Little Agnes Nursery : une histoire familiale et amicale

Installés à Londres depuis plusieurs années, Yuriko et Frédéric sont les parents d’une petite Agnès âgée de 3 ans. Suite au confinement, à la fermeture de l’établissement qui accueillait leur fille, et avec leur ami Laurent, ils décident de monter leur propre structure : une crèche et école maternelle bilingue français/anglais. Retour sur la genèse de la création de « Little Agnes Nursery » dédiée aux enfants de 3 mois à 5 ans, qui vient tout juste d’ouvrir ses portes. 
Du consulting à la petite enfance
Frédéric de la Borderie vient du monde de la finance. En 2009, il lance Turenne Consulting, un cabinet de conseil spécialisé dans l’éducation, qui propose notamment un soutien dans le montage d’établissements scolaires. Yuriko Kagotani, son épouse, également banquière, le rejoint en 2015-2016 dans sa société de consulting. En 2010, alors conseiller culturel adjoint à l’ambassade de France au Royaume-Uni, Laurent Batut rencontre Frédéric. Pendant 5 ans, les deux hommes participent à la création du Collège Français Bilingue de Londres, et à l’ouverture, en 2015, du Lycée International de Londres Winston Churchill. En 2016, Laurent intègre Turenne Consulting. « Nous avons travaillé avec beaucoup d’écoles à l’étranger (Afrique du Sud, Hong Kong…) et toujours dans une optique de créer des établissements à programme français bilingue voire trilingue », explique Laurent. Et ajoute : « Le consulting peut parfois être frustrant, car on donne des conseils pas toujours suivis (...) On part aujourd’hui dans la petite enfance qui n’est pas notre cœur de cible. C’est un autre monde passionnant avec d’autres défis. »

Little Agnes Nursery : trouver une solution d’accueil pour leur fille
Et de fait, Yuriko, Frédéric et Laurent, vont devoir relever de nombreux défis pour que « Little Agnes Nursery » voit le jour. « Ce projet est né d’une situation que nous avons subie. Celle de deux parents qui travaillent, qui pendant le confinement de 4 mois l’an dernier doivent adapter leurs horaires pour s’occuper de leur petite fille. Et puis, à la sortie du confinement, la crèche dans laquelle Agnès allait a dû fermer ses portes en raison de difficultés financières », raconte Frédéric. Yuriko et Frédéric se retrouvent donc sans mode de garde pour leur fillette. Finalement, la crèche est rachetée par un groupe et rouvre sous un autre nom. « La communication n’était pas bonne. Nous étions toujours en contact avec le personnel de l’ancienne crèche, qui était inquiet et ne savait pas à quelle sauce il allait être mangé par les repreneurs. On a beaucoup échangé ensemble. Et puis à un moment on leur a dit : "si on se lançait, est-ce que vous nous suivriez ? " Nous étions à la fin de l’été 2020 », indique Yuriko. Si au début, c’était sur le ton de la plaisanterie, très vite le projet devient sérieux. « Nous savions que ce ne serait pas facile, que c’était très réglementé, que nous n’étions pas dans notre zone de confort mais nous voulions trouver une solution pour notre fille (…) et donc créer une structure en réengageant une partie du personnel - pour l’instant deux - de l’ancienne crèche », confie Frédéric. Laurent se joint à l’aventure.

L’odyssée commence…
Par la recherche immobilière. Coup de chance, à la rentrée 2020, les trois amis trouvent une crèche tout près de chez eux (condition sine qua non), en difficultés financières, qui leur propose de reprendre le bail et tout son mobilier. « Nous sommes en confiance. Nous faisons toutefois les dernières vérifications et faisons donc passer un responsable des normes d’incendie. A noter que le local était un ancien pub, mais comme il avait été transformé en crèche, nous pensions qu’il n’y avait aucun problème », indique Frédéric. Malheureusement, c’est la déconvenue. L’inspecteur incendie leur annonce que ce n’est pas aux normes car il n’y a qu’une seule porte de sortie, et notamment aucune au sous-sol. Un moment très compliqué pour le couple et Laurent, qui avaient dit au personnel de démissionner. Contraints et forcés, Yuriko et Frédéric retrouvent une crèche pour Agnès pendant la 2e vague au Royaume-Uni. Dans le même temps, une nouvelle réglementation passe. Celle-ci est favorable à tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’ouverture d’une crèche dans le sens où elle étend les types de locaux dans lesquels une nursery peut être installée. En parallèle, connaissant plusieurs agents immobiliers, ils relancent leur réseau. Très rapidement, on leur propose deux unités de bureau. Dès novembre, le projet reprend vie !

De déconvenues en déconvenues
Echaudés par le premier projet qui était tombé à l’eau, Yuriko, Frédéric et Laurent prennent contact avec la municipalité pour être sûrs que les locaux peuvent bien être utilisés comme crèche. Ils espèrent un retour à Noël mais devront attendre 3 mois pour avoir la confirmation. Entre temps, le personnel de l’ancienne crèche s’inquiète et se demande s’il doit chercher un travail ailleurs. De son côté, le propriétaire des locaux s’impatiente. Bref, une période de doute s’ouvre qui prend fin avec soulagement en février 2021. Les travaux commencent et s’achèvent 1 mois et demi plus tard. Mais le couple et Laurent se heurtent à un nouvel obstacle. « Pour ouvrir une crèche au Royaume-Uni, il faut qu’il y ait une inspection qui donne un numéro d’enregistrement. Sans celui-ci vous ne pouvez pas accueillir d’enfants », indique Frédéric. Et poursuit : « Cette visite comprend une partie sur la réglementation et une autre sur les apprentissages. » Concernant, cette dernière, Yuriko détaille : « la loi anglaise fixe un cadre avec 7 zones de compétences (communication et langage, développement personnel et social, développement physique, maths, alphabétisation, découverte du monde, expressions artistiques) et dans chaque zone, il y a des objectifs à atteindre qu’il convient d’adapter pour chaque enfant. » S’ils pensaient que c’était au directeur de la structure d’en être responsable, ils découvrent que ce n’est pas le cas et que c’est à eux qu’il en incombe. L’OFSTED, l’organisme gouvernemental qui se charge des inspections, a changé les règles. « Il s’est aperçu que bien souvent les investisseurs laissaient au manager tout gérer et ne le supervisait pas », précise Frédéric. En clair, lorsque le manager est un employé, il doit être évalué par ses supérieurs et pour cela ces derniers doivent en savoir suffisamment. Une seule personne est interrogée par l’inspecteur. C’est Yuriko qui se dévoue. Pendant 2 mois, elle travaille non-stop là-dessus pour devenir incollable sur toutes les questions réglementaires, qu’elle connaissait déjà plutôt bien puisqu’ils avaient élaboré un document à l’attention du personnel, mais surtout sur celles qui ont trait aux apprentissages.

Le Graal tant attendu
Le 10 juin 2021, c’est l’inspection. Pendant 4 heures (3 heures de questions et 1 heure de vérification réglementaire), Yuriko est interrogée seule. « Le principe, c’est que l’inspecteur regarde si dès le lendemain de sa visite la crèche peut ouvrir », précise Laurent. Si le retour est négatif, il faut tout reprendre depuis le début. « Un an de travail se jouait », ajoute Frédéric. Yuriko relève le défi et le 14 juin, l’OFSTED leur remet la certification. Les professionnelles sont définitivement embauchées et la communication pour faire connaître la nursery débute. 

Une réglementation bien précise
Le 5 juillet, c’est l’ouverture officielle. Little Agnes nursery est vouée à accueillir 55 enfants âgés de 3 mois à 5 ans, de 8h à 18h. Frédéric précise : « Parmi les réglementations, il y a un ratio en m² qui dépend de l’âge des enfants. Pour les moins de 2 ans, par exemple, c’est 3,5 m² par enfant. Et aussi un ratio pour le staff : pour les moins de 2 ans, il faut un adulte pour 3 enfants, de 2 à 3 ans, c’est un pour 4 et pour les 3-5 ans, il faut un adulte pour 8 enfants si ce n’est pas « qualified teacher » et un pour 13 si c’est un « qualified teacher ». En pratique, Little Agnes nursery peut accueillir 9 bébés de 3 mois à 20 mois, 12 enfants jusqu’à 3 ans et 34 enfants de plus de trois ans. 

La particularité de Little Agnes Nursery : le bilinguisme
Little Agnes nursery est la seule crèche français/anglais dans le centre de Londres. Pour l’instant, les deux employées (la manager et la deputy manager) sont britanniques. Un recrutement est en cours pour une professionnelle francophone. « Le principe du bilinguisme, c’est que chaque personne parle sa langue maternelle », déclare Laurent. Yuriko confirme : « On veut que l’enfant puisse identifier une langue à une personne, car si chaque personne parle les deux langues, l’enfant n’arrivera jamais à construire la langue qu’il apprend. » Elle ajoute : « On dit souvent si vous commencez trop tôt l’apprentissage d’une autre langue, cela va les embrouiller, et ils auront du mal à apprendre leur langue. (…) Ces langues qu’il entend vont développer différentes zones dans son cerveau. Cela crée des connexions et il pourra développer plus tard des compétences autres que celles liées au langage. » Laurent renchérit : « Cela développe la flexibilité de la réflexion et cela permet à l’enfant de s’habituer à être adaptable mais aussi à connecter les choses d’univers différents. Il sera donc plus à même de gérer l’interdisciplinarité qui est de plus en plus demandée. Et d’avoir des chemins de traverse pour avoir une vision des problèmes multifocale ». Et précise : « On n’est pas à 50/50 car chaque enfant a une personne référente (…) En revanche, toutes les activités dirigées par les professionnelles seront à 50% en français et à 50% en anglais. »

« La thérapie par la danse » : une séance par semaine
Yuriko, Frédéric et Laurent vont mettre en place des séances de danse dispensées par Takeshi Matsumoto, un ami japonais danseur professionnel, au sein de Little Agnes Nursery. « Ses parents ont trois crèches à Kawasaki à côté de Tokyo et accueillent des enfants qui ont des troubles du neuro-développement. Takeshi a beaucoup travaillé dans ces structures. Comme il avait l’amour de l’art et de la danse, il a développé une approche unique via des mouvements de danse et la musique pour aider les enfants atteints du trouble du spectre de l’autisme. ll est aussi engagé dans des projets menés auprès d’enfants réfugiés de Thaïlande », expose Yuriko. « La pandémie et le confinement ont eu beaucoup d’impact sur les enfants. Certains ont un retard de socialisation, des niveaux d’angoisse non verbalisés qui se manifestent par des troubles du sommeil, des difficultés à partager l’espace et l’attention des adultes et donc nous pensons que Takeshi peut apporter beaucoup avec « la thérapie par la danse » qu’il a développée », note Laurent. Dès septembre, les tout-petits dès 3 mois pourront donc bénéficier d’une séance par semaine.
Article rédigé par : Caroline Feufeu
Publié le 20 juillet 2021
Mis à jour le 17 août 2021