Les effets du port du masque sur les relations sociales et affectives entre les enfants et les professionnels

Au mois de décembre, nous avions diffusé un questionnaire sur l’impact du masque sur les jeunes enfants. Destiné à tous les professionnels de la petite enfance, il a été conçu par Anna Tcherkassof, chercheure en psychologie sociale sur la communication émotionnelle non verbale, au laboratoire LIP/PC2S de l’université Grenoble- Alpes, Monique Busquet, psychomotricienne – formatrice, Marie Hélène Hurtig puéricultrice – formatrice, Marie Paule Thollon Behar, psychologue et docteur en psychologie du développement.  Voici aujourd’hui un focus sur les observations recueillies autour des relations socio-affectives entre les jeunes enfants et les adultes qui les accueillent.
Dès sa naissance, le tout-petit s’inscrit d’emblée dans un processus d'adaptation à la vie en société. Tout au long de sa socialisation, il développe des capacités socio-affectives fondamentales pour être en connexion avec les autres : des capacités liées à la reconnaissance des adultes qui lui sont proches, à la compréhension de leurs intentions, à la régulation des échanges émotionnels... Les expressions du visage sont centrales dans la rencontre enfant- adulte, et dans le développement de ces capacités car elles jouent un rôle crucial dans les interactions socio-affectives.
C’est pourquoi le port du masque par les professionnels de la petite enfance accueillant des jeunes enfants parfois sur des temps longs (50 heures par semaine pour certains) suscite des questionnements sur ses effets sur le développement socio-affectif de ces derniers. Nous examinons ci-après les principales observations au sujet des relations affectives et sociales des enfants — de loin les plus nombreuses parmi toutes les observations — rapportées par les 600 professionnels ayant répondu à notre questionnaire en ligne*. Précisons qu’après avoir indiqué à quelles occasions ils portaient et ôtaient (le cas échéant) leur masque durant la journée, les professionnels consignaient les réactions qu’ils observaient chez les enfants lors du port du masque et de son retrait. Les professionnels avaient également la possibilité de laisser tout commentaire qu’ils jugeaient utile (leurs pratiques, leurs ressentis, etc.)

Masque et traitement visuel du visage
On sait que le visage de l’adulte accroche l’attention du tout-petit. Dès sa naissance, son regard est notamment attiré par le triangle formé par les yeux et la bouche de l’adulte. Or ce triangle est à moitié occulté par le port du masque entraînant des répercussions sur le traitement perceptif que les enfants font du visage.

Les jeunes enfants cherchent à enlever le masque
L’une des répercussions est la gêne que paraît constituer le masque lorsque l’enfant fait face à l’adulte. Un tiers des professionnels a rapporté que les enfants cherchaient à le leur ôter (par exemple, l’un d’eux indique « Chez les enfants d'environ 1 an–2 ans, ceux-ci mettent souvent les mains au niveau de mon masque afin de l'enlever »). À chacun sa façon : les petits, eux, agrippent le masque de l’adulte lorsqu’il est à sa portée, pendant le change ou le biberon (« Avec les bébés qui ne marchent pas, quand je les porte ou sur les genoux proches de mon visage, nombreux sont ceux qui arrache le masque, le font descendre » dit l’un des professionnels et un autre précise « pour des bébés de 3 mois à 10 mois, ils regardent dans les yeux beaucoup et essayent d'enlever le masque »).
Les plus grands des enfants, eux, n’hésitent pas à verbaliser à propos du port du masque (Les enfants de 2 ans / 2 ans et demi nous disent « enlève ton masque ») et à questionner à son sujet (« Certains grands nous interrogent sur ce masque, pourquoi on le garde tout le temps »). Le masque semble donc constituer un objet singulier pour les jeunes enfants, parasitant la relation à l’adulte.

• Quand les enfants redécouvrent un visage entier
Environ 2 professionnels sur 3 disent observer des réactions de la part des enfants au retrait du masque. Un tiers observe une réaction attentionnelle marquée, donnant des exemples d’enfants qui les regardaient longuement, attentivement, lorsqu’ils enlevaient leur masque (« [ils] me regardent et m'observent davantage » ; « ils sont captivés lorsqu’on descend le masque »). Ces réactions attestent que les enfants s’étaient familiarisés au visage masqué et que le retrait du masque leur donnait accès à quelque chose qui leur était visuellement nouveau (« Un petit de 18 mois nous touche le visage comme si c’était une découverte pour lui de voir un visage » ; « un enfant a dit ‘oh mais tu as un nez’ »). Notons que la bouche avait un statut particulier dans ce qui semble être momentanément pour eux un « nouveau stimulus ». Un certain nombre de témoignages relataient combien celle-ci polarisait l’attention des enfants (« [8 à 15 mois] les enfants observent la bouche de manière insistante » ; « ils bloquent sur la bouche »). Des professionnels précisent même que leur bouche constituait « un objet convoité ». Ce nouveau visage produisait une sensation de non-concordance avec les représentations que l’enfant s’était faite du visage, provoquant ainsi de la surprise (« les enfants ont toujours un moment d'hésitation ou de perplexité quand ils me voient sans masque » ; « ils nous regardent avec des gros yeux, ils sont étonnés »). Cette redécouverte n’était pas une expérience seulement insolite, elle était parfois source d’émoi. Près de la moitié des réactions attentionnelles étaient associées à de l’inquiétude, des pleurs, voire de la panique (« les bébés de 9 mois changent d'expression : le sourire s'efface/changent de tête quand ils voient notre visage, ils ont un peu peur » ; « pour les bébés, cela a déclenché des pleurs plusieurs fois » ; « L. 7 mois hurle de frayeur »). Le bouleversement dont ils faisaient preuve montre que le retrait du masque affectait le sens donné à ce visage masqué. Les témoignages de pleurs et de peurs devant un visage sans masque concernaient des enfants de moins de 1 an, avec également des observations d’apaisements ou de sourires une fois le masque remis (« Pour le bébé de 10m, pas de sourire au retrait du masque, il me regarde et quand je remets le masque, il me sourit ». Ces témoignages semblent particulièrement intéressants. En effet, au moment où l’enquête a été menée, la préoccupation ambiante principale était celle des réactions des enfants aux visages masqués et pas aux visages démasqués. Un si grand nombre d’observations spontanées de professionnels autour de réactions négatives des enfants au retrait du masque était donc inattendu. Les constats des professionnels témoignent ainsi qu’un certain nombre d’enfants, nés pendant ou juste avant la période du 1er confinement, semblent avoir intégré le visage masqué comme ordinaire et rassurant.  Sachant que, ces enfants naviguent entre leur lieu d’accueil collectif avec des adultes masqués et leur domicile familial avec des adultes non masqués.

Identification de l’adulte
Un autre ensemble de réactions observées sont liées à la reconnaissance de l’adulte : « Les enfants ne nous identifient pas, mes collègues et moi sommes toutes brunes aux yeux marrons, ils nous reconnaissent uniquement à la voix ». Les enfants ayant connu les professionnels avant que le port du masque ne devienne obligatoire avaient des difficultés, pour certains, à les reconnaître (« Certains enfants ont des réticences à venir vers nous car ils ne nous reconnaissent pas (15mois) » ; « quand les premiers enfants sont revenus, il a fallu qu'on enlève nos masques afin qu'ils nous reconnaissent »).
Pour ces enfants-là, des professionnels ôtaient leur masque pour leur permettre de les identifier (« À l'accueil avec un enfant de 10 mois, il a besoin que je baisse le masque pour me reconnaître » ; « Un bébé de 6 mois ne nous reconnaît pas lorsqu'on porte le masque. Dès qu'on l'enlève il s'illumine et nous fait d'immenses sourires » ; « Bébé E 8 mois me regarde fixement sans sourire comme s’il me reconnaissait pas, j'enlève le masque je retrouve un bébé souriant »).
Notons cependant que parmi tous les témoignages pointant des problèmes de reconnaissance de l’adulte, les ¾ signalent une difficulté de reconnaissance lors du retrait du masque. La reconnaissance du visage de l’adulte par l’enfant se construit peu à peu durant la première année de son développement. Or le masque semble interférer dans ce processus (« Regarde avec de grands yeux, semble perturbé par cet individu qu'il ne reconnait pas avec ce masque »). La représentation construite par les petits de l’adulte qui l’accueille est celle d’un visage réduit à une bande très contrastée, celle des yeux et du front. Au retrait du masque, ils sont confrontés à une configuration pleine d’éléments nouveaux (nez, bouche, mâchoire...). De sorte que des enfants habitués au visage masqué réagissaient fortement quand il voyaient le visage découvert (« Une petite de 8 mois a peur de nous lorsqu’on retire le masque, elle ne sourit plus et ne veut pas qu’on l’approche » ; « plusieurs enfants se sont arrêtés, m’ont fixée et ont fini par se mettre à pleurer et à regarder ailleurs en cherchant un autre adulte » ; « [Bébé de 5 mois] J’ai voulu le rassurer car il pleurait mais il ne m’a pas reconnu car il nous connaît que avec le masque et il a hurlé encore plus » ; « les 2 [bébés de 6 mois] ont arrêté de sourire, nous ont observé et se sont mis à pleurer, comme s'ils ne  nous reconnaissaient pas »).
Des stratégies sont mises en place par des professionnels pour que le processus d’identification puisse se faire correctement. Par exemple : « Pendant que je donnais un repas à un bébé de 9 mois, j'ai baissé mon masque un instant pour lui parler et lui sourire, ce bébé s'est mis à pleurer en me regardant. J'ai remis mon masque, attendu qu'il se calme, je lui ai donné son repas. À la fin de son repas, j'ai à nouveau retiré mon masque, il s'est remis à pleurer. J'ai réitéré l'expérience pendant un temps de change, la réaction a été identique. Depuis, je retire mon masque plus souvent avec cet enfant, aujourd'hui même si je sens de l'inquiétude, il ne pleure plus ».

Sourires et échanges affectifs
L’échange de sourires entre l’adulte et l’enfant a un rôle pivot dans le développement psychologique de ce dernier. Au tout début de sa vie, le bébé réagit en miroir à l’expression émotionnelle de l’adulte, avant d’être progressivement sensible à la réciprocité sociale. Le sourire–réponse des premiers mois laisse ainsi petit à petit la place au sourire social, celui adressé à autrui. Nous avions évoqué dans notre premier article que beaucoup de professionnels constataient des incidences sur les interactions socio-affectives entre adultes et enfants, déplorant des échanges affectifs de moindre qualité (« Les enfants entrent plus en relation lorsque nous ne portons pas le masque, qu'importe l'âge [dans une structure de 0 à 3 ans] »).

• La connexion enfant - adulte
Les échanges de sourires tissent les liens entre l’enfant et son entourage social proche. Les sourires sont des manifestations émotionnelles positives dirigées vers l’autre (« Les bébés âgés de 8 et 12 mois sont heureux de voir notre sourire, ils nous imitent »). Ils permettent une mise en relation positive, de communiquer, de consolider les liens d’attachement... Le masque peut donc constituer un frein à l’entrée dans l’interaction. (« Nous accueillons un bébé depuis ses 3 mois. Il a 4 mois et demi aujourd'hui. Lors de l'accueil du matin, il ne réagit pas à ma tentative de connexion avec lui. Il me regarde juste intensément. Lorsque j'enlève le masque quelques secondes pour reproduire le même échange, il me sourit il me fait des areuh... »). Le masque pourrait également limiter les possibilités de réciprocité (« Bébé de 8 mois : aucune réaction malgré que je sourie derrière le masque » ; « A. (2ans) me regarde... (je suis à 3m d'elle) Je lui fais bonjour de la main et souris derrière mon masque... Aucune réaction de sa part. Je refais la même chose en baissant mon masque, elle sourit à son tour de façon franche... »). Les réactions des jeunes enfants au retrait du masque ont attesté que le masque est bien l’élément parasite dans l’interaction : « Les enfants ont le visage qui s'éveille. Le bébé sourit ce qu'il ne fait pas avec le port du masque » ; « C’est toujours à ce moment-là que les enfants viennent réclamer un câlin ou viennent échanger avec nous » ; « Les enfants ne réagissent pas quand on leur parle avec le masque. Juste avec le regard ce n'est pas suffisant pour certains. Même quand on leur sourit... pas de réponse. Dès qu'on l’enlève leur regard rayonne »). Des témoignages portaient également sur l’importance du sourire dans la communication. Au retrait du masque, l’entrée dans la communication interpersonnelle est facilitée (« Enfants qui communiquent plus (tous âges) » ; « Les enfants sourient davantage et osent nous parler davantage aussi »). Par conséquent, le fait que des professionnels rapportaient une diminution des sourires interroge sur de possibles effets à moyen terme du port du masque sur le développement socio-affectif du jeune enfant (« Certains bébés sourient moins voire plus du tout » ; « Chez les plus petits (- de 6 mois) je remarque une réelle absence de sourire » ; « Absence de sourire réponse chez des enfants de 6 mois, 9 mois et même à 2 ans »).

Interactions non verbales et proto-conversations
Les sourires sont des comportements non verbaux. Pourtant, la réciprocité des sourires entre l’enfant et l’adulte joue un rôle essentiel pour le développement des compétences verbales ultérieures. En effet, ces échanges de sourires sont des espaces temporels au cours desquels le tout-petit apprend comment avoir une « conversation » avec l’adulte, les échanges de sourires fonctionnant comme des tours de paroles. Le port du masque paraît constituer une entrave à la synchronie de l’échange (« J’échangeais avec un bébé de 5 mois, il restait impassible, sans réaction. J'ai enlevé le masque et il a souri et gazouillé » ; « [Bébé de 5 mois] lorsque j'enlève le masque pour communiquer il babille, fais des sourires, lorsque je remets le masque babillement moins significatif »). Le masque réduirait les séquences d’imitations réciproques ayant lieu au cours des proto-conversations connues pour leur importance pour le développement du langage (« Lorsque je discute avec A. (5 mois) ou L. (7 mois), elles observent mes lèvres, mon sourire, gazouillent et sourient pour me répondre. Je ne retrouve pas ces échanges lorsque je porte mon masque »). Il pourrait appauvrir le jeu conversationnel animé par l’échange d’expressions d’émotions relationnelles dont le sourire est l’archétype (« Aucun sourire. Interaction limitée. 2 à 8 mois » ; « Lorsque je discute avec Alma (5 mois) ou Léa (7 mois), elles observent mes lèvres, mon sourire, gazouillent et sourient pour me répondre. Je ne retrouve pas ces échanges lorsque je porte mon masque »).
En conclusion, si un tiers des professionnels constataient que les enfants ne paraissaient pas incommodés outre mesure par le port du masque, les réactions observées par les deux autres tiers indiquaient qu’il aurait des incidences. Les expériences interactionnelles des enfants semblaient affectées sur plusieurs plans : l’activité attentionnelle, la reconnaissance de l’identité de l’adulte, la synchronie affective. Les proto-conversations semblaient aussi victimes du masque. Pourtant elles sont un préalable indispensable au développement du langage verbal. En effet, le sourire en particulier, central dans ces proto-conversations, est caché par le masque porté par l’adulte. Au-delà de son rôle dans les proto-conversations, le sourire est au cœur de la co-régulation émotionnelle qui lie les enfants à autrui et participe de l’ajustement affectif.

L’échange de sourires est une dynamique qui conditionne à terme la socialisation de l’enfant, c’est-à-dire le développement d’une personne socialement ancrée et adaptée. C’est peut-être parce que le visage souriant exerce une quasi-fascination sur les enfants qu’ils cherchaient tant à ôter son masque à l’adulte. Pour finir, on sait que le sourire induit instantanément un état affectif positif chez autrui. C’est vrai même des sourires affichés si rapidement (4 millisecondes) qu’ils ne sont pas consciemment perçus par l’interlocuteur... Le port du masque prive donc les jeunes enfants de ces mini moments « d’inoculation » émotionnelle positive.
Près de quatre mois ont passé depuis le recueil de ces témoignages. Bien que l’exploitation approfondie des données ne soit pas achevée, il faudrait déjà songer à en recueillir de nouvelles. Les réactions des enfants ont peut-être déjà beaucoup évolué. Les observations des professionnels accueillant de jeunes enfants fournissent des pistes de réflexion pour des recherches scientifiques en laboratoire et sur le terrain afin de faire progresser nos connaissances sur le développement de l’enfant et sur les pratiques professionnelles pour lesquelles elles apportent de points de vigilance.


*publié sur le site internet « Les pros de la petite enfance » entre le 6 et le 20 décembre 2020

 
Article rédigé par : Marie Hélène Hurtig et Anna Tcherkassof
Publié le 20 avril 2021
Mis à jour le 20 mai 2021
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