueil occasionnel à la journée.

Nous souhaitions mettre cela en place dès la rentrée de septembre 2019. Nous avons donc modifié notre règlement de fonctionnement que nous avons envoyé à la PMI pour le faire valider. En parallèle, dans le courant du mois de juin, nous avons informé par mail les parents de ces futurs changements lors des réinscriptions. 

Les réactions violentes des parents font dégénérer le conflit
Là, les réactions ont été hyper violentes : insultes, menaces… Nous recevions des courriers de mécontentement des parents. L'ancien règlement de fonctionnement leur convenait très bien. Besoin de trois heures pour aller faire leur séance de sport ? Hop ! On dépose son enfant dans l’une de nos structures. Avec notre nouveau règlement de fonctionnement, cela ne sera plus possible. 

Certaines de nos collaboratrices essaient de faire entendre raison aux parents, de leur expliquer pourquoi ce changement était nécessaire tant pour le bien-être des enfants que des professionnelles. Rien n’y fait. Un père de famille est même venu nous dire qu’il comptait poser une bombe dans la micro-crèche qui accueille son enfant ! C’est violent, je ne m’attendais pas à ça…
Très vite la situation a pris d’autres proportions. Un article du Dauphiné Libéré étale au grand jour notre conflit avec les parents. Dans la foulée, je reçois un courrier de la direction de la PMI de Grenoble qui demande à nous recevoir. Nous étions en juin.

Échec face au refus de la PMI
C’est le jour J, nous arrivons à la PMI. La situation est délicate… Leur question est très simple : « Pourquoi ce changement ? ». Avec les professionnelles qui m’accompagnent, nous leur expliquons le problème que représentait notre mode d’accueil d’origine.
Le changement n'est prévu que pour le mois de septembre et n’était pas encore mis en place au moins de juin dernier. Pourtant, on nous reproche d'avoir modifié notre règlement de fonctionnement sans l'accord de leurs services.
La PMI nous a fait remarquer d'autres problèmes. Elle déplore notre turn over trop important… Nous comptions justement stopper le turn over avec ce nouveau règlement  mais cinq semaines plus tard, nous avons reçu un courrier de la PMI nous demandant d’être au plus près des demandes des familles. Nouveau coup de massue. Je ne sais plus quoi faire pour satisfaire tout le monde.

Agir dans l’intérêt des enfants
Si on veut que ça se passe bien dans les structures d’accueil, il faut travailler dans l’intérêt des enfants et avoir des échanges cordiaux. Mon souhait aujourd’hui est toujours de construire un nouveau mode de fonctionnement, en accord avec tous. Pourquoi ne pas faire au moins de l’accueil à la demi-journée ? C’est une solution envisageable. En tout cas, on ne peut pas construire grand-chose avec les enfants sur seulement quelques heures entrecoupées. Je suis tiraillée entre apporter une réponse aux besoins des familles ou bien aux besoins des enfants. L'équilibre est difficile à trouver, il s’agit donc de faire le bon choix entre les exigences des parents et le besoin des enfants. Alors, que choisir ?
 
Article rédigé par : Propos de Fatima Giordano recueillis par Laura Bourven
Publié le 22 août 2019
Mis à jour le 12 septembre 2019
Dans le multi-accueil où je travaille, nous accueillons jusqu'à 44 enfants dans 3 unités (bébés/moyens/grands) de 7h15 à 19h, les enfants doivent être inscrits au minimum pour 3h de présence la veille ou le matin même, les arrivées se font jusqu'à 10h (10h30 pour les bébés), il n'y a pas de départs/arrivées entre 12h et 13h30, et chez les moyens/grands les départs se font avant ou après le goûter avant 15h15 ou à partir16h). La porte sonne souvent mais pas à des moments trop critiques.