Organisation

L’aménagement de la zone d’accueil : un outil d’aide à la séparation

La crèche comme les relais d'assistantes maternelles se doivent d'être des lieux organisés pour accueillir. Et accueillir, c'est  recevoir d'une certaine manière. L'aménagement des espaces débute alors par l'accueil afin d'entrer en relation, de s'ouvrir à l'autre.
La zone d'accueil est comme un sas entre le jeu et le non-jeu. Il faut donc qu’elle donne du sens à ce qui se trouve de part et d'autre dans la crèche. C'est comme lorsqu’on entre dans un hôtel, un restaurant ou une boutique : l'entrée donne tout de suite le ton en invitant ou non à aller plus loin... C'est pourquoi l'installation d’ « invitations à jouer » doit précéder l'arrivée des enfants. En effet les débuts de journées en collectivité peuvent parfois démarrer difficilement pour un jeune enfant qui ne dispose pas encore de la capacité à savoir choisir, et encore moins à savoir quel jouet convient le mieux pour répondre à son besoin du moment.

Des poches à doudou
La zone d'entrée ou d'accueil est un lieu intermédiaire entre l'extérieur et l'intérieur de la crèche. Elle est située entre le "sas" de la porte d'entrée et les lieux de vie. Ce lieu est aménagé pour que chaque enfant ait le temps de « bien se réveiller », c'est-à-dire de développer un niveau de vigilance suffisant  pour trouver ses repères, devenir réceptif et disponible. Il est conçu pour que chaque enfant puisse accepter la séparation dans une ambiance apaisante et rassurante.
A l'accueil du matin, les enfants arrivent pour la plupart avec leur doudou. Cet objet symbolise pour eux le passage entre l'intérieur (la famille) et l'extérieur (ici la crèche), raison pour laquelle nous parlons d'objet « transitionnel ». C'est un « petit bout de chez soi » que le jeune enfant a besoin de gérer lui-même. C'est en disposant des poches à doudou entre la zone dite d'entrée et la zone de jeu que nous offrons la possibilité au tout-petit d'être acteur de la séparation, à son rythme, à sa manière : un doudou prêt à être déposé et repris à tout moment de la séparation et au moment des retrouvailles. En favorisant le contact direct avec le doudou, nous rendons les espaces collectifs sécurisants et donc rassurants.
Hubert Montagner (psychologiste, ancien directeur de recherche à l'INSERM) parle d'espaces « sécures », c'est-à-dire qui garantissent la sécurité affective de l'enfant. Il décrit la sécurité affective comme « le sentiment de ne pas être abandonné et en danger, ce qui est à tous les âges le « cœur » des enfants et le « moteur » de leur développement ».

Favoriser les échanges
Accueillir est une démarche active qui devrait débuter par l'aménagement pour inviter à la rencontre et aux échanges : le face à face, à la bonne hauteur, en évitant les obstacles comme les portes, les murs, les meubles trop hauts qui créent de véritables barrières visuelles et questionnent enfants et parents sur ce qui peut bien se passer derrière.
L'accès visuel répond à un besoin de sécurité affective fondamental. Voir l'ensemble de la pièce et les adultes renvoie à un besoin d'attachement, à une base de sécurité affective. Faisons en sorte que les enfants puissent nous voir.
Pour accepter de se séparer, l'enfant et sa famille doivent accorder leur confiance à la structure et à l'équipe qui l'accueille et l'environnement qu'il leur est offert compte beaucoup. Penser et aménager un véritable espace de rencontres avec un accès direct à la pièce de vie des enfants permet de montrer aux parents qu'ils sont attendus et qu'on ne leur cache rien. Un lieu où les parents peuvent échanger entre eux et avec les professionnels, dans lequel on trouve plusieurs types d'affichages (informations, documentation, annonces, menus, photos, etc).
Un « sas », là aussi, où les parents se sentent accueillis dans son agencement même. Un lieu où ils ont accès, où une place leur est faite. Un coin « salon » qui offre une ambiance apaisante par le choix stratégique du mobilier, de l'éclairage, des couleurs et des matières.
Ce lieu de « séparations-retrouvailles » doit être un espace de rencontre qui donne à voir, à rassurer, à accorder la confiance.

Des invitations au jeu
L'organisation matérielle de l'entrée de l'air de jeu offrira tantôt de quoi permettre à l'enfant de se blottir, avec ou sans doudou : par exemple, un tapis avec des coussins, des étoffes pour s'y loger, un livre pour tourner les pages. Tout ce qui peut créer une ambiance douce, apaisante, rassurante, comme des alcôves, un ou plusieurs cartons avec des coussins à l'intérieur, une tente, une balancelle, un hamac, qui ont un effet relaxant. Un coin pour prendre le temps d'arriver, pour se recharger émotionnellement.
Tantôt des dispositifs de motricité qui sont d'excellents support de séparation. Et oui, monter ou escalader sur une structure de motricité, glisser d'un toboggan, se cacher dans une cabane et faire « coucou », piloter un trois roues, pousser un trotteur, permet de « prendre de la hauteur » par rapport à la séparation. Tout comme faire rouler une petite voiture, une balle, qui peut être synonyme de départ. L'enfant dès son plus jeune âge gère ainsi lui-même sa manière de dire au revoir.
Tantôt des invitations qui offrent la possibilité à l'enfant de partir dans ses premières explorations de la journée avec des jeux de construction, d'encastrement, de manipulation. Des supports comme les contenants (accessoires de dînette, boites) avec lesquels l'enfant va pouvoir mettre dedans et en dehors, qu'il va pouvoir remplir et vider. Des jouets, des objets qui priment auprès des bébés comme des plus grands parce qu'ils favorisent la séparation par le « moi » et le « non moi », la maison et la crèche, la présence et l'absence par la permanence de l'objet. A proximité, un coin dînette ou marchande, bricolage, garage où l'enfant fait « comme si ». Un coin symbolique qui va permettre à l'enfant d'expérimenter les différents rôles de chacun, où il va libèrer ses émotions en rejouant une situation réelle et finalement arriver à se détacher des choses qui l'embarrassent. Le jeu symbolique par sa fonction catarcique permet d'exprimer nos tensions et de s'en libérer.
C'est à nous professionnels de faire des propositions de jeu pour mieux satisfaire les besoins des enfants dès leur arrivée, de leur proposer un agencement qui invite d'une part à la rencontre et d'autre part à « plonger » dans la découverte et l'expérimentation.
Article rédigé par : Marina Lemarié
Modifié le 06 septembre 2017