Céline : le choix d’être assistante maternelle après des années en crèche

A 32 ans, Céline Boudet a déjà un certain recul sur l’accueil de la petite enfance. Auxiliaire de puériculture en crèches privées puis publiques, elle a aujourd’hui fait le choix d’être assistante maternelle. De l’accueil collectif en petite ou grosse structure à l’accueil individuel, en passant par la néonatalogie, la maison de retraite et ses diverses formations, la jeune femme livre son regard sur l’accompagnement des tout-petits et sur le « prendre soin » en général. Pointant les richesses et les limites de chaque environnement, qui la font toujours avancer un peu plus.
Son Baccalauréat littéraire en poche, Céline Boudet, originaire de Touraine, fait un an en faculté de psychologie. Elle y étudie notamment le développement de l’enfant, ce qui lui donne envie d’être éducatrice de jeunes enfants. Elle rate de peu le concours, mais ne se décourage pas et passe avec succès le CAP petite enfance, puis le concours d’auxiliaire de puériculture.
Elle commence par travailler neuf mois en service de néonatalogie dans un centre hospitalier à Nîmes. Et expérimente pour la première fois la relation aux parents. « J’ai trouvé ça magique, raconte Céline. Souvent on vient à la petite enfance pour le lien aux enfants. Moi j’avais un très bon contact avec eux, mais en néonat c'est également essentiel d'accompagner les parents dans les premiers soins… C’est ce qui m’a donné envie de continuer à être présente pour les familles. »

Les avantages de travailler dans une grande structure
Céline fait ensuite ses premiers pas en crèche en tant que professionnelle, dans une structure privée de soixante berceaux au sein d’un grand groupe. Elle doit alors s’approprier un projet pédagogique conséquent, très exigent, pointilleux jusque dans les moindres détails. « Ce n’était pas simple de commencer par cela, mais j’en suis ressortie grandie », estime-t-elle. Si le poids du fonctionnement se fait sentir sur sa pratique, elle apprécie de bénéficier de toute l’impulsion que peut apporter une grande administration.

Tel un psychologue avec qui travailler sur l’analyse de la pratique et l’observation sur le terrain, un référent pédagogique… « Là le travail de référence prend tout son sens. On suit les enfants sur plusieurs années, on travaille sur les difficultés. C’est passionnant. » L’accueil d’urgence pour les familles orientées par la PMI aussi. Ou encore, l’intervention régulière d’un médecin. « En tant qu’assistante maternelle, il est nécessaire de faire confiance aux parents, souligne Céline. A la crèche, c’était intéressant d’avoir ce suivi du médecin, de pouvoir être écoutée quand on a des doutes, conseillée. »

Sans compter les possibilités budgétaires et humaines d’un grand réseau privé ou bien d'une grosse collectivité territoriale, que ce soit pour l’achat du matériel ou le remplacement des professionnels absents. « Quand on est seule à domicile, c’est une autre pression : on se permet difficilement de s’arrêter car il y a des familles derrière. Résultat, on a tendance à culpabiliser et on s’écoute moins. »

Le même soin à apporter aux tout-petits et aux personnes âgées
Puis c’est le changement de vie pour Céline et son compagnon qui partent vivre en Vendée, pour sa reconversion professionnelle à lui. De son côté, elle ne trouve pas d'emploi d'auxiliaire de puériculture. Elle choisit alors de faire le complément aide-soignante de sa formation et travaille auprès de personnes âgées en maison de retraite puis en intérim.

Céline découvre un nouveau public, différent, mais sur lequel elle porte le même regard. « C’est drôle, j’ai l’impression qu’en fin de vie, l’adulte retrouve le regard émerveillé de l’enfant sur chaque chose. Peut-être qu’avoir plus de temps, sans être happé par les aléas et le stress du quotidien, permet cela. C’est ce qui unit les tout-petits et les personnes âgées : ils parlent le même langage, on voit des étoiles dans leurs yeux pour des choses simples. C’est assez beau à voir ! »

La jeune femme s’implique, mais doit faire face à des problématiques organisationnelles qui ne lui permettent pas de mener à bien le travail de qualité qu’elle souhaite : ce « prendre soin » qui est au coeur de ses vocations d'aide-soignante et d'auxiliaire de puériculture. Physiquement aussi, c’est pour elle plus difficile qu’auprès des enfants.
A son retour dans sa région natale, elle retourne donc travailler en crèche privée.

Etre remplaçante ou comment se recentrer sur l’enfant
Or contrairement à ce qu'elle a pu connaître au départ, dans un EAJE de vingt-cinq enfants les effectifs - comme les possibilités - sont très restreints. Elle profite donc de son deuxième congé maternité pour s'ouvrir de nouvelles perspectives : elle demande l'agrément d'assistante maternelle et passe le concours de la fonction publique. Une voie qu'elle explore en premier. Une fois le concours obtenu, elle enchaîne les CDD avant d’être titularisée.

C’est en travaillant pour la Mairie de Tours, qui dispose d’une vingtaine de structures, qu’elle découvre le confort de travailler avec un « pool de remplaçantes ». Elle le voit même comme une nouvelle porte ouverte sur sa professionnalisation et demande à l’intégrer. « Dans le travail en équipe, surtout entre femmes, on est vite happée par les cancans, les conflits… Je voulais sortir de ça et me reconnecter à l’enfant lui-même. »
Attention, remplaçante demande d’être en permanence dans l’adaptabilité. En intervenant seulement sur la journée au sein d’une structure, il faut savoir établir un lien de confiance en moins d’une demi-heure avec tous les enfants de la section. Céline l’avoue, c’est un gros challenge. Mais pari gagnant ! Elle se retrouve au cœur du métier. « Cela m’a boostée pour créer cette complicité avec les enfants grâce à des petits riens. Un lien de confiance qui prendrait des heures à instaurer avec un adulte, surtout dans les soins intimes… Mais qui peut s’installer instantanément avec un enfant. Une chanson, un sourire, et hop ! C’était magique et même émouvant de vivre ça au quotidien. »

L’envie de s’émanciper en devenant assistante maternelle
Si c’était à refaire, elle n’hésiterait pas. Mais cela lui manque aussi d’être en référence avec un enfant, d’établir un lien sur la durée avec lui, sa famille. Céline souhaite retrouver cela, mais sans être rattachée à une structure, une équipe… « Dans ce milieu, on parle beaucoup de bienveillance envers les enfants, régulièrement envers les familles, mais finalement peu envers les professionnels », regrette-t-elle.

De même, elle sent le besoin d’être plus libre dans sa pratique. La jeune femme s’est en effet souvent formée en parallèle de ses expériences. Telle une formation en relaxation ludique « très inspirante » qui comprenait du yoga, des massages, des activités favorisant l’émerveillement, l’intériorité… Ainsi que trois formations autour de la pédagogie Montessori. « J’y ai appris l’approche, pas juste comme un outil pour proposer une activité aux enfants, mais au sens large. Elle prône une grande bienveillance et une écoute active de l’enfant. Qui ne sont malheureusement pas toujours compatibles avec le fonctionnement classique d’une crèche, » ajoute-t-elle. Tout comme le concept Piklérien de la référence s’oppose parfois selon elle à la lourdeur organisationnelle du collectif.
En somme, plus Céline se forme, plus elle se sent frustrée de ne pouvoir appliquer ce qu’elle acquiert - même si bien sûr, ses passages en crèche lui offrent quelques créneaux d’expérimentation.

C’est décidé, elle va passer assistante maternelle. Ce qui lui permettra aussi d’être plus disponible pour ses deux petits garçons.

La possibilité d’être plus à l’écoute des besoins de chaque enfant
Céline prend une disponibilité et se réinscrit sur les listes d’assistantes maternelles. Elle obtient tout de suite un agrément pour quatre enfants, avec plus tard une dérogation pour en accueillir une cinquième pendant les vacances scolaires. Elle ouvre ainsi sa maison aux petits en octobre 2018.

A ce moment-là elle prend conscience de tout ce que cela implique : la cuisine, le ménage, l’aménagement, qui viennent s’ajouter à l’accompagnement des petits. Mais, a contrario, la liberté de s’organiser comme elle l’entend. Ou plutôt comme elle entend les besoins des enfants.
Si un enfant doit manger à 14h parce qu’il a dormi tard, ce n’est pas un problème. S’ils veulent rester plus longtemps à table pour papoter, jouer, pas de souci non plus. De même pour les temps de sommeil - qui comptent beaucoup pour Céline. « En crèche, je trouvais les enfants très fatigués, parce que souvent ils n’avaient pas leur quota de sommeil. Ils font la sieste rarement plus d’une heure et demi et peuvent être réveillés au moindre bruit. Dans certaines structures, j’ai vu des bébés qui ne dormaient que 30 min… ou qu’il fallait bercer pendant une demi-heure pour qu’ils s’endorment ! » Chez elle, chacun a sa chambre.
Pour Céline c’est enfin l’occasion de se libérer du poids d’une organisation rigoureuse à l’extrême, dont les enfants n’ont pas conscience et dont ils n’ont pas besoin. « Enlevé le superflu, il ne reste que le plaisir et la joie de vivre, » décrit-elle.

L’occasion aussi de proposer de nouvelles choses, comme l’approche Montessori. Pas simple quand on est seule, dit-elle, mais elle essaie et réajuste selon les possibilités. « Ainsi je suis en accord avec moi-même. Et ça fait du bien d’être authentique ! »

Le plaisir de vivre la co-éducation
Seule décisionnaire dans son accueil à domicile, Céline se sent plus à même de s’adapter aux habitudes de chaque famille. « Je me suis autorisée à être ouverte à tout. La seule limite que je donne : tant que c’est acceptable pour moi, je le fais. » Elle a par exemple accueilli une petite fille qui, à seulement 10 mois, allait déjà sur le pot. Alertés par la gêne de leur bébé de porter une couche, ses parents avaient en effet commencé à pratiquer « l’hygiène naturelle infantile ». Céline se dit pourquoi pas. Si ça fonctionne déjà comme ça, autant observer. Et si vraiment cela lui semble aller à l’encontre du bien-être de l’enfant, elle dira que ça lui pose question.

« C’est en étant assistante maternelle que j’ai réalisé qu’on pouvait fonctionner autrement, constate Céline, et que j’ai pu vivre ces nouvelles expériences auxquelles je ne m’attendais pas du tout. » En crèche, la jeune femme a toujours été gênée par les strates qu’il peut y avoir entre les parents et les professionnels de terrain. Car souvent, la famille rencontre d’abord la directrice, puis elle est dirigée vers les professionnelles pour l'adaptation. « Cette période est capitale pour tisser les premiers liens de confiance, pour en savoir plus sur l'histoire de vie des enfants et de ses proches, souligne-t-elle. J'ai connu une structure où la professionnelle référente prenait directement contact avec la famille pour l'adaptation. Le rendez-vous plus administratif avec la directrice venait après. » Pour elle, ce fonctionnement valorise la professionnelle, lui permet une plus grande disponibilité et les liens se créent plus spontanément avec les parents.

Pour la première fois, Céline vit pleinement la co-éducation. Dont elle considère, à regret, avoir moins entendu parler que de l’accompagnement à la parentalité. « Il faut rester humble et se rappeler que les parents sont les premiers éducateurs de leur enfant. Et alors le principe de co-éducation prend tout son sens ! On ne peut offrir un accueil de qualité que si l’on accepte d’être vraiment dans cette co-éducation. »

Laisser libre cours à sa créativité
A peine son accueil à domicile entamé, Céline entend parler des Girafes Awards, un concours organisé en parallèle de la Semaine Nationale de la Petite Enfance qui a pour objectif de réunir le trio enfant-parent-professionnel au sein des lieux d’accueil. Très enthousiaste, elle se lance, à peine quinze jours avant la date limite de dépôt des dossiers. Elle envoie un mail aux parents pour leur proposer des projets sur le thème de 2019 « Pareil, pas pareil ».

Une fois les retours arrivés, elle fonce. Et propose ainsi chaque soir pendant deux semaines un atelier enfant-parent. « Pour moi qui n’avais jamais eu la chance d’en faire en crèche, c’était le grand saut ! » Ils créent et expérimentent ainsi ensemble le « Matelas bazar bizarre » : une housse de couette remplie de différents matériaux. Un jour uniquement des objets sonores, ou bien une collection d'objets d'une même couleur, des ballons de baudruche ou encore un mélange de lentilles-châtaignes-pois cassés, etc. Une expérience qui évolue au fur et à mesure : en remplaçant la housse de couette par un drap housse et en disposant des élement naturels tels que de l’écorce, des branches, du lierre, des feuilles… Le matelas devient un tableau de land art, à observer avant d’aller l’explorer.
Ce projet insuffle un nouvel élan dans la pratique de Céline. « C’est hyper valorisant dans le travail de pouvoir vivre ça avec les parents. J’ai retrouvé ce lien avec eux que j’avais vécu en néonatalogie. On a passé quinze jours extraordinaires ! »

Elle découvre aussi son sens artistique. « Au gré du travail en équipe, j’étais un peu endormie… Ce projet a libéré une créativité que je ne me connaissais pas ! se ravit-elle. Maintenant, avant de proposer quelque chose aux enfants, je réfléchis toujours à la façon dont je vais le mettre en scène de manière esthétique et harmonieuse. »

Un plaisir et une énergie largement récompensés puisque pour sa première participation, Céline remporte le Prix assmat et le Prix spécial du jury. C’est donc sans hésitation qu’elle se relance dans l’aventure cette année. Justement, le nouveau thème s’intitule « S’aventurer ! ». Si elle ne veut pas dévoiler ce qu’elle prépare, elle lâche quand même que son idée est « d’aller encore plus à la rencontre des uns et des autres »… On a hâte de découvrir !
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 09 octobre 2019
Mis à jour le 23 octobre 2019