La place du psychologue en crèche dans l’après-confinement 

Dans l’anticipation de la réouverture des EAJE, on évoque bien plus souvent les conditions sanitaires liées à la reprise que l’accompagnement du développement de l’enfant et le soutien des pratiques pédagogiques. S’il est évident que nous devrons nous adapter à des conditions d’accueil dans le respect des règles d’hygiène et de sécurité, nous devrons également prendre soin de poursuivre les missions essentielles des EAJE. Et dans ce contexte, le rôle du psychologue de crèche prendra tout son sens et une place centrale pour accompagner les professionnels, les enfants et leurs parents. Le point de vue de Séverine Ringot, l’une d’entre elles.
Des espaces de paroles pour soutenir les professionnels
Un des premiers grands axes de cette réflexion se trouve dans l’écoute et le soutien aux professionnels. Après cette période de confinement éprouvante pour chacun d’entre nous, il me semble essentiel de favoriser des espaces de paroles.
Il serait alors bénéfique de mettre en place des temps d’échanges destinés à l’écoute et à l’échange entre professionnels sur leurs vécus, leurs ressentis et leurs appréhensions face à la situation liée au Covid-19. Un à deux professionnels de chaque lieu de vie pourraient se libérer à tour de rôle afin de participer à ces temps, tout en respectant les règles de distanciation sociale.

Aide à la continuité pédagogique pour les enfants accueillis en crèche
La continuité pédagogique est un autre axe de réflexion qui s’impose afin de garantir un accueil de qualité adapté au contexte, de gagner en sécurité affective et en sérénité au sein des EAJE ou structures d’accueil lors de la reprise. Sans nul doute, celle-ci doit se faire de façon participative et inclusive pour les professionnels à travers un travail d’observation soutenu par le psychologue de la crèche.
Dans la mesure où les parents ne pourront s’attarder dans les établissements, c’est plus spécifiquement l’accompagnement des séparations qui sera à privilégier lors des échanges en équipe avec le psychologue. Ce temps fort et sensible pourrait faire l’objet d’une réflexion en équipe. Ici, le psychologue pourrait accompagner l’équipe dans l’élaboration de supports tels qu’une grille de suivi des séparations. Ces grilles une fois complétées par les professionnels, serviront de supports lors des échanges avec le psychologue.

Grâce à ce type d’outils, il convient de faciliter les choses, noter quelques mots, un ressenti ou une réflexion. L’idée réside principalement dans l’alimentation de la réflexion des professionnels, qui sera soutenue par l’équipe pédagogique et le psychologue. Les EJE auront également un rôle clé à jouer dans cette démarche d’observation et de soutien, tant auprès des familles que des professionnels. C’est d’ailleurs pourquoi il sera nécessaire de maintenir ou de mettre en place des temps d’échanges psychologue-EJE afin de soutenir cette démarche.
Dès la reprise des accueils dans les EAJE, ce travail mené en amont permettra de mettre en œuvre rapidement ces postures d’observation et d’analyses. Les différents échanges avec le psychologue permettront de dégager des propositions d'accompagnement et d’amélioration de la situation collective et/ou individuelle.

La continuité entre chaque visite du psychologue pourra être assurée par les EJE, notamment à travers le maintien des échanges, divers questionnements et différents besoins d’éclaircissement.
Si une situation nécessite plus d’investigation ou si des inquiétudes qui dépassent les capacités d’accompagnement de l’équipe ont été évoquées, comme le comportement spécifique d’un enfant par exemple, le psychologue prendra le relai (observation, rencontre avec la famille, prise de contact avec les partenaires extérieurs, etc.)
Bien-sûr, cette démarche devra nécessairement faire l’objet d’un bilan mensuel des actions mises en place lors des temps de rencontre Direction, EJE, psychologue et médecin.

De nouvelles pratiques pour accompagner les parents des enfants accueillis en crèche
Une adaptation des pratiques d’intervention du psychologue sera nécessaire dans la mesure où la présence des familles sera limitée au sein des établissements. Si nous ne pouvons pas (ou difficilement) recevoir des parents en entretien au sein des crèches, il nous faudra nous rendre disponibles différemment et faire évoluer nos pratiques. Pour cela, pourquoi ne pas mettre en place des temps d’écoute destinés aux familles par téléphone ? Ainsi, le psychologue évaluera par lui-même les situations, écoutera et conseillera puis, si nécessaire, pourra orienter les familles vers les partenaires et professionnels adaptés.

Aussi, et ce afin d’aborder quelques thèmes clés (sommeil, séparations et retrouvailles, accompagner les pleurs, les émotions, l’entrée à l’école, l’acquisition des sphincters...) dans ce contexte qui peut être source supplémentaire de doutes ou d’anxiétés, nous pourrions envisager de procéder par exemple à des échanges avec un plus grand nombre lors de rencontres collectives menées par le psychologue en visioconférence.

Déjà réfléchir à l’accueil des nouveaux enfants en septembre
Mais il s’agit également de mener la réflexion jusqu’au bout. Qu’en sera-t-il de l’accueil des nouveaux arrivants ? Une attention toute particulière devra être portée à ces familles qui auront vécu une grossesse puis la naissance de leur enfant durant l’épidémie du COVID-19.
Pour la rentrée de septembre, le psychologue pourra apporter son soutien pour les familiarisations en retravaillant avec l’équipe, les outils d’accompagnement. Nous devrons davantage sensibiliser les professionnels à une observation au quotidien toujours plus « approfondie » en toute bienveillance et neutralité et ce en collaboration étroite avec les médecins de crèches.
Avec l’évolution de la crise sanitaire, les temps de rencontre collectifs pourront retrouver leur place au fur et à mesure au sein des établissements.

Des psychologues plus créatifs dans leurs modalités d'intervention
Il convient de revenir sur le rôle du psychologue, travailleur itinérant, évoluant dans divers établissements, d’un lieu de vie à un autre, multipliant les rencontres avec les familles et les professionnels. Là encore, il serait souhaitable de trouver un équilibre et une organisation des temps de présence du psychologue dans les lieux d’accueils ainsi qu’une adaptation de son travail afin de limiter les va-et-vient pour le respect des règles d’hygiène et de sécurité sanitaire. Le psychologue devra faire preuve d’inventivité et proposer, par exemple, des rencontres collectives en visio-confèrence, des entretiens téléphoniques, etc.

Il reste tant à faire et pourtant, ces évènements ne seraient-ils pas l’occasion pour le psychologue de s’investir différemment auprès des équipes, des enfants et de leurs familles, dans un cadre nouveau et redéfini, pour une évolution la plus adaptée possible à la situation ?

 
Article rédigé par : Séverine Ringot
Publié le 28 avril 2020
Mis à jour le 28 avril 2020