A la Crèche des P’tits loups, malgré les consignes sanitaires, priorité au temps passé auprès des enfants

La crèche associative Les P’tits loups, nichée au pied des pistes de Molines en Queyras (05), comme la plupart des lieux d’accueil du jeune enfant est restée fermée pendant le confinement. Depuis le 19 mai, elle a rouvert timidement ses portes. Peu d’enfants, un protocole sanitaire lourd et une petite inquiétude face à la prochaine arrivée des touristes et des saisonniers. Rencontre avec l’équipe de direction, Dorothée Petinarakis, EJE et Nadine Guitard, infirmière.
Les P'tits Loups est une crèche de 27 berceaux. Elle affiche complet en hiver et en été car elle accueille les enfants des touristes et des travailleurs saisonniers. Elle est même ouverte six samedis pendant les vacances de février.
Sinon, elle tourne avec une dizaine d’enfants et propose une large amplitude horaire de 8 à 18 h. Essentiellement subventionnée par la commune de Molines , elle fait partie du réseau ACEPP.

Lecture approfondie du guide ministériel
A l’annonce de la réouverture des crèches et suite à la diffusion du guide ministériel « COVID-19-Modes d’accueil », à peine trois jours avant, Dorothée et Nadine ont d’abord pris le temps de lire attentivement les recommandations sanitaires officielles. Elles savaient qu’aucun enfant ne reviendrait dès le 11 mai, cela tombait à pic, elles pourraient prendre le temps de s’approprier les consignes, de les adapter à leur structure en créant leur propre protocole, de le faire parvenir aux familles, de commander masques et gel hydro-alcoolique (ce qui ne fut pas facile).  Et ensuite de penser le réaménagement de la crèche. Avec comme fil conducteur : « laisser le plus de liberté aux enfants et passer le plus de temps auprès d’eux. » Bref, la qualité de l’accueil ne devait pas s’effacer devant les mesures d’hygiène.

Un protocole adapté à la crèche
Pour Nadine, l’infirmière « le guide ministériel d’un point de vue sanitaire est juste, c’est ce qu’il faut prévoir pour limiter toute propagation du virus et contagion ». « Mais il est infaisable ! » ajoute-t-elle.  Dès lors renchérit Dorothée « nous l’avons adapté ».  Des exemples ? « Pas de marquage au sol, les lieux ne s’y prêtent pas, nous recevons un parent par enfant dans le sas. Il doit porter un masque et nous avons mis à disposition du gel hydro alcoolique, la température de l’enfant est prise à l’arrivée. En revanche pas de sur-chaussures dans le sas puisque le parent ne va pas plus loin et ne pénètre pas dans les lieux de vie. Plus de porte- manteaux pour les enfants, nous avons agrandi les casiers pour que les vêtements des petits rangés dans un sac fermé puissent y trouver place. Évidemment nous ne voulons pas de distanciation entre enfants (c’est impossible) et avec les enfants. Comment ne pas prendre un enfant dans les bras s’il le réclame et en a besoin ? »

Une semaine pour tout réaménager
Le protocole sanitaire adapté aux lieux et aux habitudes de la crèche, Dorothée et Nadine ont mis une semaine (entre le 11 mai et le 15 mai) pour tout préparer. « Il nous a fallu enlever certains jouets, difficiles et plus longs à nettoyer, réaménager les espaces pour faciliter la circulation et surtout désinfecter toute la crèche ». Un sacré boulot qu’elles ont fait consciencieusement car évidemment, elle se sentent « responsables » de la sécurité des enfants accueillis. C’est pourquoi elles préfèrent gérer désinfection et nettoyage elles -mêmes. « C’est nous qui travaillons ici, donc nous n’avons pas envie de déléguer ces tâches.» Et tous les jours, après le départ des enfants, il leur faudra presque deux heures pour tout nettoyer et désinfecter, ont-elles évaluées. « Nous devons nous améliorer car quand il y a aura plus d’enfants se sera encore plus compliqué ».  Certains objets échappent néanmoins à la désinfection et vont simplement en quarantaine pendant 48h. C’est le cas des livres par exemples.

La priorité : du temps pour être avec les enfants
Tout gain de temps dans la mise en œuvre du protocole sanitaire est bienvenu. Car du temps, il faut en garder pour les enfants ! « En fait explique Dorothée nous avons simplifié au maximum les choses et enlevé certains jouets justement pour ne pas passer notre temps à nettoyer au détriment de notre présence auprès des petits ! Car le plus important c’est quand même notre rôle auprès des enfants accueillis. »
 La sécurité affective est aussi importante que le sécurité sanitaire et la qualité de l’accueil passe par la liberté de mouvement, l’accès aux jeux, libres et jouets, interactions avec les autres, adultes ou enfants.
C'est aussi pour garder du temps avec les enfants, que désormais il est demandé aux parents d'apporter le repas de leurs enfants.

Heureusement, c’est l’été …mais comment accueillir les vacanciers ?
Les P’tits Loups; c’est une ne jolie crèche avec vue sur les montagnes, prés et prairies fleuries à proximité et petite cour privative. Le rêve. « Une chance note Dorothée qu’on puisse aller autant à l’extérieur et que ce soit bientôt l’été ». On le sait à l’air libre les risques sont moins grands. Mais, et c’est une source d’inquiétude : comment accueillir cette année les enfants des vacanciers et travailleurs saisonniers ? « Les lieux sont tels expliquent- elles, que nous nous pourrons aller au-delà de 10 enfants. Plus nombreux les deux groupes se croiseraient forcement, nos lieux de vie communiquent et nous n’avons qu’un espace de change et qu’un espace repas. ».Un vrai problème car Molines et Saint-Véran sont deux stations-villages familiales et cette possibilité d’accueil en crèche est un atout certain pour les touristes. « Nous serons obligés de refuser des enfants, car nous donnerons la priorité aux enfants habitant ici » déplore Dorothée.

Un guide contraignant mais …rassurant
Le guide ministériel  « COVID-19-Modes d’accueil »,  est contraignant. Il oblige à de nombreux changements, qui va restreindre la capacité d’accueil …Néanmoins, Dorothée et Nadine sont d’accord : « Ce guide nous a d’une certaine façon rassurée car il nous a donné une trame, la même pour tout le monde. Ce qui évite que certaines crèches prennent des mesures trop strictes et que d’autres soient trop laxistes. Il faut juste être vigilant, ne s pas se perdre dans le protocole sanitaire et garder du temps pour les enfants ».
Avec un vrai regret pourtant, ce recours systématique aux virucides exigé dans les consignes ministérielles. « Dommage puisqu’on sait que l’enveloppe du virus cède à l’eau et au savon … et que l’on sait aussi que plus on utilise de virucides plus il y a de risque s que des résistances à ce produit se développent. » Elles emploient du sanytol moins agressif que l'eau de javel, aux normes demandées et qui ne se rince pas...d'où un gain de temps. Mais un peu à contrecœur, elles dont la crèche a participé à une étude menée par la PMI des hautes Alpes, Écolo Crèche et l’Université de Lorraine sur l’efficacité du nettoyage écoresponsable.

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 30 mai 2020
Mis à jour le 23 juin 2020