Parcours professionnels

Jean-François Laval, un auxiliaire de puériculture heureux

C’est l’histoire d’une reconversion improbable, mais réussie. Jean-François Laval, bac +5 en économie, a quitté un poste de direction pour intégrer la petite enfance. Il est devenu auxiliaire de puériculture, a divisé son salaire par 4 mais est aujourd’hui un professionnel épanoui qui a suivi sa vocation. 
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Jean-François Laval auxiliaire de puériculture
Un poste de directeur en entreprise où il n’est pas heureux
« Je crois que j’ai enchaîné les années d’études pour reculer mon entrée dans la vie active parce que je ne savais pas ce que je voulais faire ! » dit aujourd’hui Jean François Laval. Les diplômes il en a ! 6 ans d’études : IUT,  école de commerce et licence en finances.  Un bon salaire, un poste de directeur adjoint à responsabilités. Au bout de 10 ans, il ne se sent plus à sa place :  « Je n’étais pas fait pour le commerce, je ne m’épanouissais pas. J’avais le sentiment de m’être égaré…Et le plus difficile a été de le réaliser et de l’accepter ».
Avec le recul, Jean-François pense que la petite enfance il l’avait en lui. « A 18 ans je faisais du baby-sitting, cet intérêt pour les tout- petits était latent » Mais il n'a pas su l’exprimer et a suivi les conseils parentaux .

Congés solidaires auprès d’enfants : le déclic
Dans le cadre de son travail - grâce au système des congés solidaires -  il part deux fois deux semaines en voyage humanitaire avec l’association Planète Urgence au Bénin et à Madagascar.  Et travaille alors avec des associations locales qui s‘occupent d’enfants des rues ou hospitalisés. « C’est au retour que j’ai eu le j’ai eu le déclic se souvient-il.  C’était évident : je voulais travailler auprès des jeunes enfants. » Pas question de tout plaquer sur un coup de tête et de partir très loin. Ce n’est pas son genre. Il préfère prendre son temps, mûrir son projet, le préparer, le peaufiner. Il s’en donne les moyens. « J’ai négocié mon départ de mon entreprise, j’ai fait un bilan de compétences pendant plusieurs mois. J’ai pris le temps de regarder les différents métiers. » explique-t-il

Auxiliaire de puériculture : un choix mûrement réfléchi
A la fin de son bilan de compétences, trois métiers semblent lui correspondre : auxiliaire de puériculture, éducateur de jeunes enfants et professeur des écoles. « Eje cela m’intéressait mais je ne me voyais pas repartir pour trois ans d’études à 35 ans. Professeur des écoles, l’éducation nationale ne me tentait pas et j’avais envie d’être auprès d’enfants plus jeunes … au tout début de leur vie. Restait auxiliaire de puériculture, une formation courte et concrète qui me permettait d’être opérationnel très vite. J’avais déjà assez perdu de temps. C’est le choix que j’ai fait et je ne le regrette pas ». La dimension soins ne le gêne pas au contraire et il a déjà dans l’idée de travailler en crèche plutôt qu’en maternité même si dit-il « j’ai adoré les stages en milieu hospitalier ». En 2010 Jean-François obtient son diplôme d’état d’auxiliaire de puériculture et rejoint les 0,5% d’hommes exerçant ce métier.  Il enchaîne les postes dans différentes structures et depuis septembre, titularisé par la ville de Nantes, il travaille dans une crèche du centre-ville.
La reconversion fut pour lui un bonheur malgré une chute importante de revenus.

Auxiliaire de puériculture : un métier dont il est fier et ne se lasse pas.
Auxiliaire de puériculture depuis 7 ans Jean-François Laval persiste et signe  : «  j’adore mon métier et je suis fier de l’exercer. » Quand il avait annoncé à son père sa reconversion, celui-ci lui avait dit : « alors tu vas changer des couches toute la journée ! »  « Mais c’est faux !  Mon métier n’est ni répétitif ni routinier. » Pour Jean-François être auxiliaire de puériculture ce n’est pas seulement les couches, les repas et l’endormissement. Il y a aussi l’éveil, le jeu et tant d’autres choses encore.  « On décide de ce qu’on fait de son métier. » aime-t-il . Et lui a décidé de le rendre encore plus intéressant. « J’ai envie de réfléchir, d’observer les enfants. Bien sûr la journée est marquée par des moments-clefs mais les enfants sont différents chaque jour. Je ne m’ennuie pas. C’est très riche. »
Concrètement qu’aime-t-il dans son travail avec des jeunes enfants ? « Je trouve passionnant de suivre leur développement de leur entrée à la crèche à leurs premiers pas en maternelle. J’aime leur soif de découverte, leur regard neuf, leur spontanéité et surtout leurs émotions non trafiquées. Je suis un passionné de musique et celle-ci fait partie intégrante de mon identité professionnelle. Je suis convaincu de l’apport de la musique et du chant sur le développement psycho affectif, moteur, cognitif. De plus la musique rassemble et rend heureux !» Jean- François aime aussi travailler avec une équipe pluridisciplinaire et accompagner les familles. « J’ai la chance reconnaît-il de travailler dans une équipe assez décloisonnée et sans trop de hiérarchie. »

Lutter contre les clichés et les stéréotypes
En début de carrière Jean-François a dû lutter contre les clichés. Quand un enfant était un peu trop turbulent, une collègue disait : « si tu continues je vais appeler Jean François.»  « Les clichés pour l’homme dans notre métier c’est l’autorité et le jeu. Alors que nous pouvons tout autant prodiguer des soins et apporter la sécurité affective. J’ai eu la même formation que les autres auxiliaires de puériculture ». Quelques mamans aussi étaient réticentes, il a fallu qu’il fasse ses preuves pour gagner leur confiance.
De son côté Il se voyait comme un homme parmi des femmes maintenant « je suis juste un auxiliaire de puériculture dans un équipe
« Nous sommes peu nombreux mais nous avons un rôle à jouer contre les stéréotypes de genre. Une maman voyant son petit garçon avec une poussette n’était pas contente…Je lui ai dit vous avez peur qu’il devienne un bon papa. Au bout de 7 ans d’expérience, j’ai les arguments ! »
Il milite un peu dans ce sens et encourage les jeunes à suivre la voie de la petite enfance. « On est en ultra minorité. C’est dommage par rapport à l’image du père. Car les petits que nous accueillons sont de futurs parents.»

Faire carrière non, évoluer oui
A 42 ans, Jean-François a failli ouvrir une micro crèche avec une collègue éducatrice de jeunes enfants à Saint -Sébastien sur Loire mais devant les tracasseries administratives ils ont préféré renoncer.
« Je ne suis pas carriériste, je ne me mets pas la pression, ni de barrières ou d’objectifs précis. Pour l’instant je suis très bien comme ça. » affirme-t-il. Mais parfois les responsabilités lui manquent et il aimerait évoluer. Ses  6 ans d’études pourraient lui servir un peu plus.
« Je sais que le diplôme d’auxiliaire me bloque un peu pour évoluer. J’ai plusieurs pistes. Soit je prépare le diplôme d’Eje en VAE. Soit j’’évolue sans forcément passer de diplôme supplémentaire mais en suivant des formations. ».  Et deux directions l’intéressent : le soutien à la parentalité. Mais il s’interroge : « est-ce qu’avec un simple diplôme d’auxiliaire je peux être crédible dans ce type de travail, dans un pays où on a le culte du diplôme…je ne sais pas.» Ou encore l’accompagnement des enfants en situation handicap.
Il étudie toutes les options, et comme pour sa reconversion, ne fera rien sur un coup de tête. Ce sera un choix mûrement réfléchi.

 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 03 décembre 2017
Mis à jour le 05 décembre 2017

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