(Re)penser ses pratiques professionnelles : les 3 freins à lever

Le professionnel analyse sa pratique pour réajuster ses propositions pédagogiques. Lors de cette analyse, il remet en question sa posture et ses connaissances. Cette remise en question lui permet d’éviter de rester dans des habitudes de travail qui ne seraient plus adaptées, du fait d’une évolution de l’enfant, de l’organisation ou des connaissances sur le jeune enfant. Cependant, il n’est pas toujours facile de prendre le temps d’échanger et de réfléchir sur ses pratiques. Les explications et conseils d’Alexandra Lamiot, EJE, formatrice, pour y remédier. 
1. Le manque d’intérêt
« On a toujours fait comme ça », « on a déjà essayé », « on le fait déjà », « ça fonctionne bien comme ça » … sont des phrases qu’il est courant d’entendre lorsque le questionnement de la pratique est abordé.

• Le constat
Dans chaque équipe se créent des relations de travail entre professionnels, où chacun connait peu à peu les habitudes, les compétences, les besoins des uns et des autres. S’installe alors une routine de travail qui est un réel confort au quotidien. Ce confort permet de réaliser des tâches quotidiennes de manière plus fluide, sans avoir besoin d’échanger en équipe puisque chacun sait ce qu’il doit faire et quand il doit le faire en fonction de ses collègues. Alors pourquoi repenser ses pratiques professionnelles lorsque tout se passe bien dans l’équipe et pour les enfants ?

Le risque apparait lorsque plus personne ne se questionne sur le sens des actions, des choix et des propositions faites aux enfants. Chaque personne étant unique, les pratiques ne peuvent pas demeurer identiques. Parfois, l’absentéisme et les remplacements de professionnels nécessitent de repenser les rôles et les pratiques en équipe.
De même, chaque enfant évolue différemment, dans une société de plus en plus mouvante, obligeant le professionnel à revoir ses propositions.
C’est en prenant de la distance par rapport à ces situations qu’il est possible de proposer une réponse adéquate à l’enfant. Cette distance est difficile à prendre lorsque chacun est en permanence dans l’organisation du quotidien ou installé dans une routine de travail. Elle est compliquée également si le professionnel est seul, face à ses questionnements. C’est en prenant ce temps qu’il est possible de partager ses doutes, ses questionnements, et de débattre de sujets impactant le quotidien de l’enfant et de l’adulte.

• Les solutions
La direction a donc un rôle important dans la remise en question des pratiques professionnelles d’une équipe. Car c’est à elle :
- d’organiser des temps d’échange hebdomadaire, une dynamique de réflexion est impulsée
- de permettre de confronter les observations des diverses personnes de l’équipe, un regard croisé devient possible pour accompagner un enfant, en fonction de son développement, ses capacités et de ses centres d’intérêts
- d’impulser des sujets de réflexion, la direction permet de donner du sens aux pratiques afin de les valider ou de les retravailler
- de prendre le temps de rencontrer individuellement chaque professionnel, pour le faire monter en compétences

2. Le manque de temps
Le temps est un critère qui est souvent abordé en crèche. Le temps est une notion subjective.

• Le constat
Ce n’est pas le manque de temps qui est problématique mais la gestion des choix et des priorités. Comment expliquer que certaines personnes parviennent après leur journée de travail, à s’occuper de leurs enfants, de la maison, reprendre des études en parallèle, cumuler des loisirs… ? Encore une fois, tout est une question de choix et de gestion des priorités. Alors que souhaitons-nous réellement pour les enfants que nous accompagnons ? Et que recherchons nous à travers ce travail ? En fonction des motivations de chacun, il est possible de repenser l’organisation pour trouver le temps.

• Les solutions
Deux solutions sont possibles pour accompagner la réflexion en fonction du temps imparti :
- les réunions hebdomadaires sur le temps de sieste des enfants. Ces réunions sont nécessaires pour traiter rapidement de sujets impactant le quotidien de l’enfant, pour réajuster une pratique et accompagner l’enfant dans le respect de ses besoins. En effet, des prises de décisions trop longues peuvent affecter le quotidien d’une équipe et des enfants. Si un besoin a été repéré pour un enfant, l’équipe doit avoir les moyens d’y répondre en modifiant une proposition, une organisation, un aménagement… La régularité de ces réunions permet d’évaluer et de réajuster un plan d’action plus rapidement. Cependant, ces réunions ne permettent pas de réunir toute l’équipe puisqu’une ou plusieurs personnes sont auprès des enfants. Les absents à ce temps de réunion, auront transmis, en amont, leurs questionnements et leurs pistes sur le sujet du jour. A la suite de cette réunion, ils pourront consulter le compte rendu pour être informé des décisions prises sur le sujet. Chaque semaine, le relai auprès des enfants est assuré par un autre professionnel, afin de permettre à chacun de participer aux réunions.

- les réunions mensuelles d’une heure trente, après le départ des enfants. Se réunir sur un temps plus long permet d’enrichir sa réflexion et ses connaissances sur des thèmes du quotidien (l’accueil, le temps de jeu, le repas, le développement de l’enfant…). Afin de gagner du temps, chacun doit anticiper cette séance en notant le sujet qu’il souhaite traiter dans un cahier de réunion. Le choix est ainsi défini en amont de la réunion. Un ou deux sujets sont traités par séance, pour gagner en efficacité. Certaines rencontres peuvent être étayées par un article à lire et à réfléchir pour la séance suivante, afin d’étayer la réflexion par une approche théorique.

Sans ces réunions, la qualité de travail et des relations professionnelles se dégradent peu à peu, générant par la suite une surcharge de travail. En effet, le temps que nous pensons avoir « gagner » en s’économisant d’une réunion complique le quotidien par manque de communication.
En associant les réunions mensuelles à celles hebdomadaires, l’équipe peut développer une capacité de réflexion et accentuer la cohésion de ses membres.

3. Le manque de professionnels
Chaque professionnel connaît à un moment ou un autre l’absentéisme dans une équipe.Il n’est pas nécessaire d’être toujours au complet pour repenser sa pratique. Une réflexion individuelle puis partagée peut générer un changement pédagogique bénéfique.
Parfois, une petite équipe ne voit pas l’intérêt de se réunir alors qu’elle se rencontre et échange toute la journée. En effet, les échanges sont présents au quotidien, pour des transmissions d’informations ou des constats mais rarement pour des sujets de fond engageant une réflexion commune. L’équipe, peu importe sa taille, doit pouvoir se réunir, s’exprimer, réfléchir, débattre d’un sujet.
- Un petit groupe offre des échanges plus ciblés sur les problématiques et les questionnements de chacun.
- Un groupe plus conséquent multiplie les échanges, croisant les regards.

Ouvrir un groupe de réflexion avec des professionnels de différentes structures est aussi possible pour prendre cette distance. Cette mixité permet ainsi de découvrir des pratiques diverses, ouvrant le regard de chacun sur les possibilités d’actions.
Dans certaines équipes la prise de parole reste un frein. Des techniques d’animation existent pour fluidifier les échanges et faciliter la participation de tous.

Au final, repenser sa pratique permet non seulement d’ajuster sa posture professionnelle pour répondre aux plus justes aux besoins des enfants mais aussi de monter en compétences. En effet, la prise de parole régulière développe en chacun des capacités de communication, d’écoute, d’empathie, très utiles dans cette profession. Chacun acquiert une confiance en lui et en ses pratiques, renforçant sa posture professionnelle et la collaboration qu’il peut avoir avec ses collègues.
Article rédigé par : Alexandra Lamiot
Publié le 02 juillet 2019
Mis à jour le 31 juillet 2019