EAJE : 12 bonnes pratiques de gouvernance à reproduire

Aux quatre coins de la France et dans tous les secteurs de la branche (public, privé lucratif ou associatif), des gestionnaires d’établissements regorgent d’astuces pour lever les freins à leur fonctionnement optimal. Revue de détail de quelques-unes de ces bonnes pratiques… A reproduire sans modération !
1. Multiplier les astuces pour résoudre les problèmes de trésorerie
L’écueil du décalage entre les avances effectuées sur la part Familles de la Caisse d'Allocations Familiales (CAF) et la réception de la PSU entraînait des périodes fréquentes de trésorerie basse, avec à la clé de mauvaises notations par les banques. Pour anticiper ces effets de trésorerie, la Fédération Françaises des Entreprises de Crèches (FFEC) est allée expliquer en direct le modèle des crèches PSU à la Banque de France, pour que ces informations soient répercutées aux différentes agences. Pari gagnant. « Nos adhérents sont mieux notés, avec de plus grandes facilités d’obtention de crédit », note Elsa Hervy, Déléguée générale de la FFEC.

Dans un contexte budgétaire incertain, l’étalement des échéances est une solution privilégiée par certains EAJE, à commencer par ceux de l’économie sociale et solidaire. « Nous essayons de mettre en place avec certaines communes un budget négocié sur trois ans plutôt qu’annuellement, témoigne Céline Legrain, Directrice générale de l’association Crescendo (groupe SOS Jeunesse). Nous fixons ce budget avec un taux d’évolution, ce qui nous permet, pendant trois ans, d’avoir une plus grande visibilité. C’est toutefois à quitte ou double : si l’on négocie trop bas au début du terme, au vu de l’évolution des charges et des salaires, nous ne nous y retrouvons pas. »

2. Une gestion centralisée pour soulager les structures
A Lyon, on compte en central, à destination de l’ensemble des 50 structures municipales, une équipe d’experts dédiés à chaque domaine : un mi-temps de diététicienne, un autre sur l'hygiène des locaux et les pratiques d’entretien, ainsi qu’une personne aux travaux et à l’ergonomie des locaux
Dans les structures de la FEEC, chaque directrice est assistée par une coordinatrice. Certaines choisissent un interlocuteur unique avec le siège, d’autres préfèrent avoir des référents spécialistes (en gestion, en RH, un référent spécifique, sur les questions pédagogiques par exemple).
Ce soutien centralisé est si crucial que la Scop Accent Petite Enfance, séparée depuis août 2018 de son association mère Don Bosco, a choisi de rester connectée à celle-ci en matière de gestion. « Par le biais de frais de siège, nous louons les services de leur Pôle Gestion, ce qui laisse à notre disposition toute une série de fonctions supports qui nous sont très utiles », explique Magali Bachelier, sa Directrice Générale déléguée.

Même les crèches parentales ont embrayé le mouvement. « Nous avons mis en place des coordinateurs de réseau dédiés, permettant d’associer en permanence les parents à toutes les décisions stratégiques, en les soulageant au maximum des aspects techniques et en sécurisant le système », pointe Philippe Dupuis, Directeur de l’ACCEP (Association des Collectifs Parents Enfants Professionnels), forte de 800 structures, dont 250 crèches parentales.

3. Travail en réseau et mutualisation des bonnes idées
 « Quand une crèche a une bonne idée, nous mutualisons au maximum, témoigne Magali Bachelier. Par exemple, nous nous sommes rapprochés de la Scop Cerise, qui propose la charte Eco-Crèche. Une crèche a commencé à cultiver un potager et à élever des poules dans son jardin : une démarche d’expérimentation reprise par l’ensemble des structures de notre réseau. »

4. L’engagement dans une démarche qualité / développement durable
La FFEC est en train de mettre en place un réseau de partenaires de confiance, des prestataires de crèches avec lesquels elle négocie les tarifs pour ses adhérents et avec qui elle contracte, sur la base d’une Charte Qualité. « Depuis l’an passé, nous avons ainsi labellisé une centrale d’achat, des médiateurs à la consommation, un avocat en droit social, un courtier en énergie… retrace Elsa Hervy. Un référencement des fournisseurs de produits de base (lait, couches, épicerie) est en cours et nous voudrions embrayer rapidement sur les prestataires de contrôle réglementaire. »
A Lyon, l’approche « développement durable » est à l’honneur. Elle se traduit par la réalisation des repas sur place, avec des produits frais. « Ce n’est pas plus cher que de se faire livrer et de réchauffer, avec l’avantage d’être sur du « zéro déchets » », appuie Juliette Descos, Coordinatrice Petite Enfance.

5. La mise en place d’une politique d’innovation
A Lyon, un partenariat avec Sciences-Po est en cours d’élaboration, visant à renforcer les compétences managériales des directrices. Dans les cartons aussi : un projet de crèche d’application pour 2022 ou 2023. L’équipe municipale participe également à la construction du DU (diplôme universitaire) « Pour une culture commune d’accueil du jeune enfant », lancé à l’université Lyon 1, regroupant professionnels du secteur, ATSEM et responsables d’accueils de loisirs et dont la première rentrée est prévue en septembre 2019. « J’espère que, de manière globale, le partenariat du secteur avec l’université va continuer à se développer, déclare Claire Topenot, Directrice de l’Enfance, car cette ouverture est une voie pour revaloriser les métiers. »

6. L’attachement au bien-être au travail des salariés
L’ACCEP a mis en place un accompagnement resserré des salariés sur le plan de la santé et du bien-être au travail. « Nous les formons tous à la prévention des risques liés à l’activité physique, précise Philippe Dupuis. Ainsi, les plans de change se font debout, ce qui permet de préserver le dos des professionnels, tout en respectant l’autonomie de l’enfant. » On y veille aussi à l’instauration d’un dialogue social de qualité entre salariés et collectif de parents employeurs, assorti de la mise en place d’ateliers Formation tout au long de la vie, Santé, Utilisation de produits durables…

7. Des temps d’échanges de pratiques réguliers et diversifiés
L’association En Jeux d’Enfance organise un forum annuel autogéré à 100 % par les équipes, avec, le matin, une conférence sur une thématique et l’après-midi des ateliers et des temps d’échange de pratiques.
A Crescendo sont mises en place des formations croisées. « Cela permet de créer des réseaux et de rencontrer d’autres EJE qui travaillent ailleurs, de monter des groupes de travail : sur le tutorat des stagiaires, l’intégration de nouveaux salariés… », pointe Céline Legrain. Ces regards croisés interdisciplinaires permettent de favoriser l’expérimentation et de rester efficace.

8. Une logique de décision résolument collaborative
A l’ACCEP,  la coopération parents-professionnels a été retravaillée à tous les niveaux. « Le management doit être partagé entre les parents et la directrice ou la responsable technique, expose Philippe Dupuis. Nous préconisons aussi la constitution de binômes directrice - bureau de l’association, pour favoriser la compréhension mutuelle. »

9. Des personnels de direction mieux formés et accompagnés
La FFEC s’active actuellement, au sein de la branche des Entreprises de services à la personne, dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle. « En tant que fédération d’employeurs, nous souhaitons cofinancer les formations d’accompagnement des directeurs sur les compétences qu’ils n’ont pas », précise Elsa Hervy.

10. Un pool de personnels « volants » pour pallier les absents
A Nancy, une personne par établissement, une « fixe-mobile » sous statut fonctionnaire, peut être appelée, en cas d’absence de courte durée d’un personnel, pour intervenir dans un périmètre de 4-5 crèches, en fonction des besoins. Et sur les absences longues, la Ville compte un volant de roulantes et de remplaçantes, plus une enveloppe de quelque 200 mois à utiliser au fur et à mesure. « Nous faisons également appel à une Cv-thèque de personnes vues en entretien, dont on connaît les qualités et que l’on peut appeler en cas de besoin », témoigne Élisabeth Laithier, co-Présidente du groupe Petite Enfance de l’Association des Maires de France et adjointe Petite Enfance à la Mairie de Nancy. Ce système confère une grande souplesse. « Par rapport à certains de nos homologues, nous faisons très peu appel à l’intérim », apprécie-t-elle.

11. La co-éducation, réaffirmée dans les référentiels
« Depuis 2014, dans nos 400 crèches, nous avons décidé de nous orienter vers une option plus large que le partenariat initial avec les parents, pour aller vers la coéducation, formalisée par une Charte rappelant les droits et devoirs de chacun », précise Anne-Claude Rovera, Directrice Qualité Petite Enfance du réseau de crèches privées Les Petits Chaperons Rouges. Les Parents Délégués - ou Relais - font partie des commissions d’admission et voient, de manière très transparente, comment les places sont attribuées. Ils participent aussi au Conseil d’administration. Au sein du Conseil de crèche sont conviés l’équipe pluridisciplinaire (médecin, psychologue, coordonnatrice du secteur, professionnels de la crèche), les entreprises et institutions partenaires et mairie, ainsi que les Parents Relais.

Dans l’associatif, l’implication des familles porte parfois ses fruits au-delà de toute espérance. « Il y a six ans, les parents sont montés au créneau contre notre système de restauration collective industrielle, porté par une cuisine centrale, témoigne Magali Bachelier. Ce qui a entraîné la dénonciation de notre contrat avec le prestataire et le démarrage d’une gestion directe de cette cuisine, en développant un process alimentaire spécialement dédié aux crèches, avec moins de graisses, de sauces, et 60 % de bio. Depuis, cette cuisine, devenue elle aussi coopérative, fournit l’ensemble de nos crèches. Nous y avons gagné en qualité des repas, praticité et coût : tout le monde s’y retrouve. »

12. Etre un soutien social complet pour les publics en difficultés
A En Jeux D’Enfance ont été créées, depuis janvier 2017, cinq places solidaires en crèche, un peu le pendant des crèches AVIP, qui tournent sur les structures en fonction des besoins des familles.
Article rédigé par : Catherine Piraud-Rouet
Publié le 05 mars 2019
Mis à jour le 18 mars 2019