Organisation

Crèches : des sections avec des enfants du même âge ou d’âges différents ?

Comment organiser la vie à la crèche ? Comment constituer les sections ? Avec des enfants d’âges homogènes ou d’âges mélangés ? Cette question est récurrente dans les structures d’accueil du jeune enfant. Les réponses de Laurence Rameau, infirmière-puéricultrice, formatrice petite enfance qui se demande si finalement c’est là l’essentiel …
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Depuis longtemps ce débat existe. Faut-il organiser la crèche en « section, unité, ou groupe » (selon les dénominations usitées qui, au passage, relèvent toutes étrangement du registre militaire !) d’enfants ayant le même âge, le même niveau de développement ? Ou bien est-il préférable de créer des groupes d’enfants ayant des âges et des niveaux de développement différents ? Ce qui revient à se demander si l’on choisit de diviser les enfants en trois groupes allant des « bébés » aux « grands » en passant par les « moyens » (quelque fois il y a un groupe supplémentaire celui des tout-petits, ou celui des petits moyens, ou celui des moyens-grands) ou si l’on divise les enfants en « petite famille » sans tenir compte ni de l’âge ni du développement. Du point de vu de l’enfant il est sans doute bien difficile d’être considéré comme un bébé sur une si brève période, pour ensuite n’être qu’un « moyen » avant de devenir un grand qui finit par être un petit en maternelle ! Pour autant la (petite) famille de l’enfant n’est pas celle de la crèche !  Ceci étant dit, ces deux types d’organisation existent actuellement dans les crèches.

Organisation verticale : des groupes d’enfants d’âge homogène
Les partisans de ce système défendent une meilleure harmonie de développement entre les enfants et une facilitation quant aux réponses professionnelles à donner à des besoins jugés plus similaires, dans un cadre « potentiellement » moins conflictuel. En substance les grands ne viennent pas embêter les petits et inversement, donc les uns et les autres profitent au mieux de leur séjour à la crèche. Ceci est peut-être valable tant que les enfants ne se mobilisent pas à défendre les objets qu’ils détiennent. Mais quand ils s’affirment tous propriétaires en même temps, cela peut au contraire augmenter les risques de conflits. Par contre le travail des professionnels est facilité car les propositions de jeux et de soins sont, de fait, à peu près similaires pour tous les enfants, donc plus faciles à organiser.

Organisation horizontale : des groupes d’enfants d’âge hétérogène
 Les défenseurs de système arguent quant à eux une plus grande disponibilité pour répondre à des besoins décalés et une mise en valeur des interactions entre enfants d’âge différents, dans un cadre plus familial, moins scolaire. Il est vrai que les relations entre les enfants s’en trouvent enrichies du fait de leurs différences de développement. Un enfant plus jeune observera avec intérêt les actions d’un enfant plus âgé que lui et bénéficiera ainsi d’une émulation plus importante. De la même manière un enfant plus âgé aura plus d’occasions de développer ses capacités relationnelles d’empathie et d’entraide auprès d’enfants plus jeunes que lui. Pour autant cela demandent bien plus de travail aux professionnels qui doivent non seulement réfléchir à des activités ludiques intéressantes pour l’ensemble des enfants quel que soit leur développement, et aussi à une organisation ne lésant aucun d’eux dans l’accompagnement et les soins à leur apporter.

Et si on laissait les enfants choisir …
Chacun conviendra donc ici que les deux options présentent des avantages et des inconvénients. Car même si la seconde option semble plus intéressante pour les enfants, elle ne l’est réellement que si l’équipe professionnelle a su mettre en place les conditions les meilleures pour s’occuper de tous les enfants. Mais en fait, le problème n’est pas là où l’on croit ! Car quoi qu’il en soit dans les deux propositions, les enfants ne choisissent pas. Ils font partie d’une « unité », d’une « section » d’un « groupe » ou d’une « famille » censé les accueillir dans les locaux prévus à cet effet et par les professionnels qui y sont affectés. Les soins et les jeux se déroulent souvent dans les mêmes espaces, avec les mêmes personnes. Alors comment savoir si un enfant préférerait jouer ailleurs avec d’autres enfants ou d’autres adultes de la crèche ou bien encore dans un espace qui l’intéresse davantage ? Évidemment l’enfant ne choisit pas de venir à la crèche et préférerait peut-être rester avec ses parents ; aussi peut-on imaginer que se tourner vers les lieux, les personnes et les activités ludiques préférées est d’un grand intérêt pédagogique pour lui, même si l’organisation de ses soins se déroulent toujours dans les mêmes lieux, avec les mêmes personnes. Comment permettre ce choix à des tout-petits ? Comment quitter un fonctionnement de « classe » enfermée et « enfermante » pour un système plus ouvert où le groupe n’est pas celui des enfants mais est formé par l’équipe de la crèche ? Car il est bien difficile pour des petits de comprendre cette notion de groupe. Celle-ci leur échappe largement tant qu’ils n’ont pas encore le langage, bref tant qu’ils sont des bébés.

L’Itinérance Ludique : une autre organisation, plus libre
Un moyen est d’utiliser la pédagogie Itinérance Ludique dans la crèche. Effectivement, chacun a pu constater que lorsqu’une porte de la salle de jeux est ouverte, les enfants qui se déplacent ont tôt fait d’aller jouer les explorateurs. Si à la place d’une porte, une barrière ferme l’accès à un autre espace, ils sont tous agglutinés derrière ces barreaux et cherchent à voir ce qui se passe de l’autre côté. Les jeunes enfants sont curieux de nature. Pourquoi les enfermer ? Pourquoi ne pas leur donner un espace plus vaste à explorer ? Souvent nous pensons qu’il convient de les maintenir dans un petit espace pour mieux veiller sur eux et les préserver de tout accident. Cette vision hygiéniste et sécuritaire, lorsqu’elle régule l’organisation pédagogique, représente un empêchement à l’exploration et donc aux apprentissages des jeunes enfants. Une crèche avec des portes ouvertes leur permet de s’aventurer au-delà de l’unité, de la section ou du groupe dans lequel ils sont affectés et qui ne correspond pas à grand-chose pour eux. Ainsi l’organisation horizontale ou verticale de la crèche n’est plus réellement un sujet. Réfléchissons autrement : en ports d’attache et espaces d’aventure, reflet de la théorie de l’attachement !

 
Article rédigé par : Laurence Rameau, formatrice petite enfance
Modifié le 26 septembre 2017