Frédérique Garré-Lafontaine, gestionnaire de crèche : « Je cherchais un projet qui ait du sens ! »

Frédérique Garré-Lafontaine est devenue gestionnaire d’un multi-accueil qu’elle a créé grâce à sa ténacité, à Montjoly en Guyane française. Itinéraire d’une reconversion assumée et passionnée.
« Contibuer au développement de ma région »
Frédérique Garré-Lafontaine nous a donné un rendez-vous téléphonique à 8 heures du matin, seul moyen de déjouer son emploi du temps bien rempli et le décalage horaire, pour évoquer son parcours professionnel atypique. Après 20 ans passés à Paris, des études de communication et de commerce, une expérience professionnelle enrichissante dans la recherche clinique et les médicaments, Frédérique choisit de revenir en Guyane française, terre de ses origines. Maman d’une petite fille de deux ans, elle réalise alors que trouver un mode de garde va être encore plus compliqué qu’à Paris. « Ici en Guyane, la population est jeune, la natalité est élevée, on construit beaucoup d’écoles mais il y a un énorme manque de place en crèche sur tout le territoire. Dans ma commune, il manquerait 400 places pour satisfaire les besoins ! », explique-t-elle.  Forte de son expérience en gestion de projet, elle choisit de se reconvertir pour créer une crèche : «  Je cherchais un projet qui ait du sens pour moi, dans le lieu où j’habite pour contribuer au développement de ma région, de ma commune et créer des emplois. J’essayais de comprendre quelle était ma valeur ajoutée, pour partager ce que j’avais acquis. Ouvrir une crèche, c’était permettre à des parents de reprendre une activité professionnelle ou leurs études, humainement c’était intéressant ! »

Bailleurs frileux, banquiers méfiants
Ce premier projet sera un véritable parcours du combattant, pendant trois ans. Frédérique s’entoure d’une équipe solide pour l’accompagner dans ce milieu ultra-normé qu’est la petite enfance. Un architecte spécialisé, une gestionnaire de crèche et un comptable l’aident à construire son projet. « Lorsqu’on crée une crèche associative, on a une directrice et un bureau pour nous soutenir et avec lequel échanger, explique-t-elle. Moi j’ai créé une société (SAS), il fallait donc que je m’entoure de personnes-ressource pour m’éclairer et demander un avis. » La première difficulté rencontrée ? Trouver un local. « Les bailleurs sont frileux lorsqu’il s’agit d’un premier projet. Ils doivent pouvoir s’engager sur un long bail de 9 ans, accepter les travaux importants de mise aux normes, les délais administratifs le temps que le dossier passe en commission… » Si les bailleurs sociaux se  montrent réticents, c’est finalement un bailleur privé qui relèvera le défi. Ensuite il faut convaincre les banques pour obtenir des fonds, investir ses fonds propres, solliciter les aides et ne pas se décourager. « J’ai été choquée de constater qu’il était si difficile de monter un projet de crèche en Guyane, avec toutes les aides dont on bénéficie (CAF, PMI, Mairie, CTG) lorsqu’on est porteur de projet, bien que le projet comporte peu de risques et que la demande soit constante. Les banques ne jouent pas le jeu et l’on peut se décourager très vite… » Le dossier passe finalement en commission CAF en plein confinement. Ensuite tout va très vite. Après trois mois de travaux, la crèche « A petits pas » est prête à ouvrir pour accueillir une vingtaine d’enfants. Elle fêtera son premier anniversaire dans quelques jours.

Le recrutement, une problématique complexe en Guyane  
Aujourd’hui, Frédérique travaille sur un nouveau projet de crèche de 24 places à Rémire, déjà plus facile à mettre en place. Car ce qui lui plaît c’est de développer de beaux projets ! Son challenge ? Constituer rapidement une équipe stable. « Je n’ai pas eu de mal à trouver un local, et puis financièrement on a de la trésorerie pour travailler sur ce deuxième projet mais je commence déjà à m’inquiéter pour la problématique du recrutement. » Car la question la plus difficile à gérer aujourd’hui c’est bien celle du recrutement. « J’ai beaucoup de mal à trouver du personnel qualifié, explique Frédérique. Aujourd’hui encore, il me manque une EJE. C’est normal, il n’y a eu que trois diplômées en Guyane cette année ! Les auxiliaires de puériculture préfèrent aller travailler à l’hôpital où elles sont payées 40% plus cher. Celles qui viennent  travailler en petite enfance sont celles qui le veulent vraiment ! » Elle explique qu’ici en Guyane, beaucoup arrivent dans les métiers de la petite enfance par facilité, peu par vocation. « Il y a une posture professionnelle à avoir, qui devient parfois trop contraignante pour certaines. Alors on manque de personnel qualifié et je ne parle même pas des diplômées !». Pour retenir son personnel, Frédérique travaille à créer une vraie dynamique d’équipe, pour leur donner envie de rester, pour créer un sentiment d’appartenance. Si elle n’a pas beaucoup de marge de manœuvre sur leur salaire, elle valorise les avantages qu’elle peut leur apporter, à savoir la formation continue, l’accompagnement pour développer leurs compétences, des primes…

Fière de son parcours, Frédérique se réjouit aujourd’hui d’avoir une équipe investie et intéressée. « Pour moi c’est une belle récompense de voir tous ces enfants ravis d’être là, lorsque j’arrive à la crèche. C’est gratifiant ! Et puis je me dis que j’ai créé dix emplois. Ce n’est pas grand-chose, mais ce n’est pas rien non plus ! »

 
Article rédigé par : Laurence Yème
Publié le 16 novembre 2021
Mis à jour le 19 novembre 2021