Parcours professionnels

Adrien Charlot : Du Ritz à la Petite Enfance, un singulier parcours.

Il a travaillé au Savoy à Londres, a été sommelier au Crillon et au Ritz… 10 ans dans le luxe des grandes tables parisiennes. Aujourd’hui, Adrien Charlot a fait une reconversion spectaculaire. Animateur  à la crèche " Les Minid’Hom " d’Argenteuil, il vient d’obtenir son CAP Petite Enfance. Et compte bien ne pas s’arrêter là. Retour une vie professionnelle étonnante, riche d’expériences.

 
Adrien-Chabot
A 33 ans, Adrien Charlot entame déjà une deuxième vie professionnelle. Tournée vers les jeunes enfants, l’éveil et l’éducation. Mais ce jeune papa d’une petite Camille de deux ans et demi, ne renie rien de son passé. Et ne regrette pas ses 10 années magnifiques passées  sous les ors des grandes tables des palaces parisiens les plus réputés.

Londres : la grande famille de la restauration
Le jour où nous nous rencontrons, Adrien Charlot vient d’apprendre qu’il est titulaire de son CAP Petite Enfance. Un diplôme qui marque son entrée officielle dans le monde de la Petite Enfance. Une décision mûrement réfléchie que la naissance de sa fille Camille n’a fait que renforcer.
Flash back. Adrien obtient son bac ES « avec du mal » précise-t-il. » Envie de souffler, besoin de faire un break avant de poursuivre des études. Il part à Londres dans le cadre d’un séjour-voyage organisé  pour les jeunes  par le conseil général d’Ile et Vilaine. Et là coup de chance il rentre pour un an au Savoy, découvre le luxe, la restauration  haut de gamme. Il y prend goût. « Je me suis tout de suite plu dans ce milieu qui répondait à mes attentes : la restauration c’est comme une grande famille et j’ y ai trouvé des valeurs proches des miennes »  Au Savoy, il débute comme commis sommelier, et là encore contre toute attente - « ce n’est pas du tout dans ma culture familiale, le vin, la bonne chère » -, ca lui plaît . « Je n’aimais pas j’alcool, j’ai appris à goûter le vin. Et à l’aimer. » Une année très formatrice. Décisive. « Quand je suis rentré en France j’avais trouvé ma voie. ».

Au Crillon : l’école de la rigueur
Il passe son CAP de serveur en alternance, se marie et arrive à Paris pour préparer sa mention complémentaire « sommellerie ». Après quelques déceptions ( l’ambiance brasserie ce n’était vraiment pas son truc),  il a la chance de rentrer au Crillon pour y finir sa formation de sommelier. Deuxième coup de cœur. Cela le conforte dans sa décision de travailler dans le restauration de luxe. Un pas de plus dans sa formation. « Le chef sommelier, David Biraud,  est un formidable pédagogue. J’apprends la rigueur. Il y a une organisation quasi militaire, c’est très hiérarchisé, il y a des codes et des rituels dans la restauration haut de gamme. » Le Crillon le forme pendant un an. Son diplôme en poche, sur les conseils de David Biraud avec qui il gardera toujours contact, il va  bouger pour s’endurcir un peu. «  J’ai 23 ans, je ne suis pas très souple, je n’ai pas assez confiance en moi, pas assez de recul. »

Au Ritz : 4 années de bonheur…et de stress
Il passe un an chez Joël Robuchon comme sommelier. Il gère une cave, les commandes, les relations avec les fournisseurs. Là encore il travaille beaucoup et apprend beaucoup. « C’est intéressant mais ça m’enlève la magie. Je découvre les réalités du métier : tenir un budget, veiller à la rentabilité. Derrière les paillettes, le travail commercial, la gestion de la cave ». Il relance ses réseaux « luxe » et rejoint le Ritz comme commis sommelier au restaurant gastronomique  étoilé. Il y restera 4 ans. Il s’en souvient comme des années merveilleuses. « la hiérarchie est là imposante, mais la confiance est là aussi. Et c’est la fête dans le service ».
« Pendant ces années,  explique Adrien, je fais un gros travail psychologique sur moi  car les relations avec les clients sont stressantes. J’apprends à gérer mes émotions. C’est difficile parce que ça personne ne nous l’enseigne. Au Ritz, le lieu est tellement imposant, que même le client est stressé. Néanmoins tous les jours quand j’arrive et que je passe sous le portrait du fondateur, je suis heureux. C’est beau. Au Ritz j’ai trouvé ce que je cherchais : une bonne table, la transmission… ».

Un bébé et une reconversion
Trop de stress, d’émotions et de tensions, pas envie de se perdre dans une vie sans place pour la vie privée.Adrien rompt l’enchantement et décide de partir. On est en 2009, il intégre un restaurant gastronomique  « La table d’Eugène ». Plus simple, une ambiance très famille, il est serveur et sommelier. Aux commandes de la cave. « Là je passe un cap, je peux donner ma vision. Je développe la cave, c’est ma cave  ». Deux années magnifiques. « Mais ma femme commence à trouver que ma deuxième famille prend beaucoup de place !  Trop de place …»
Une nouvelle fois, il se recentre… Un passage dans un boutique hôtel de Saint Germain et sa cave …où il parvient à trouver un équilibre entre vie pro et vie de couple. Pourtant il commence à songer à changer de métier, d’autant qu’en 2013 naît sa fille, Camille. Et pour mûrir un projet (à l’époque il vient de faire un bilan de compétence), tout en profitant d’elle, il prend un congé parental. Révélation. Il adore s’occuper d’elle, être son « éducateur » … Et un projet, un peu fou, prend forme dans sa tête. Et si sa nouvelle vie c’était de s’occuper d’enfants, de petits enfants ? « Le plus difficile pour moi a été de l’annoncer à ma famille confesse-t-il. Une vraie rupture avec l’image qu’ils avaient de moi : la réussite, le luxe. » Mais Adrien est décidé, tant pis si son salaire sera divisé par deux, sans compter l’absence de confortables pourboires.

Dans la petite enfance, il s’épanouit
En 2015, il se lance, prend contact avec la crèche « L’Orange Bleue » située tout prés de chez lui à Noisy-Le-Sec,  rencontre sa responsable pédagogique , et en accord avec Pôle Emploi, y fait ce qu’on appelle un stage de professionnalisation  pendant deux mois. Cela le conforte dans son choix. « La crèche appartient au réseau AGAPI ( réseau de crèches solidaires et écologiques ) et cela fait vraiment écho à mes valeurs. J’ai envie de continuer l’aventure avec eux. ».
Il s’inscrit au CNED pour préparer le CAP Petite Enfance, tout en étant embauché en contrat aidé à la crèche Minid’Hom d’Argenteuil. Une ancienne crèche parentale, reprise par AGAPI. Sa rigueur, son sens de l’organisation acquises tout au long de ces années de restauration et sommellerie, sont mises au service de l’équipe. Qui apprécie.
Son contrat est prolongé. Il envisage de préparer le concours d’EJE. Aujourd’hui Adrien Charlot est un homme heureux qui a trouvé un équilibre de vie. Aussi curieux que cela puisse paraître il y a un fil conducteur à sa vie professionnelle : la famille (la vraie ou celle de substitution), la rigueur, l' organisation, les valeurs, le respect. Tout cela a un sens. Même si dans le luxe « on met un costume, on joue un rôle » alors qu’au contact des jeunes enfants, on est forcément dans l’authenticité.
Le jeune homme reconnaît que sa paternité n’est pas pour rien dans ses choix. «  Etre père m’a remis en perspective dans les relations à mes propres parents. Ils ont  divorcé quand j’avais 2 ans, ont été présents, m’ont donné beaucoup d’amour mais peu de rigueur et d’éducation. Avec Camille je voulais réparer quelque chose en lui donnant ce que je n’avais pas eu. En fait, j’ai compris qu’il fallait donner à ses enfants ce que l’on est. ». Et qui est-il Adrien Charlot ? Un éducateur né. « J’aime le contact avec les enfants. Mon projet : leur apporter la confiance ».
Souvenez vous du jeune homme de 23 ans qui finissait sa formation au Crillon et qui manquait cruellement de confiance en lui … Vous voyez, la boucle est bouclée !

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Modifié le 29 juillet 2016