Ex entraîneur de rugby, Thibault Fritz est devenu assistant maternel

Des hommes dans la petite enfance, il y en a peu et des grands gaillards d’1m92 encore moins ! Thibault Fritz fait donc figure d’exception. Aujourd’hui assistant maternel, il a passé 20 ans au Rugby Club de Vannes. Et si sa reconversion peut à première vue paraître surprenante, on comprend mieux, en l’écoutant raconter son parcours professionnel, qu’il y a un vrai lien entre son métier d’avant et celui qu’il exerce aujourd’hui. 
Clap de fin après 20 ans Rugby Club de Vannes
Thibault Fritz, 47 ans, a passé 20 ans au Rugby Club de Vannes (RCV) où il s’est occupé des jeunes rugbymen. Ce papa de 4 enfants (4, 7, 18 et 22 ans) était en effet responsable sportif du centre de formation et entraîneur des espoirs. Un métier passion certes mais exigeant avec un rythme très soutenu. « J’aurais pu continuer à entraîner mais le club devait être restructuré. Et je n’avais plus le diplôme adéquat pour être dans le rugby professionnel », explique Thibault Fritz. Et précise : « Si j’avais voulu, j’aurais pu le passer mais je n’en avais plus l’envie. Le rythme était particulièrement dense, je partais souvent le week-end pour les matchs et je rentrais tard le soir après les entraînements : bien trop d’heures passées loin de chez moi. » Sa décision est donc prise, il va quitter le RCV. Mais il lui faut trouver une nouvelle voie. 

Une reconversion en tandem
C’est avec sa compagne que l’ancien entraîneur de rugby envisage sa future carrière. Elle aussi souhaite en effet se reconvertir après avoir été éducatrice de vie scolaire dans un collège. « Nous avions envie d’avoir un projet commun, de travailler ensemble. Ce qui était sûr, c’est que nous voulions que ce soit en rapport avec les enfants », confie Thibault Fritz. Il ajoute : « Nous avons d’abord songé à monter une école alternative. Puis nous nous sommes aperçus que c’était relativement compliqué. Nous nous sommes finalement tout naturellement portés vers la profession d’assistant maternel, qui est accessible plus rapidement. » Et cela fait maintenant deux ans que Thibault et sa femme sont assistants maternels. Ils ont terminé la formation initiale et passeront en juin les épreuves du CAP AEPE. 

Concilier vie professionnelle et vie personnelle
Travailler en couple et exercer à domicile, un challenge que Thibault Fritz et son épouse ont réussi ! « On arrive bien à séparer notre vie professionnelle de notre vie personnelle. Le soir, on coupe tout ! », indique-t-il. Pour ce faire, une bonne dose d’organisation et une maison bien agencée notamment. « Nous avons chacun un agrément pour trois enfants. Nous avons donc dû réaménager notre maison pour tous les accueillir dans de bonnes conditions. Notre habitation comporte trois niveaux : le 1er est entièrement réservé aux tout-petits. Il comprend une chambre, une salle de bain et une salle d’activités. Nous avons aussi le projet de créer une salle de motricité. A l’étage, il y a une cuisine où nous déjeunons tous ensemble et une autre chambre. Le 3e niveau est exclusivement dédié à notre famille », souligne-t-il.

Une pédagogie tournée vers la nature
Pour Thibault Fritz qui a passé toute sa vie professionnelle à l’extérieur, impossible de changer du tout au tout. « J’ai passé 30 ans de ma vie dehors donc être en contact avec la nature, jouer dehors me paraît essentiel. C’est pourquoi nous sommes très souvent à l’extérieur, notamment dans notre jardin, et au minimum 2 heures par jour », explique l’ancien entraîneur, qui ne manque pas d’initier les tout-petits au rugby, un jeu qui les amuse beaucoup selon lui. Et que l’on se rassure, pas de placages autorisés pour les « espoirs » de moins de 3 ans ! Thibault Fritz pratique avec eux le « rugby touch », qui consiste à essayer de toucher le possesseur du ballon. Il signale également : « La motricité libre est primordiale pour nous. Nous considérons que les adultes donnent parfois trop de limites aux enfants. Le mieux c’est de les accompagner, ils trouvent d’ailleurs très vite des solutions par eux-mêmes. J’ai l’habitude de dire aux parents : "Vos enfants le soir, ils seront peut-être sales, auront peut-être quelques écorchures mais ils vivront une vie d’enfant." » Et ajoute : « C’est important de ne pas vivre dans un monde aseptisé. Il faut redonner la liberté d’action aux enfants. » Mais l’extérieur ne rime pas qu’avec motricité ! « Nous avons un potager, qui fait partie de notre projet pédagogique. Les enfants plantent, arrosent, récoltent et donnent leur production à leurs parents. Ils en sont très fiers ! », se réjouit Thibault Fritz.

Etre un homme, un atout dans le métier
Est-il compliqué ou non d’être un homme dans la petite enfance ? Pour Thibault Fritz, il semblerait que non : « En décidant d’être assistant maternel, je ne me suis pas demandé si le fait d’être un homme allait compliquer les choses ou pas. Avec le recul, je dirai que cela m’a plutôt aidé. » Et précise : « Je trouve d’ailleurs que la relation avec les parents est plus facile. Par ailleurs, au RAM, où j’ai l’habitude d’aller 2 fois par mois, je suis le seul homme - et même le seul assistant maternel homme à Vannes - et j’ai été bien intégré, notamment grâce à l'une des animatrices qui est une amie. Passé l’effet de surprise, mes collègues ne font plus de différence. Elles disent d’ailleurs que cela les booste un peu d’avoir un homme avec elles, qu’elles ont aussi moins d’appréhension quand un enfant tombe. Il faut dire que j’ai acquis une certaine expérience en termes d’anticipation de risque dans mon précédent métier et que je suis très calme. »

Un bilan professionnel positif
« Depuis que je suis assistant maternel, j’ai une meilleure qualité de vie. Je suis moins speed qu’avant et je suis plus disponible pour ma famille », constate Thibault Fritz. Et puis, sans conteste, cet univers lui plaît : « Je suis papa de 4 enfants donc ça aide bien sûr pour s’occuper d’enfants. Et j’ai été éducateur de nombreuses années. Or, la base de ce métier c’est d’aimer être avec les enfants. Finalement peu importe l’âge, l’essentiel, c’est de les faire rire. » Et il conclut : « Je n’ai aucun regret. Je suis heureux d’évoluer dans le monde de la petite enfance. Et si on change un jour de métier, avec ma femme, c’est sûr que nous resterons dans ce domaine. » 
 
Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 25 mai 2021
Mis à jour le 25 mai 2021