Une Souris Verte

Être acteur de la dynamique inclusive dès la petite enfance

Quand on évoque l’accueil de jeunes enfants en situation de handicap dans une crèche, On parle d’inclusion. Mais finalement ne vaut-il pas mieux parler de dynamique inclusive tant cet accueil doit mobiliser toutes les énergies et surtout profiter à tous ?  Que signifie exactement la dynamique inclusive ? Comment la mettre en œuvre ? Comment chaque professionnel de la petite enfance, peut être acteur de cet élan ? Les réponses avec les équipes de l’Association Une Souris Verte.
L’entrée d’un enfant en situation de handicap dans un lieu d’accueil ordinaire : un droit fondamental
Un grand nombre de parents témoignent encore aujourd’hui de refus d’accueil pour leur enfant en situation de handicap dans des crèches, centres de loisirs ou écoles. Les raisons avancées sont multiples : “notre équipe est peu formée”, “nous avons un manque de personnel pour accueillir votre enfant”, “nous avons peur de ne pas savoir faire”, “votre enfant demande trop d’attention”, “l’accueil est ingérable au sein d’un groupe d’enfants”, etc. Pourtant, comme la loi du 20 février 2005 le dispose : “toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté [...]”.
Ce droit vise à assurer l'accès de l'enfant, de l'adolescent ou de l'adulte en situation de handicap aux institutions ouvertes à l'ensemble de la population et son maintien dans un cadre ordinaire d’accueil, de scolarité, de travail et de vie.

L’accès aux structures ordinaires est donc bien reconnu comme un droit fondamental. Dès lors, l’accueil d’un enfant en situation de handicap est inconditionnel. Les fondements juridiques de l’inclusion sont ainsi bâtis.


« L’inclusion » doit profiter à tous les enfants
Accueillir un enfant en situation de handicap, c’est avant tout une réflexion d’équipe sur son fonctionnement, ses pratiques professionnelles et une adaptation de l’environnement. Ce travail ne doit pas être centré sur l’enfant en situation de handicap mais bien sur l’ensemble du groupe. Ce qui est bien pour un enfant doit profiter à tous les enfants. L’ensemble des professionnels doit se sentir concerné et être acteur de cet accueil. C’est pourquoi on parle généralement non pas d’inclusion mais d’une dynamique inclusive.

Une erreur est souvent commise : la confusion des rôles et des places de chacun. Les professionnels de l’enfance sont avant tout des personnes qui doivent accueillir l’enfant et penser à son épanouissement et à son bien-être. L'enfant en situation de handicap n’échappe pas à cette règle et ce, peu importe la déficience. Il est important pour réussir l’accueil de cet enfant que les professionnels restent dans leur rôle premier et ne tentent pas de devenir médecin ou rééducateurs. Ainsi avoir un diagnostic ou non, telle ou telle pathologie, ne doit donc pas être un facteur déterminant et une condition préalable à l’accueil de l'enfant.

L’observation : la clef d’un accueil réussi
Il convient donc aux équipes de se focaliser sur les besoins de l’enfant et les adaptations nécessaires pour réussir l’accueil et ceci dans le respect de chaque individualité du groupe d’enfants. Cela passe par un travail d'observation de l’enfant, d’échanges avec les parents et de coopération entre professionnels.
La phase d’observation de l’enfant est fondamentale car c’est grâce à cette analyse qu’il est possible d’adapter les activités et l’environnement à l’enfant en situation de handicap. Chaque enfant a des besoins spécifiques et encore plus lorsque celui-ci a des difficultés ou des troubles de développement. Il faut toutefois être attentif à ne pas baser sa réflexion sur ses propres représentations ou croyances, mais bien sur les constats issus de l’observation.

Du matériel et des espaces adaptés… mais qui servent à tous les enfants
Dans le cadre d'une structure petite enfance, certaines adaptations peuvent être facilement mises en place. Au sein des crèches gérées par l’association Une Souris Verte, il n’y a pas de spécialistes des enfants en situation de handicap. C’est l’ensemble de l’équipe qui s’occupe de tous les enfants et qui réfléchit au bien-être du groupe.

Lors de l’arrivée d’un enfant polyhandicapé, déjà grand et costaud, l’équipe s’est équipée d’une chaise hamac. Cet objet présente plusieurs avantages, il permet à l’enfant d’être installé confortablement et d’être bercé. Les professionnels avaient une position plus ajustée pour s’occuper de lui. Enfin, l’enfant restait à hauteur des autres qui pouvaient ainsi très facilement venir le voir et jouer avec lui. La chaise hamac est également utilisée par les autres enfants pour être bercés. C’est aujourd’hui l’endroit cocooning de la structure.

De la même manière, pour permettre aux enfants ayant des difficultés de communication de s'exprimer, l'utilisation d'images et de pictogrammes a été mise en place dans le fonctionnement quotidien des crèches de l'association Une Souris Verte. Au-delà de l'utilisation pour faciliter l'expression de certains, ces pictogrammes aident tous les enfants à faire des choix, formuler des demandes, manifester une émotion et éviter des incompréhensions.

Des activités non excluantes
Lors des temps d’activités chaque enfant doit être libre de participer selon ses envies et possibilités. Au cours d’une activité peinture par exemple, il est possible de peindre avec le pied ou de mettre les feuilles de papier au sol avec les enfants sur le ventre. Ainsi tous les enfants peuvent s’essayer à ces nouvelles façons de peindre. Si l’enfant en situation de handicap est au milieu de son groupe de pairs, les enfants le feront naturellement participer et trouveront souvent d’eux même des astuces auxquelles les professionnels n’auraient pas pensé.

La dynamique inclusive :  le fait de considérer chaque être avec ses fragilités
Charles Gardou, anthropologue et professeur des universités français spécialisé dans les questions relatives au handicap, explicite cette notion : “En situation de handicap ou non, chacun a le droit inconditionnel à être singulier et à réaliser sa singularité”. Ainsi, il appartient aux professionnels de la petite enfance de rendre possible l’accueil de chaque enfant pour construire la société inclusive et les êtres humains tolérants de demain. L’anecdote d’un enfant accueilli au sein de la crèche Une Souris Verte illustre bien ce propos. De retour de son premier jour d’école, il demande : “Dis maman, ils sont où tous les enfants un peu différents de moi ? Pourquoi il n’y en a pas comme à la crèche ?”. Aux yeux de cet enfant de 6 ans, l’inclusion est la norme.

 
Article rédigé par : Audrey Acosta, Amélie Laurent et Raphaël George
Publié le 16 mars 2021
Mis à jour le 18 mars 2021