Une Souris Verte

Quand le handicap perturbe la communication, comment favoriser les échanges ?

Certains enfants, de par leur handicap, peuvent connaître des difficultés à communiquer. Pour les aider, les accompagner, il est essentiel d'adapter sa communication et, pour ce faire, des outils et méthodes peuvent être facilement mis en œuvre dans les lieux d'accueil du jeune enfant.  Explications et exemples dans cet article proposé par l'association Une Souris Verte. 
Communiquer, un droit pour chaque enfant 
Communiquer avec un enfant demande de lui faire une vraie place pour lui offrir la possibilité d’exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il souhaite, ce qui l’incommode… Cela est affirmé par les articles 12 et 13 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant« L’enfant a le droit, dans toute question ou procédure le concernant, d’exprimer librement son opinion et de voir cette opinion prise en considération. L’enfant a le droit d’exprimer ses vues, d’obtenir des informations et de faire connaître des idées et des informations, sans considération de frontières ».
Lorsque l’enfant est empêché de communiquer par son handicap, il convient d’adapter les modalités des échanges afin de respecter son droit à s’exprimer et à comprendre le monde qui l’entoure. 

Petit rappel des étapes de la mise en place de la communication
  • Le contact par le regard : première rencontre avec ses parents, puis avec les personnes de son entourage, le contact par le regard crée la relation. Pourtant, parfois, il est difficile d’établir ce contact. Lorsque l’enfant est non-voyant, par exemple, l’échange doit passer par d’autres modalités : la parole, le contact physique. Dans le cas de l’enfant avec troubles du spectre de l’autisme, il est parfois difficile de se rencontrer par ce canal. Les difficultés dans ce mode de contact sont donc à repérer très tôt dans les premières étapes de la socialisation.
 
  • L’attention conjointe : regarder ensemble le même objet, le même événement intéressant. L’objet est introduit dans la relation, l’adulte et l’enfant partagent leur intérêt, d’abord en utilisant la ligne du regard qui permet de comprendre ce que l’autre regarde, puis par des gestes spécifiques : geste de la main, du doigt pointé qui montre l’objet. L’attention conjointe est un précurseur important du langage, comme le montrent plusieurs recherches. Là encore, ce format de communication peut être empêché. Par le handicap visuel, qui doit inciter à trouver d’autres façons de partager son intérêt, en utilisant le son, ou la manipulation de l’objet. Dans le cas de troubles autistiques qui privent parfois le jeune enfant de ce partage de l’intérêt pour l’objet. 
 
  • La communication gestuelle avant le langage : avant de prononcer ses premiers mots, l’enfant va utiliser pour se faire comprendre un répertoire de gestes, de mimiques, de vocalisations plus ou moins développé selon son entourage. Le geste « non », le geste de la main « au revoir » pour marquer les situations de départ, des gestes ou vocalisation autour de la nourriture, sont autant de manifestations de l’évolution d’une communication de plus en plus intentionnelle et ritualisée. Ces modalités peuvent permettre à l’enfant de faire comprendre ce qu’il veut, c’est ce que l’on appelle les « conduites proto impératives » mais aussi comme nous l’avons vu plus haut, pour montrer ce qui l’intéresse : les « conduites proto déclaratives »
 
  • Le langage apparaît dans une longue évolution du processus de communication. On sait maintenant qu’il est traité très précocement, par une capacité à catégoriser les sons de toutes les langues puis uniquement de la langue maternelle. Les premiers babils permettent au tout-petit d’exercer ses cordes vocales et n’ont pas encore de sens. Les mots sont d’abord compris avant d’être produits et de prendre une signification au sein des échanges entre le tout-petit et son entourage. Bien sûr, cette étape sera plus difficile pour l’enfant malentendant ou non-entendant ce qui justifie d’utiliser la langue des signes adaptée au jeune enfant.

L’enfant en difficulté, empêché ou freiné dans ses possibilités de communiquer
Lorsque nous communiquons avec un jeune enfant, nous adaptons notre mode de communication, nous pouvons rajouter des gestes, de l’intonation, des attitudes corporelles et parfois nous simplifions notre langage. Cette adaptation est très souvent intuitive, c’est ce que l’on appelle par exemple le Langage Adapté aux Enfants (LAE).
Mais pour certains enfants cela ne suffit pas toujours. Il est alors nécessaire de proposer d’autres repères pour leur permettre de mieux comprendre le monde qui les entoure, de mieux comprendre les personnes qui les entourent, d’exprimer des besoins et des envies, de participer aux activités, etc.
Ce sont des moyens que l’on appelle moyens de communication alternative augmentée ou améliorée (CAA)

Il semble important d’élaborer des outils autour de la communication en s’appuyant sur la question des besoins d’un enfant en difficulté, empêché ou freiné dans ses possibilités de communiquer. Ses besoins sont d’abord la compréhension des messages qui lui sont adressés et l’apprentissage des mots, par des chansons, des comptines, les lectures partagées d’album, d’imagiers. La communication doit lui permettre également de se repérer dans la crèche, de savoir qui travaille, qui sont les copains, ce qu’il va manger. Il a besoin de lier sa vie à la crèche et chez lui, qu’on lui donne la parole, qu’on lui offre la possibilité de faire des choix, première étape vers le oui et le non, de gagner en autonomie. La compréhension du monde et parallèlement la construction de la pensée de l’enfant reposent en partie sur les interactions qu’il a avec son entourage. Et bien sûr, il a besoin que nous vivions des moments de plaisir avec lui.
Adapter les outils de communication aux besoins observés des enfants permet à chaque enfant de trouver sa place, de participer pleinement à la vie de la crèche et de vivre sa vie d’enfant. Ces moyens de communication sont variés : images, pictogrammes, dessins, photos, gestes et signes, outils technologiques, etc. 

La Communication Alternative Améliorée (CAA) : un ensemble de méthodes pour aider les personnes en difficultés de communication
La Communication Alternative Améliorée (CAA) propose des supports et outils de communication aux personnes qui ne parlent pas ou qui sont en difficulté de communication, pour leur permettre de s’exprimer, de comprendre, de se faire comprendre et de développer des interactions avec leurs proches ou les professionnels qui les accompagnent.
La CAA ne peut se limiter à une méthode unique. Elle est toujours multimodale. Elle peut s’appuyer sur des gestes, des signes, des objets, des photos, des images, des pictogrammes et/ou le langage écrit. Elle peut utiliser ou pas les nouvelles technologies.

Des exemples :
-    Le Makaton permet de développer les compétences de communication en alliant la parole, des signes (issus de la Langue des Signes Française -LSF-) ainsi que des pictogrammes.
Le makaton est un ensemble de « vocabulaire » composé de signes et de pictogrammes illustrant de façon visuelle les concepts qu’ils signifient, aidant ainsi à la compréhension tout en accompagnant les personnes vers la première étape du langage : la symbolisation.
Ce vocabulaire est ensuite choisi en fonction de chaque personne, de sa personnalité, de ses besoins en communication, et pourra ensuite être enrichi au fur et à mesure de son utilisation.
Au quotidien, l’utilisation des signes et des pictogrammes doit rythmer la journée et souligner le flux de langage de l’interlocuteur. L’enfant en situation de handicap pourra ainsi s’imprégner de ce mode communication par imitation, et reproduction comme pour tout enfant. Le makaton peut être utilisé dans tout l’environnement de l’enfant.
(En savoir plus sur le Makaton)
 

Exemple d’utilisation de makaton

-    Le PECS est un outil basé sur l’échange d’images. Le but du PECS est de permettre à l’enfant d’entrer en communication afin d’exprimer un choix, un souhait, de demander de l’aide, de faire un commentaire, de poser une question, d’accepter ou refuser une consigne. Pour cela, l’enfant a à sa disposition des images (pictogrammes), qu’il pourra prendre et donner à l’adulte. L’enfant aura également la possibilité de faire des phrases en combinant les images.
L’adulte répond à la demande de l’enfant en langage oral et lui donne ce qu’il attend, répond à sa question, etc. En donnant une réponse favorable à sa demande on "renforce" l'apprentissage de la demande. Dans cette méthode, il est important de féliciter l’enfant et il est possible de gratifier l’enfant en lui donnant quelque chose (ou en faisant quelque chose) en échange de son « effort » pour communiquer. L’apprentissage se décline en 6 étapes
(Pour en savoir plus : www.pecs-france.fr)

-    La communication gestuelle : à l’origine, créée pour favoriser la communication des personnes mal entendantes, elle a été adaptée aux jeunes enfants. La langue des signes est devenue la communication gestuelle associée à la parole. Il ne s’agit pas en effet de mettre en place une vraie langue gestuelle, mais plutôt de signer certains mots dans une phrase tout en la formulant oralement. Elle est souvent utilisée dans les crèches d’abord pour mieux communiquer avec un enfant mal entendant ou en difficulté avec le langage oral, mais ayant prouvé son intérêt, elle est maintenant proposée à tous les enfants et connaît un grand intérêt.

-    L’approche Teacch est un programme d’éducation structurée pour les enfants avec un trouble du spectre de l’autisme ou ayant des troubles de la communication. Les apprentissages reposent sur une structure simplifiée et répétitive de la tâche à accomplir. 
Des scenarii permettent d’aborder différentes activités ou contextes et ainsi d’aider l’enfant à mieux gérer les situations qu’il va rencontrer tout au long de sa vie.
Des repères visuels et temporels permettent à l’enfant de maitriser son environnement. Ces repères peuvent être sous forme de photos, de pictogrammes, de dessins, de gestes, de consignes écrites… en fonction des capacités de compréhension de l’enfant.

Si la communication gestuelle est assez souvent utilisée en crèche, il n’en est pas de même avec les pictogrammes et autres images qui vont servir à symboliser une situation, un temps de la vie quotidienne, une activité. Ces outils pourraient pourtant être intéressants avec tous les enfants qui sont rentrés dans la symbolisation. Des pistes à ouvrir ?

 
Utilisation de pictogrammes (Lespictogrammes.com) à la crèche Une Souris Verte à Lyon (©Une Souris Verte)

Le rôle de l’observation pour adapter sa communication à la spécificité de chaque enfant accueilli
Nous avons beaucoup évoqué l’adaptation nécessaire de la communication dans le cas des situations empêchées par le handicap. Avec de tout jeunes enfants, il est difficile de savoir ce qu’ils sont effectivement capables de comprendre ou d’exprimer. L’observation fine et attentive de l’enfant dans les différents temps de la vie quotidienne permettra de cerner ses modalités spécifiques, ses limites mais aussi ses compétences. La communication peut se faire par des canaux très différents : comme nous l’avons vu, le regard, les gestes mais aussi le tonus musculaire, le dialogue tonico émotionnel. Il s’agit donc d’une observation globale, longitudinale qui en suit l’évolution. Essentielle dans l’accueil de l’enfant en situation de handicap par son professionnel référent, elle est pertinente pour tout enfant accueilli dans un groupe, pour adapter au mieux sa communication.
 

Observer pour adapter sa communication à la spécificité de chaque enfant (Adobe Stock)

Activités autour du livre, chansons, comptines… pour favoriser la communication
De multiples activités sont favorables au développement de la communication. D’abord, toutes les situations de la vie quotidienne, accompagnées par des professionnelles disponibles et à l’écoute. Ensuite, rappelons tout l’intérêt des activités autour du livre, présentées sous toutes ses formes (lecture partagée, mais aussi kamishibai, marionnettes, racontapis, bacs sensoriels, …). Les comptines et les chansons sont un véritable langage alternatif à la parole. Les chansons existent dans toutes les cultures et permettent ainsi d’aller à la rencontre de l’autre et de susciter des relations avec les autres. C’est un moyen d’apprendre des mots mais aussi des gestes signifiants. Bien sûr, tous les jeux sont un support possible à des échanges constructifs et stimulant pour la pensée du tout petit.

Rappelons que tout ce que nous concevons ou nous inventons pour un enfant en situation de handicap est tout aussi utile et intéressant pour tout enfant. C’est particulièrement vrai pour l’adaptation de la communication.
Article rédigé par : Clémence Arnould et Marie-Paule Thollon Behar
Publié le 15 juin 2021
Mis à jour le 15 juin 2021