Pikler Loczy

Repas en collectivité : le point sur le fameux « Goûte au moins ! »

Le repas en collectivité est un moment important qui peut parfois cristalliser les passions, aussi bien de la part de l’enfant que de celle du professionnel. Mais si l’alimentation est un besoin vital, le repas est également pour l’enfant un temps de construction de soi, de plaisir et d’échanges avec l’adulte. Est-il pertinent d’insister pour qu’un enfant goûte à tout ? Comment accueillir son « non » devant certains aliments ? Le point avec Mathilde Renaud-Goud, psychologue clinicienne en multi-accueil et micro-crèches et formatrice à l’Association Pikler-Loczy France.
Il est 11h30 dans un multi-accueil.

Ernest est assis à table, pour lui il est l’heure de déjeuner. Un petit plateau arrive, comme tombé du ciel, il atterri sur la table devant lui. La professionnelle annonce : « Alors aujourd’hui il y a du poisson, des carottes, du fromage et de la compote. » « Non pas carottes ! », proteste Ernest. « Pourquoi pas les carottes ? C’est très bon les carottes, c’est sucré ! » « Non pas carottes ! » « Mais tu aimes bien d’habitude, tu les manges avec maman les carottes ! » « Pas carottes ! » « Bon, d’accord, je t’en mets un peu quand même, tu goûtes au moins et si tu n’aimes pas, tu n’es pas obligé de les manger. »

L’alimentation, un besoin vital mais pas seulement…
On le sait, les repas sont un moment très important au cours d’une journée de crèche, pour les enfants comme pour les professionnels, et nous ne sommes pas vraiment seuls lorsque nous accompagnons un petit enfant pendant ce soin. Autour de nous, il y a les paroles de son parent (« ça fait trois jours qu’il ne mange pas ce que je lui donne »), il y a aussi le projet pédagogique de la crèche (respecter le rythme de l’enfant, favoriser son autonomie...) ; et en nous, il y a notre histoire subjective de « mangeur », nos représentations, notre relation à l’alimentation, comment l’on a été nourri... 
Bien sûr, il s’agit de répondre à un besoin vital, un besoin physiologique, mais les repas sont à la croisée de plusieurs chemins : le physiologique, le psycho-affectif, le culturel, le social... Il y a un peu de tout cela au menu chaque jour, pour chaque enfant, et pour chaque professionnel qui l’accompagne. 

Repas en collectivité : l’importance d’une relation de confiance entre l’enfant et l’adulte
Parfois nous pouvons oublier combien accepter de la nourriture (parfois étrange) d’une personne (parfois étrangère), dans un environnement encore peu familier, est une grande  aventure pour le petit enfant. Les nouveaux arrivants, quelque soit leur âge nous le rappellent souvent. Ils nous rappellent aussi à quel point l’alimentation en collectivité est une affaire relationnelle autant que physiologique : bien des enfants n’accepteront la cuillère de leur référente qu’après avoir tissé avec elle un lien suffisamment stable et confiant. La qualité de la relation professionnel / enfant est un élément fondamental pour que le repas soit un temps d’échanges et de plaisir. Cette qualité s’origine dans une véritable confiance réciproque : pour que l’enfant ait confiance en l’adulte qui le nourrit, il doit avoir fait l’expérience de la confiance de l’adulte à son égard : confiance en son rythme, ses sensations, ses compétences d’auto-régulation. Pour édifier son estime de soi, le jeune enfant a besoin que les personnes qui prennent soin de lui l’acceptent dans sa singularité, accepte qu’il ne mange pas de carottes le mardi mais qu’il y goûte le jeudi, qu’il préfère manger la compote avant la purée, ou ... qu’il ne veuille pas du tout goûter ! (Même si c’est très bon !) 

La pertinence ou non de l’incitation à goûter chaque aliment
Ne pas forcer l’enfant à manger, la chose est maintenant admise, mais « goûter au moins »... en mettre au moins un peu dans l’assiette... d’autant plus que parfois il suffit qu’il goûte pour qu’il aime et en redemande même ! Cela peut être un sujet sensible, suscitant de vifs débats...

Pour étayer notre réflexion, essayons de décortiquer les enjeux de cette demande de l’adulte à l’enfant. 

Dans un premier temps, d’un point de vue physiologique, le petit enfant possède d’autres outils sensoriels que ses papilles pour goûter : la vue et  l’odorat notamment, tout comme les adultes. Nous possédons tous, dans l’étendue de nos références gastronomiques, un plat ou deux, ou trois, qui nous rebutent, qui nous inspirent le dégoût plus que l’appétit, alors même, souvent, que nous n’y avons jamais goûté... La texture d’un plat, son odeur, sont déjà des informations qui vont orienter notre choix de goûter ou non. Il en est de même pour le petit enfant : même s’il n’a pas goûté les carottes, il les a senties, vues, il en a apprécié la texture, les a peut-être tâtées du bout du doigt, et ces informations lui sont suffisantes pour faire son choix. 

D’autre part, cette demande formulée à l’enfant au moment de son repas, lorsqu’elle est répétée, témoigne de la difficulté que nous avons, adultes, à faire pleinement confiance à l’enfant, à ses sensations : si nous transposions cette demande d’un adulte vers un autre, la scène nous semblerait saugrenue. Pourquoi alors s’autoriser l’insistance avec un petit enfant ? Qui mieux que lui peut savoir s’il a envie, ou non, de goûter un nouvel aliment ? Bien évidemment, derrière cette proposition de l’adulte il y a souvent le désir louable que l’enfant découvre de nouveaux plats, et aussi qu’il « mange bien ». C’est souvent une satisfaction professionnelle qu’un enfant finisse son repas, et ainsi de pouvoir raconter le soir à ses parents qu’il a « bien mangé ». Mais qu’est-ce que « bien manger » signifie ? Manger tout ? Etre rassasié ? Avoir goûté de tout ? Manger proprement, dans le calme ? Manger avec plaisir ? Manger bio et local ? Ce que l’on pourrait attendre du repas d’un petit enfant en crèche c’est qu’il mange à son rythme, en ayant des échanges riches et authentiques avec une professionnelle engagée, et que ce soin contribue à affiner sa conscience de soi, qu’il l’aide à mieux se connaître. 

Parfois, effectivement, lorsque l’enfant accède à la demande de l’adulte et goûte, il arrive que l’aliment jusque lors inconnu soit à son goût, et qu’il finisse toute sa portion, mais alors que nous semble-t-il le plus important pour le développement de l’enfant : que durant ses premières années, à la demande de l’adulte, il ait goûté de nombreux aliments et en ait aimé certains, ou bien qu’il ait rencontré un adulte qui lui faisait suffisamment confiance pour respecter ses sensations et entendre son « non », du premier coup ? 

Le « non » de l’enfant ou l’affirmation de ses goûts
Entendre le « non » de l’enfant, le prendre en compte, voilà encore une aventure… « Non » pour goûter, ou pour prêter un jouet... Ce petit mot qui résonne souvent en écho au « non » de l’adulte qui rappelle les règles, est souvent considéré par celui-là comme le signe de son « opposition », mais si l’on se place du côté de l’enfant, on l’envisagera d’avantage comme un élan d’affirmation de soi, de sa volonté de sa personnalité, de ses goûts. Et ce mouvement d’individuation a besoin d’être compris et soutenu par l’adulte, même si cela signifie que parfois l’enfant prend un chemin différent du notre, de celui qu’on aurait imaginé pour lui. De plus, en tout logique, comment attendre d’un enfant qu’il entende et respecte le « non » de l’adulte ou d’un autre enfant si lui-même n’a pas fait l’expérience que son « non » avait de la valeur, et pouvait être entendu ? 

« Chaque cuillère est une question que l’on pose à l’enfant »
Enfin, rappelons que le temps du repas, comme les autres soins corporels, joue un rôle déterminant dans la construction de la conscience de soi et de l’image du corps, et en cela, il apparaît comme essentiel que ce soit l’enfant qui décide d’accepter ou non la cuillère proposée par l’adulte. Les pédagogues loczyennes disaient : « chaque cuillère est une question que l’on pose à l’enfant » à lui ensuite, dans cette relation de partenariat, de répondre, favorablement ou non. Le cadre stable, contenant et ajusté garanti par l’adulte, permet à l’enfant d’exprimer ses refus tranquillement, sans craindre de ne pas être entendu, de  décevoir l’adulte ou d’être jugé par lui. 

Pour conclure, aussi important que les aliments, lors d’un repas en collectivité, le jeune enfant a besoin de nourriture relationnelle, c’est-à-dire de faire l’expérience d’une relation de partenariat avec un adulte respectueux de ses besoins, de ses sensations, de son rythme. Ce n’est qu’à ces conditions que le repas pourra être un temps d’échange, de plaisir et de découverte. 
 
Article rédigé par : Mathilde Renaud-Goud
Publié le 14 septembre 2020
Mis à jour le 01 octobre 2020
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