Direction de crèche : savoir manager, savoir organiser

Directrice de crèche : comment transmettre le lâcher prise à son équipe ?

Florence Bouillet, responsable Petite Enfance à  maplaceencréche (http://www.maplaceencreche.com/ ) a été directrice de crèche durant de nombreuses années. Son expérience lui a prouvé qu’il est essentiel  de laisser toute leur place aux parents. Comment le faire comprendre et admettre aux professionnels de l’équipe ? Sa réponse : en leur transmettant le lâcher prise . voici son témoignage.

 
Florence-Bouiller-directrice de  crèche
Mes premiers pas en crèche, je les ai fait en tant qu’auxiliaire de puériculture. A l’école j’ai appris à me centrer sur le respect de l’enfant, de son rythme, de ses besoins. L’étude des 14 besoins fondamentaux selon Virginia Handerson.  Je me suis familiarisée avec les différents protocoles, comme celui de l’adaptation, que je mettais en place avec une grande rigueur. En effet, comme je manquais de savoir-faire, je m’appliquais à suivre les différents process à la lettre. Petit à petit j’ai acquis des compétences et de l’expérience dans mon rôle de « garant du bien-être de l’enfant ».

L’enfant d’abord ? Oui, mais …
Mais parallèlement, à vouloir trop bien faire, je me suis focalisée sur l’intérêt de l’enfant et uniquement le sien. Dès qu’un parent ne faisait pas comme « c’était écrit dans les livres » je bondissais. Ne pas consulter alors que son enfant à de la fièvre, ne pas travailler et mettre son enfant en crèche, voilà le genre de situations que je trouvais intolérables … Je me rappelle que parfois j’entrais dans des débats où c’était presque un match « professionnelle VS parent ». Je suis professionnelle et je détiens la connaissance toute puissante !
Voilà un positionnement professionnel qu’ensuite j’ai rencontré bien des fois en tant que directrice. Souvent les professionnels pensent que leurs savoirs et leurs actes font leurs compétences. Par exemple nous avons eu l’époque où il fallait « produire », faire en sorte que l’enfant reparte avec un dessin, une peinture … pour montrer qu’il avait fait quelque chose de sa journée. Que l’on était utile.  A qui la faute ?
Peut-être à notre culture qui véhiculait qu’il suffisait d’être une femme pour savoir comment « s’occuper » des enfants, que l’enfant n’a pas besoin de grand chose !
Peut-être à notre histoire qui faisait que les crèches étaient légitimes car elles avaient pour vocation de lutter contre la mortalité infantile avec des professionnels de formation médicale alors qu’aujourd’hui nous sommes dans l’éducatif. Se sentirait-on moins légitime ?
Peut-être au décret d’août 2000 qui énonce clairement notre mission : « les établissements et les services d'accueil veillent à la santé, à la sécurité et au bien-être des enfants qui leur sont confiés, ainsi qu'à leur développement ».
Toujours est-il que je constatais qu’il fallait lâcher prise!

La coéducation passe par le lâcher prise
Lorsque l’on m’a proposé de faire l’ouverture de ma première crèche, la première chose que j’ai souhaité transmettre à mon équipe c’était ça : Le lâcher prise !
La coéducation, l’implication des familles n’est-ce pas aussi mettre le parent en situation d’acteur ? Devons- nous  penser ou faire à la place d’un parent ? Ne devrait-on pas simplement mettre notre connaissance à son service même si son choix ne sera pas le notre ? Pour ma part j’en suis convaincue. Lâchons prise et laissons un maximum de décisions dans entre les mains de la famille. Comment faire au quotidien ?

Des réflexions d’équipe autour de cas concrets
Pour commencer, nous avons travaillé sur nos représentations, nos jugements et nos émotions. L’objectif était de réussir à en prendre conscience et prendre de la distance pour ne se centrer que sur les faits.
Ex : Mr X arrive tous les jours à 10h ce n’est pas la bonne heure. En quoi cela nous dérange-t-il ? Pour Mr X arrive-t-il à cette heure ? Peut-être ne voit-il pas son fils le soir, du coup il en profite le matin ? Est-il obligé de nous expliquer pourquoi ? Comment doit-on se positionner pour être dans la coéducation. Souvent les professionnels sont frustrés car à cette heure ils ne peuvent fournir un accueil de qualité. Mais doit-on interdire à un père de passer du temps avec son enfant car nous voulons être dans la qualité ? Mettre ce parent en situation d’acteur de sa vie en crèche ne consiste-t-il pas lui expliquer que s’il veut un accueil de qualité il faut qu’il vienne avant telle heure sinon nous serons moins disponibles ? A lui de faire le choix. Au quotidien, nous avons fait un travail d’écoute des demandes parents et de personnalisation des réponses à leur apporter.
Ex : Une famille était inquiète sur le sommeil de son enfant. L’équipe ne savait pas quoi faire. Une feuille de rythme ? Les autres enfants n’en n’ont pas. Et alors ? Est-ce gênant ?
Bannissons les « Ça ne s’est jamais fait » et lâchons prise sur nos habitudes. Osons personnaliser, innover, proposer !
L’important n’est pas d’avoir « La » solution mais d’entendre les demandes des familles, de faire des propositions et parfois de pouvoir simplement leur dire « nous entendons votre demande simplement ce n’est pas possible en crèche. Nous pourrions peut-être … ». Libre à la famille d’accepter ou non.

Changer les habitudes prends du temps, il a fallu une bonne année à l’équipe pour être à l’aise avec ce positionnement. Au final ? En terme de confiance et relation avec les familles c’est un vrai changement. Et lorsque nous avons une situation délicate à affronter (morsures, chutes…) les familles nous rendent la bienveillance dont nous avons fait preuve envers elles.










 
Article rédigé par : Florence Bouiller
Modifié le 11 novembre 2016