Direction de crèche : savoir manager, savoir organiser

Témoignage : tout changement passe par une réflexion d’équipe

Florence Bouillet, aujourd’hui responsable pédagogique de maplaceencrèche, a dirigé pendant des années des EAJE. Elle témoigne aujourd’hui de la difficulté de faire évoluer les pratiques. La routine s’installe tellement facilement qu’on peut perdre de vue ce pourquoi elle avait été mise en place au départ. Pour illustrer son propos, elle prend l’exemple de la fameuse adaptation. Et explique comment grâce à une réflexion d’équipe, elle a pu transformer cette étape : d’une pratique très standardisée, elle est devenue une familiarisation à la carte selon le choix des familles.
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En tant que professionnel de crèche, mon équipe et moi évaluions régulièrement nos pratiques. Nous nous questionnions sur la bientraitance de notre organisation pour les enfants, sur leur épanouissement. Et finalement nous ne nous interrogions pas sur le b.a. ba : l’adaptation !

Une adaptation « standard » d’année en année
Cette fameuse adaptation qui est relativement là même pour tous. Et dont notre principale préoccupation était sur sa durée ou sur « pour ou contre la référence ». Pas de grand chamboulement : sa méthodologie restait la même d’année en année. On parlait d’adaptation, de séparation, de planning …. Mais comment pouvait-on rendre le parent acteur de ce temps ? Comment pouvait-on être dans la coéducation ? Que devait-on améliorer ? En rendez-vous d’admission j’expliquais aux familles à quel point la période d’adaptation était nécessaire. Combien sa durée, d’une ou deux semaines, était importante car elle servait à créer un lien de confiance, de nouveaux repères, à sécuriser l’enfant.
Pourtant dans la majorité des cas, c’était « la crèche » qui était à l’initiative de la « petite séparation » du deuxième jour ! Comme si les deux heures passées ensemble le premier jour suffisaient à pouvoir confier son enfant sereinement ?

Et le parent dans tout ça ?
Une adaptation de qualité se mesure-t-elle au nombre de séparations ? Telle était ma première question. Et puis, durant mon parcours professionnel on m’a souvent sensibilisée sur la communication avec les familles. Sur le fait que les parents peuvent se sentir mal à l’aise, jugés, observés lorsqu’ils sont en face à face avec un professionnel. Et pourtant c’est ce que nous faisons tout au long de l’adaptation. Continuer un accueil en vis à vis avec un professionnel avait-il du sens ? Cela avait été toujours ainsi mais fallait-il continuer ? Telle était ma seconde question ! Pour finir, nous parlons d’accompagnement individualisé de l’enfant, de sa famille et pourtant, toutes nos adaptations suivent un seul et unique process !
Une seule et même adaptation pour tous les parents alors que leurs besoins sont différents. Comment les prendre en compte ? Telle était ma dernière question.
Pour résumer, comment rendre les familles actrices de leur adaptation ? Comment faire en sorte qu’elles aient envies de nous confier leur enfant plutôt que d’avoir cette image de la crèche qui « sépare les enfants de leur parent ».

Réflexion, échanges , compromis pour aboutir à 7 principes
Mon équipe et moi avons commencé notre réflexion en échangeant, en débattant et surtout en trouvant des compromis. Nous avons à la fois organisé des réunions mais également beaucoup échangé pendant les pauses, spontanément dans mon bureau … Dès qu’une idée germait nous la partagions et prenions soins à ce que chacune s’exprime sur le sujet. En tant que directrice, je veillais à cela. C’est ainsi qu’est né notre nouveau protocole d’accueil

N°1. Et si on commençait par notre vocabulaire ? On ne parle plus d’adaptation mais d’accueil et de familiarisation,  de  « référent » mais « d’interlocuteur privilégié » de se séparer mais au contraire de nous « confier ».

N°2 . Sur les deux premiers jours les familles viennent quand et comme elles veulent : ex : papa le matin, maman l’après-midi. Autant de temps qu’elle souhaite selon ses besoins. Le seul impératif était de nous prévenir quelques jours avant.

N°3. Pendant le temps de présence de la famille, des temps d’échanges individualisés avec leur « interlocuteur privilégié » sont prévus.

N°4.Nous favorisons la présence de plusieurs familles simultanément pour créer de l’échange entre parents, qu’ils puissent parler de tout, de leurs préoccupations

N°5. Reprendre la trame initiale de l’adaptation pour la suite (accompagnement au repas, au coucher …).

N°6. Lors du rendez-vous d’admission je présentais aux familles notre nouvelle façon de les accueillir en leur précisant qu’il n’y aurait aucune séparation à notre initiative, simplement lorsqu’ils se sentiraient prêts ce sont eux qui devraient nous confier leur enfant ! Le seul impératif était de nous le confier au moins une fois avant leur reprise.

N°7- Le lundi est une journée 10h-15h pour que l’enfant ne  commence ses horaires réels que le mardi.

Bilan : il faut du temps, mais au final tout le monde est gagnant
ll nous a fallu quelques temps pour nous familiariser avec ce nouveau process. Cela nécessite une bonne organisation, beaucoup de souplesse de la part de l’équipe mais tout ce travail est récompensé par la qualité de la communication et par la confiance qui s’installent entre la famille et l’équipe. Ce protocole est un peu plus compliqué lorsqu’il s’agit d’accueillir seulement un ou deux moyens ou grands vu que le nombre d’interlocuteurs est moindre. Il suffit d’ajuster le déroulé et nous avions fait le choix de mettre des professionnels expérimentés dans ce genre de cas.
Ce qui m’a le plus marqué ? C’est cette mère qui m’a dit un jour : « vous savez Florence, au début j’ai trouvé ça un peu angoissant (c’était sa seconde familiarisation) car c’était la première fois que l’on me demandait ce que je voulais. Au final c’est super ! ».
Nous avons fait un petit pas, il y a surement plein d’autre choses à imaginer. A chacun de faire son chemin, sa réflexion et de s’ouvrir un peu plus aux parents …. A la famille.
Ce qui m’a le plus marqué professionnellement c’est cette dynamique qui s’est mise en place en équipe. Réfléchir ensemble autour d’une problématique pour le bien-être de l’enfant et de sa famille.  

 
Article rédigé par : Florence Bouillet, rseponsable petite enfance de Maplaceencrèche
Modifié le 02 février 2017