Anthony Taochy : tout pour la petite enfance

À 29 ans, Anthony Taochy a déjà une grande expérience dans la petite enfance. Bénévolat dans son quartier, transport scolaire, animation, concours d’auxiliaire de puériculture, assistant maternel dans la MAM café Vanille qu’il a co-créée ... et le voici maintenant auxiliaire de puériculture en milieu hospitalier. Ce papa d’un garçon de 7 ans et d'une petite fille de 2 ans, est « tombé » dans le monde des bébés et de l’enfance très tôt ! C’est sa passion. Rencontre.
Une vocation née à 12 ans
Sa maman a été cantinière et nounou « non agréée », sa sœur est assistante maternelle agréée et lui, Anthony, à 12 ans, était déjà bénévole dans une association de quartier destinée à faciliter l’intégration et l’épanouissement des jeunes. Et déjà à cette époque, il sait qu’il travaillera auprès des enfants. Que c’est dans ce monde qu’il s’épanouira. Il sent déjà qu’il a les qualités humaines pour cela : la patience, la générosité, l’écoute et la disponibilité.
En 2008, son bac ES en poche, il décide de chercher un travail avec les enfants. Pas envie de faire de longues études, plutôt envie de « tester » sa vocation. Il devient alors accompagnateur en transports scolaires. Et ça lui plaît. Même si, bien sûr, il ne compte pas en rester là ! Dans un premier temps, il se fixe comme objectif de devenir animateur.

En 2012, Anthony obtient son Brevet d’Aptitude de Formation d’Animateur (BAFA) et se fait connaître auprès de nombreux centres de loisirs sur la commune de l’Etang Salé (Île de la Réunion). En travaillant aussi bien avec des petits de 3 ans que des jeunes adultes de 18 ans, Anthony se démarque très vite de ses collègues. Il faut dire que ce n’est pas la motivation qui lui manque ! Apprécié et encouragé par la Mairie, il se voit offrir un contrat avec le Centre Communal des actions Sociales (CCAS) en tant qu’animateur en périscolaire pour une période de 6 mois.

Major de sa promotion d’auxiliaires de puériculture
Pourquoi s’arrêter là ? Le jeune homme a de l’ambition. Il décide de préparer le concours d’auxiliaire de puériculture : internet, annales pour tests psychotechniques, fiches, suivi de l’actualité… Anthony donne tout ce qu’il a et obtient avec succès sa place à l’Institut de Formation d’Auxiliaire de Puériculture (IFAP) de Saint-Pierre de l’Ile de la Réunion. En 2014, il en sort diplômé. « Major de ma promo où nous n’étions que deux garçons » annonce t-il avec fierté. Il enchaîne alors les stages et découvre l’hôpital mais aussi le travail en crèche, qu’il aime et où il est apprécié. On lui dit souvent : « Tu es un homme, tu travailles très bien auprès des enfants et tu t’adaptes bien avec les parents. Tu changes le regard sur le fait d’avoir un homme en petite enfance. Tu devrais voir plus loin ». Mais on lui dit aussi : « Tu n’as pas peur des regards des parents sur le fait d’être un homme ? ». Question à laquelle il a toujours su répondre avec sang-froid et sûreté : « Je suis un homme, je connais mon métier et mes responsabilités. Si je suis diplômé et que l’on me demande de travailler dans ce domaine, c’est que j’ai la capacité de le faire ». D’ailleurs, il prend souvent le temps d’expliquer aux parents son choix et son rôle.

Un « tonton » très pro !
Et ça marche ! Les parents sont conquis, les collègues féminines apprécient sa compétence, sa rigueur et les enfants l’adorent ce « tonton » comme ils l’appellent. Un tonton « professionnel » précise-t-il. Mais un surnom qui lui plaît et qui va bien. Très paternel et heureux à l’idée de voir un enfant grandir, Anthony a trouvé ce qu’il l’épanouissait : « J'apprends de nouvelles choses tous les jours avec eux, et voir un enfant sourire constamment me donne encore plus envie de continuer à les accompagner dans leur développement ». Il aime travailler en équipe mais après presque 10 ans de travail auprès des enfants, il a un autre projet en tête : devenir assistant maternel et exercer en MAM; créer une MAM avec un projet pédagogique qu’il aura peaufiné lui-même et avec d’autres assistants maternels qui partagent ses idées et objectifs. « Le métier d’assistant maternel me permet de créer un lien particulier avec les enfants accueillis (ce qui est plus difficile dans une crèche puisque les enfants sont beaucoup plus nombreux et le personnel souvent instable). C’est métier où j’ai plus de responsabilités et qui correspond à mes qualités et mes envies » explique-t-il.

Café Vanille, une MAM très familiale
En octobre 2015, la MAM Café Vanille ouvre ses portes à l’Etang-Salé Les Hauts. Ses co-équipières sont sa belle-sœur, l’épouse de son beau-frère, toutes deux titulaires d’un CAP petite enfance et une amie, auxiliaire de puériculture comme lui. Anthony a tout fait pour rendre ce lieu le plus accueillant possible grâce à des aménagements entièrement pensés pour le bien-être des enfants. Mais la MAM est aussi écologique : jardin bio, arrosage avec récupérateur d’eau, tri sélectif, couches lavables… C’est la 22ème MAM de l’Ile de la Réunion, la seule à employer un homme. Un sujet de fierté pour Antony qui croit à la mixité professionnelle, dans l’intérêt des enfants, pour l’équilibre des équipes, et le plus grand bonheur des papas … qui se sentent moins seuls !

L’hôpital lui ouvre grand ses portes
Anthony prend beaucoup de plaisir au sein de sa MAM mais, dans un coin de sa tête, il n’oublie pas son envie de travailler en milieu hospitalier. Ça tombe bien ! Le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Saint-Pierre recherche des auxiliaires de puériculture. Grâce à son diplôme, il peut postuler et obtient cet emploi ! En septembre 2017, Anthony fait donc son entrée dans un univers différent mais toujours auprès des enfants - en commençant à la nurserie, dans le service de néonatologie. Par ailleurs, le CHU recherchait des auxiliaires de puériculture pour le service de réanimation. Anthony - seul homme auxilaire de puériculture de ce service - l’intègre et se charge des animations pour les enfants malades. « On leur propose des activités adaptées à leur situation, on est beaucoup dans l’échange. Le but est de les sortir de leur quotidien compliqué et de les faire penser à autre chose qu’à leurs soins ».

Malgré son expérience dans la petite enfance, le jeune homme doit apprendre à travailler différemment. En effet, les enfants malades doivent rester dans un lieu fermé pour éviter les bactéries qui risqueraient de les fragiliser encore plus. « Ce n’est pas toujours facile, souligne-t-il, mais cela m’a permis de beaucoup évoluer dans la communication car il faut échanger avec eux, les rassurer, plus que n’importe quels autres enfants ».

Devenir infirmier ?
Anthony se plaît tellement dans ce milieu qu’il envisage même de devenir infirmier ! « Le parcours hospitalier m’intéresse énormément, mais ce qui m’attire le plus, c’est d’être auprès de l’enfant » précise-t-il. Pourquoi ne pas devenir tout d’abord infirmier stagiaire pour ensuite passer titulaire ? Cela est toujours dans sa tête !

Citoyen engagé pour la petite enfance
À 29 ans, Anthony ne peut s’arrêter là. Il veut aller plus loin. Il a la vie devant lui. Une vie professionnelle qu’il veut riche et toujours auprès des enfants ou dans l’intérêt des familles.
En 2020, chaque citoyen français votera pour le nouveau maire de sa ville. Le fait d’être l’un des seuls hommes dans la petite enfance et son parcours atypique lui ont permis d’être approché par la liste sans étiquette de Mathieu Hoarau qui se présente à l’élection de l’Étang Salé. Le rôle d’Anthony dans cette liste ? Revaloriser les métiers de la petite enfance, créer de nouveaux établissements d’accueil… « Nous sommes en manque de structure dans la ville, déplore-t-il. Malgré le fait qu'il y ait quatre MAM, une crèche sous la responabilité du CIAS et deux micro-crèches, il faudrait avoir une autre crèche avec une quarantaine de places en plus. » En effet, les listes d'attentes sont longues à l'Étang Salé, "certaines femmes anticipent même leur place avant d'accoucher", constate Anthony.

Mais le jeune homme a encore d’autres projets en tête. « La PMI m’a proposé de créer un Lieu d’Accueil Enfants-Parents (LAEP), afin de valoriser la parentalité, de donner des conseils sur l’allaitement, sur l'acquisition de la propreté explique-t-il. J’enchaîne mes rendez-vous avec des LAEP qui sont déjà ouverts à la Réunion. Je suis en plein montage du dossier et en pleine étude pour voir son implantation sur notre ville. »
Autre problème sur la commune : le périscolaire. « Les parents, dont moi-même, sont obligés de faire appel à des nounous qui se retrouvent surchargées avec 9 à 10 enfants chacune, témoigne Anthony. J'ai adhéré à l'association de parents d'élèves de l’école de mon fils, afin de me battre avec eux pour que le périscolaire se met en place sur notre ville. »
Anthony souhaite porter ces projets coûte que coûte, même si sa liste n’est pas élue. Ce qui est certain, c’est qu’il a fait son trou dans ce monde dit de femmes et qu’il n’est pas prêt de quitter la petite enfance !
Article rédigé par : Louise Duclos
Publié le 16 octobre 2016
Mis à jour le 25 septembre 2019