Une Souris Verte

Handicap : quand les difficultés de l’enfant se révèlent en cours d’accueil

Lors de l’inscription à la crèche, des familles peuvent faire part d’une situation médicale particulière, d’une maladie ou du handicap de leur enfant. Mais parfois des questionnements sur la santé et le développement de l’enfant apparaissent uniquement en cours d’accueil. Dans ce processus de découverte du handicap, quelle place doivent prendre les professionnels de la petite enfance ?  
 
 
Quand le doute s’installe
La période de 0 à 3 ans chez l’enfant est un stade où les interrogations sont fréquentes. En tant que professionnels de la petite enfance, nous sommes souvent confrontés à des situations qui nous interpellent, à des questionnements quant au développement ou comportement d’un enfant. Parfois des signes montrent que l’enfant se développe de manière inhabituelle. Lors de ces premières observations, parents et professionnels ne savent pas si les difficultés rencontrées sont passagères ou si elles pourraient perdurer. Le doute est présent, et la recherche d’explications s’enclenche très vite.

Le savoir-faire des professionnels de la petite enfance est parfois mis à mal, notre organisation remise en question, nos pratiques sont bousculées. Nous souhaitons trouver des solutions, mais nous nous trouvons aussi désemparés dans une multitude de questionnements : comment pouvons-nous agir ? Comment trouver un positionnement ajusté ? Comment mener une réflexion sereine ? Quels leviers peuvent être activés ?  Comment partager nos questionnements avec les parents ?

L’une des clés est de se laisser du temps… et laisser le temps aux parents. Le cheminement allant de l'observation à l'échange en équipe et avec les parents, permettra d’ajuster les réponses aux besoins de l’enfant. Prenons le temps de ce parcours.

Prendre le temps, c’est laisser le temps à l’enfant
Le repérage et l’intervention précoces sont aujourd’hui présentés comme essentiels pour la prise en charge des troubles chez le jeune enfant. Dans ce contexte, les professionnels peuvent avoir le sentiment de devoir agir rapidement selon des échelles de développement normalisées. Il ne faut pas perdre de vue que chaque enfant a un développement qui lui est propre. Il est alors important de laisser à l’enfant le temps de se développer à son rythme. Prendre le temps d’observer l’enfant, ce n’est pas manquer à l’intervention précoce.


Prendre le temps du travail en équipe

Il est essentiel d’échanger au sein de l’équipe autour de l’enfant et des observations pour permettre de passer du ressenti à l'objectivation. Toute équipe doit se questionner sur le processus qui permet aux professionnels de partager leurs interrogations à l'ensemble de l’équipe. L’enjeu est de trouver où, quand comment croiser les questionnements. Cela peut être par exemple au cours de réunions d’équipe ou de temps de supervision.

Parfois les interrogations des uns ne sont pas partagées par les autres. Le croisement de regards permet de se décentrer des ressentis individuels et de réfléchir à la suite à donner. A ce titre, le médecin référent de la crèche peut contribuer à soutenir la réflexion collective. Faire confiance et se recentrer sur l’équipe sont à la fois garant et témoin d’un bon fonctionnement.

Prendre le temps de l’observation
Il est également fondamental de prendre le temps de s’appuyer sur des observations concrètes. Chaque personne qui entoure l’enfant peut l’observer, tout en gardant des interrogations. L’observation n’a pas pour enjeu de répondre aux questions que l’on se pose. Elle permet, entre autres, de noter des faits qui peuvent ensuite donner lieu à des échanges d’informations concrètes. L’objectif est de se décentrer de la problématique. Cela permet parfois de révéler les centres d’intérêts de l’enfant, ses compétences et ainsi de ne pas voir l’enfant uniquement sous le prisme de ce qui nous interpelle.  

Passer de l’intuition à une réponse adaptée. Le guide « En route » de l’association belge Les Lucioles fait état du processus qui peut permettre de transformer des intuitions à la transformation en faits observables et concrets, pour pouvoir ensuite mettre en place une réponse appropriée. Ce processus permet d’objectiver une intuition, en équipe et avec les parents.

Par ailleurs, le croisement des observations entre les différentes personnes qui entourent l’enfant permet de le connaître dans ses différents milieux de vie. Par exemple, en crèche, si l’on observe que l’enfant ne se hisse pas, ou bien que l’enfant manifeste beaucoup d’agitation, on peut demander aux parents si l’enfant agit de façon similaire à la maison, chez l’assistante maternelle, etc.

Prendre le temps avec les parents
"Être à l’écoute des parents et les respecter dans leur position et leur légitimité est indispensable à une réelle collaboration. Ils sont les premiers éducateurs de leur enfant : ce n’est pas parce que leur enfant a une déficience que leur parentalité est déficiente
(Page 81, Une place pour chacun, une place pour tous, ACEPP / Une Souris Verte, 2010).

Une équipe recherchera le dialogue avec les familles, pour les accompagner – si elles le souhaitent –, et partager avec elles les observations et les questionnements. Au préalable, l’équipe devra réfléchir aux questions suivantes : Que dire ? A quel moment ? Comment l’exprimer ? Qui au sein de l’équipe va rencontrer la famille ? Sur quoi le dialogue va-t-il s’appuyer ?

Il convient à l’équipe de garder en tête qu’en tant que professionnels de la petite enfance, elle n’est pas là pour poser un diagnostic, mais pour venir partager des observations factuelles. Échanger sur des observations concrètes permet de laisser la possibilité aux parents de dire s’ils partagent ces observations. Par exemple : « Nous avons observé qu’à la crèche, G. est toujours en mouvement, est ce que vous remarquez la même chose à la maison ?”  Ou encore “Y. ne se déplace pas, cela nous étonne, qu’avez-vous remarqué à la maison ? »

Cet échange se fera sans jugement, avec prudence, et pas à pas. Les parents sont des individus qui cheminent à des rythmes différents, qu’il convient de respecter. Ils vont accompagner leur enfant durant toute sa vie. Nous, en tant que professionnels, ne sommes que de “passage”.  Nous devons respecter le rythme des parents et leurs positions, même lorsqu’ils ont le sentiment que cela risque de retarder le diagnostic ou la prise en charge.

« Pour accompagner au mieux les familles, il convient de considérer que leurs comportements (qui peuvent nous paraître, de l’extérieur, étranges ou inadaptés) permettent de mettre à distance la souffrance et de continuer à vivre malgré la difficulté. Elles ont donc un rôle primordial de défense et sont toujours nécessaires. Comprendre le sens de ces réactions s’avère plus aidant que de lutter contre elles. »

Faisons confiance aux familles, faisons-nous confiance pour accompagner au mieux l’enfant dans son développement et mener un projet partagé autour de l’enfant.


 
Article rédigé par : Catherine FEVRE-MERLE et Céline TEISSEIRE.
Publié le 05 août 2021
Mis à jour le 18 août 2021