Accueillir en collectivité un enfant porteur d’allergies alimentaires

La gestion des allergies alimentaires dans les établissements d’accueil du jeune enfant peut parfois mettre en difficulté les professionnels. Une vigilance maximale est de mise, tout en sachant que le risque zéro n’existe pas. Il s’agit en priorité d’établir un véritable climat de confiance afin que l’enfant se sente intégré et que le quotidien en soit facilité. Comment faire en sorte que les repas et les activités restent des moments privilégiés et sécurisés pour chacun, enfants, parents et professionnels ? On fait le point.
Bien que ce soit délicat et à risque, l’accueil d’un enfant ayant des allergies alimentaires sévères, ne serait-ce que par un simple contact, reste possible en collectivité ! Une organisation rigoureuse, une confiance absolue entre parents et professionnels est indispensable. De là naissent bien souvent des valeurs tels que le partage et la bienveillance qui unissent le triangle enfant-parents-professionnels pour l’épanouissement de l’enfant accueilli en collectivité.

Des précautions rigoureuses qui simplifient le quotidien
Accueillir un enfant sujet à une allergie alimentaire demande d’adopter quelques précautions d'hygiène au quotidien : se laver les mains avant de rentrer dans un groupe, se rincer la bouche après avoir mangé des allergènes majeurs tel que les fruits à coque, les arachides, le lait...

Les temps de repas notamment exigent une grande vigilance de la part du personnel de cuisine et de l’équipe encadrante. Pour faciliter le quotidien, chaque structure peut élaborer et mettre en place ses astuces. A la crèche « Li parpaiou » de Plan d’Orgon (Bouches-du-Rhône) par exemple, les parents de Gabriel, 2 ans, apportent chaque matin une glacière contenant son repas et son goûter. Sur une feuille en double exemplaire sont notés le nom et le prénom de l’enfant, sa photo, sa date de naissance, la liste de ses allergies connues et le repas détaillé. Cette fiche est remise quotidiennement avec les repas à la cuisinière et au personnel auprès des enfants. La glacière contient aussi la vaisselle de l’enfant et un couteau pour adulte, le tout identique aux autres enfants et étiqueté. Après utilisation, tout est rincé mais non nettoyé à la crèche et remis dans la glacière.
Et dans le cas où le repas initialement préparé était renversé ou malencontreusement contaminé par des allergènes, les parents ont prévu un repas de substitution ou apportent une autre boîte avec les mêmes informations.

Une observation accrue pour prévenir les crises allergiques
Quand un enfant est atteint d’allergies sévères, en plus du projet d’accueil individualisé (PAI), il est nécessaire de fournir à l’équipe de la crèche une fiche propre à l’enfant, simple et précise détaillant les signes d’une éventuelle crise. Mais il faut aussi garder à l’esprit qu’un changement de comportement peut être un signe avant-coureur : l’enfant qui s’arrête de jouer brusquement, qui se gratte, qui devient grognon...

Par ailleurs, si le panier repas prévu pour l’enfant en question est garanti sans allergène, et que toutes les autres précautions ont été prises, les professionnels ne sont pas à l’abri d’une nouvelle réaction allergique inconnue jusqu’à maintenant chez l’enfant. Comme en témoigne une professionnelle de crèche qui relate avoir constaté un jour l’apparition de petites rougeurs autour de la bouche d’un petit qui venait de manger du poisson. Soupçonnant une réaction allergique, l’équipe a procédé à des gestes d’urgence qui ont évité à l’enfant un accident grave. Il s’avère qu’aujourd’hui le poisson représente un des allergènes les plus graves pour lui.

Support de travail essentiel dans l’accompagnement des jeunes enfants, l’observation se révèle donc d’autant plus indispensable pour l’accueil d’enfants porteurs d’allergies. Observer, c’est aller au-delà du simple regard, c’est considérer avec attention.

L’anticipation : la clé pour éviter tout risque d’exclusion
Un autre aspect de la vie de l’enfant porteurs d’allergies, peut-être moins souvent abordé mais tout aussi important, est sa socialisation, qui passe par l’anticipation ! Il s’agit en effet d’éviter l’effet d’exclusion qui nuirait à son besoin d’appartenance à un groupe et son estime personnelle.

Bien sûr l’enfant mange à la même table que les autres petits, que les professionnels doivent sensibiliser au lavage consciencieux des mains et de la bouche après chaque repas. En expliquant pourquoi après avoir mangé du poisson ou une galette des rois par exemple, il faut bien se débarbouiller. Ils intègreront ainsi rapidement ces consignes et les appliqueront avec plaisir.

Le tout-petit porteur d’allergies doit aussi pouvoir participer aux goûters d’anniversaire, de fêtes, organisés à la crèche. Il s’agit donc de prévoir toujours des gâteaux ou confiseries adaptés à ses restrictions alimentaires.
Ces mesures de prévention ne se limitent pas aux repas, tous les temps qui rythment la journée d’accueil doivent être pris en compte. Ainsi en début d’année, l’équipe de la crèche Li parpaiou transmettent aux parents la liste des activités éventuellement proposées pendant l’année afin qu’ils valident ou non l’utilisation de certains ingrédients. Par exemple le petit Gabriel ne peut pas faire des jeux de transvasement avec du riz, mais il peut plonger ses mains dans une boîte où des glands sont cachés. Et il a sa propre pâte à modeler avec ses accessoires. « Les parents nous fournissent des recettes de pâte à sel ou de pâte durcissant, avec des produits de base, que l’on peut faire avec tous les enfants, ce qui permet d’éviter une mise à l’écart de l’enfant atteint d’allergies, explique Isabelle auxiliaire de puériculture. Pour les ateliers cuisine, nous faisons toujours deux groupes avec la réalisation d’un gâteau, avec une recette traditionnelle (œuf, blé, lait …) et avec une recette sans allergène ». Et si une activité de dernière minute est lancée, l’équipe prévient alors les parents pour savoir si leur enfant peut y participer.
Article rédigé par : Marina Lemarié, EJE, formatrice et consultante en aménagement des espaces petite enfance
Publié le 12 février 2019
Mis à jour le 12 février 2019