Créer des crèches, un métier qui a du sens pour Romain

Il suffit parfois d’un voyage, d’une rencontre pour changer de voie. C’est l’expérience qu’a vécue Romain Gallon, ancien ingénieur commercial aujourd’hui à la tête des crèches Tillou. Travailler dans une association pour enfants aux Philippines l’a poussé à se reconvertir dès son retour en France. Rencontre.
Des systèmes informatiques aux enfants en difficulté
Le parcours de Romain commence loin des crèches. Il effectue un master dans une école de commerce à Lille, avant de travailler comme ingénieur commercial dans une grosse entreprise d’informatique puis au sein de start-up. « Ensuite j’ai eu envie de réaliser un rêve d’enfant, faire le tour du monde » explique Romain. Un projet qu’il entreprend avec sa compagne : ensemble, ils partent sillonner le globe pendant deux ans.

C’est aux Philippines que leur voyage prend un autre tournant. Ils font la connaissance de Laurence Ligier, fondatrice de l’Association Caméléon qui accueille temporairement les enfants des rues et les jeunes filles abusées. « Une rencontre coup de cœur » pour le couple. Romain et sa compagne restent un mois dans l’association, en faisant de l’animation auprès de ces jeunes âgés de 7 à 18 ans. Rentrés en France, ils revoient Laurence qui a besoin d’un relai dans l’association aux Philippines. C’est décidé, ils repartent et travailleront sur place pendant deux ans.

Travailler auprès des enfants devient une évidence
« Une telle expérience bouleverse, ça redonne un côté humain à la vie » témoigne Romain. Entre temps, le couple se marie et a deux enfants qui seront accueillis en crèche parentale. Une très bonne formule selon Romain. « Cela crée une solidarité, un lien social. Les enfants se connaissent bien, les parents deviennent amis. Je suis toujours en contact avec certains parents connus là-bas. » A leur retour en France, Romain souhaite alors trouver un métier qui a du sens pour lui. Il intègre en 2009 le réseau de crèches « Tout petit monde » (appartenant ensuite à Babilou) en tant que responsable du développement. Il monte ainsi une vingtaine de crèches en Ile-de-France.

Au bout de 5 ans, il décide de quitter le groupe et de créer ses propres structures. « Pour plusieurs raisons, précise-t-il. Je désirais entreprendre et travailler dans une structure à taille humaine pour retrouver la proximité avec les familles. D’autre part, en étant gestionnaire on touche à tout et on a un impact sur la crèche, les enfants, les parents. » Il se rend vite compte que sorti d’un grand réseau, il est plus difficile de monter un établissement : moins d’aide, moins de reconnaissance... Mais grâce à la confiance que certains acteurs lui accordent, il ouvre en 2015 une crèche de 22 berceaux à Emerainville. Une première expérience réussie pour Romain, dont le réseau "Tillou" s'agrandira au fil des années avec deux autres crèches à Montreuil et Roissy-en-Brie, et sept micro crèches à Villiers-sur-Marne, Saint-Denis, le Perreux-sur-Marne, Montrouge et dans le 20ème arrondissement de Paris.

Impliquer au maximum les parents
Bien que Romain soit un fervent adepte de la crèche parentale, il n’opte pas pour ce système qu’il juge plus complexe. « Cela nécessite un engagement très important de la part des parents et surtout il faut qu’ils puissent s’entendre et partager les mêmes valeurs. » Mais il tient à les impliquer au maximum. Ses crèches privilégient l’adaptation libre ou « familiarisation », car il considère que c’est aux parents de se détacher de leur enfant et non à la crèche de le séparer d’eux. Ainsi à l’entrée de l’enfant à la crèche, ses parents peuvent rester le temps qu’ils veulent, le laisser selon le nombre d’heures qu’ils choisissent. De nombreuses activités sont organisées pour rassembler les familles et les professionnels : un café des parents et un atelier parents-enfants une fois par mois, des sorties avec les enfants encadrés par les parents (parc, ferme pédagogique…).

S’adapter en permanence
« Il n’y a pas une journée pareille », se réjouit Romain pour qui le secteur de la petite enfance est très riche. « Montessori, Snoezelen, la langue des signes pour les bébés… Les pédagogies sont très variées et évoluent sans cesse. Il n’y a pas de certitude, on est toujours dans l’expérimentation. » Il explique que ce n’est pas toujours évident d’intégrer les équipes au milieu de toutes ces notions, mais elles s’adaptent en permanence : « c’est génial, on se remet vraiment en cause ». D'ailleurs après la venue d'une doctorante au sein des crèches Tillou, le réseau a participé à des conférences du Centre de Recherche Interdisciplinaire (CRI) dans le cadre de leur « Baby Lab » et autour du film « Bébés », un documentaire de Thomas Balmès sorti en 2010.

Le réseau Tillou a également su faire évoluer le fonctionnement de ses structures. Repas bio, , vaisselle, produits d’hygiène et de soins plus respectueux de l’environnement, tri sélectif, pédagogie davantage tournée vers la nature… Toutes les structures ont aujourd’hui adopté une démarche écologique. « C’était important, dit Romain, donc nous avons engagé les moyens nécessaires - budget, formation et accompagnement. »
Article rédigé par : Armelle Bérard Bergery
Publié le 17 mai 2017
Mis à jour le 10 septembre 2019