Nilda Santos, EJE libérale  : «J'aurais aimé commencer ma carrière à l'aube de l'arrêté du 29 juillet »

Nilda Santos n'est pas une pro comme les autres. Son cheminement professionnel en atteste : avant de devenir EJE libérale et consultante certifiée en VAE, elle est passée par le travail à la chaîne à l'usine, les ménages chez les particuliers, les babysittings, les postes de gouvernante et d'auxiliaire parentale... Son constat : toutes les expériences professionnelles sont enrichissantes dès lors qu'on a un but, une passion. En filigrane, une conviction : le diplôme ne fait pas la professionnelle. Retour sur son parcours étonnant et inspirant.
 
Quand l'usine nourrit une passion pour la petite enfance
Si on devait la décrire en quelques mots, on pourrait retenir la passion, la persévérance, la motivation... D'origine portugaise, Nilda Santos arrive en France à l'âge de 18 ans après un début de vie professionnelle un peu chaotique. « J'ai arrêté mes études avec un niveau de 3e. Je ne savais pas vers quoi m'orienter, le Portugal traversait une crise économique majeure et mes parents n'avaient pas les moyens de financer des études supérieures. J'ai fini par travailler à la chaîne, à l'usine », se rappelle-t-elle. Cette expérience difficile, Nilda la résume en quelques mots sans équivoque : « J'avais lu un jour un citation qui décrivait parfaitement ce que je ressentais : 'l'usine est le lieu du bruit des machines et du silence des hommes' ».
Pour autant, ces premiers pas professionnels ne sont pas vains. C'est aussi à cette époque que Nilda se réfugie dans ses lectures scientifiques et développe une appétence qui ne la quittera jamais : le développement du jeune enfant.

Il n'y a pas de petit métier
Après son installation en France, Nilda gagne sa vie en faisant le ménage chez des particuliers. Une activité que certains pourraient déconsidérer et pourtant la jeune femme y voit, là encore, une opportunité : « J'ai mis la même rigueur dans ces emplois à domicile que j'en aurais mis en étant salariée d'une entreprise. C'est grâce à eux que j'ai appris le français, pu m'imprégner et m'adapter à la culture française, » continue-t-elle, tout en rappelant que c'est aussi à cette occasion qu'elle a fait ses premiers pas dans la petite enfance. Elle commence alors par des baby sittings, puis signe un contrat d'auxiliaire parentale, avant de devenir gouvernante. « Ces expériences ont toutes été très enrichissantes : non seulement je m'éclatais avec les enfants, mais j'ai pu me former progressivement et continuer mon travail de recherche, » souligne-t-elle.

Quand la VAE ouvre des portes
Côté formations, Nilda commence chez Iperia par des modules courts sur les activités pour enfants, le développement du jeune enfant, etc. Autant d'apprentissage qui viennent nourrir sa pratique au quotidien. Puis, au détour d'une fin de contrat avec un de ses particuliers-employeurs, Nilda franchit un cap. Un temps au chômage, elle découvre la Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) et obtient par ce biais son CAP petite enfance. « La VAE m'a ouvert les portes de l'accueil collectif. A l'époque, il était très rare d'obtenir un poste sans diplôme. Les structures avaient encore des viviers de CV dans lesquelles elles pouvaient piocher, » se souvient-elle.

Prendre son envol... en équipe volante !
C'est véritablement à ce moment que le parcours professionnel de Nilda Santos prend un tournant. Embauchée par la Communauté d'Agglomération Roissy Pays de France, elle en intègre l'équipe volante de professionnels de la petite enfance. Rattachée à deux crèches référentes, Nilda partage son quotidien entre les 12 structures de la Communauté en tant que coordinatrice petite enfance.
« On parle d'équipe volante, mais je préfère parler d'équipe de soutien, » explique Nilda Santos. « Ces équipes sont souvent les parents pauvres de la petite enfance, mais pour moi, c'est tout l'inverse. Cela a été une expérience passionnante qui m'a permis de découvrir différents types de management, de pédagogies, de dynamiques interpersonnelles, » continue-t-elle. Lors de cette première expérience en crèche, Nilda suit aussi une formation à l'Institut de la Petite Enfance sur la libre exploratoin éducative, développe des projets d'ateliers de lecture ou de temps d'éveil sur les émotions... Et elle prend goût au déploiement de projets. « Après ma formation, je suis allée voir une des directrices de crèche pour lui proposer de repenser son organisation. Dans cette structure, il y avait une organisation verticale classique avec des espaces cloisonnés entre les groupes des petits, des moyens et des grands. Powerpoint à l'appui, je lui ai suggéré d'ouvrir des portes, littéralement, de passer à une organisation horizontale permettant aux professionnelles de mieux communiquer et partager leur pratique, » explique-t-elle.

Une autre VAE, un autre temps fort de vie
Un succès qui lui donne l'envie d'évoluer toujours plus. Vers une autre VAE, pour devenir EJE cette fois. Si la démarche aboutit, elle n'en reste pas moins difficile. Pour Nilda Santos, c'est un véritable bouleversement. Elle apprend, à cette occasion, beaucoup sur sa pratique, mais aussi sur elle : « J'ai bien senti qu'il fallait étayer mes connaissance de terrain par de la théorie. Cette VAE avait du sens, » continue la pro. « Par contre, ce à quoi je m'attendais moins, c'était à quel point elle m'a engagée à me remettre en question, à mieux me connaître. Je n'étais plus la même personne après cette validation,» constate-t-elle.

Forte de ses nouvelles compétences, Nilda cherche encore à évoluer, se teste, tâtonne pour trouver son équilibre. Elle prend un temps la direction d'une crèche privée de 80 berceaux, mais décide de passer à autre chose, quand au bout de quelques mois, elle se rend compte qu'elle ne connaît même pas les prénoms des enfants. Autre groupe, autre poste. Elle rejoint une équipe volante de directeurs de crèche, qui la confirme dans l'idée qu'elle est faite pour repérer ce qui ne va pas, pour tirer les équipes et le travail auprès des enfants vers le haut.

Vers plus de liberté pédagogique
Nilda Santos opère alors son dernier virage professionnel (en date) en 2021. Le jour de son anniversaire, elle décide de se lancer et crée son statut d'auto-entrepreneur. « Je manquais de liberté pédagogique, je n'avais pas assez de marge de manœuvre pour faire ce que j'aimais réellement, » constate-t-elle. Avec ce statut, elle s'ouvre à des nouveaux horizons. Au gré des rencontres, elle est amenée à accompagner les équipes de l'Unesco au Sénégal, où le secteur de la petite enfance est en pleine restructuration, à parler de son métier, de ses expériences. Elle fonde même, suite à ces échanges, une association (Educ Impact) pour le soutien à la petite enfance dans les pays d'Afrique et contemple, in fine, ces quelques mois avec fierté : « Avant au Sénégal, il n'y avait aucune règle concernant la création de crèches. Aujourd'hui, il y a un décret auquel j'ai participé ».

De retour en France, Nilda continue à voler de ses propres ailes. Son nouveau titre : EJE libérale. Ses dossiers du moment : des audits pédagogiques en crèche, des formations à destination des assistantes maternelles et des services petite enfance, mais aussi l'élaboration d'un programme de facilitateur pédagogique « dans le but d'apporter la pédagogie aux crèches qui n'arrivent pas a recruter des EJE ».

Du personnel non diplômé en crèche : et alors ?
Le recrutement des professionnels, Nilda Santos est intarrissable sur la question. De sa propre expérience, elle tire une conviction : « la VAE a fait ses preuves, à la fois pour les professionnels qui peuvent monter en compétences et pour les structures qui peinent à renforcer leurs rangs », explique celle qui est depuis devenue consultante certifiée en VAE. Elle en tire aussi une perception toute particulière de l'actualité du secteur, à contre-courant de la doxa usuelle. « J'aurais aimé commencer ma carrière à l'aube de l'ârrêté du 29 juillet (qui autorise, sous certaines conditions, l'embauche de personnel non qualifié en structure d'accueil, ndlr.) », affirme-t-elle. « A mes yeux, c'est un faux problème. On embauche des personnels non qualifiés dans le privé depuis des années. Et pourquoi pas ? Un diplôme ne fait pas un bon professionnel, son absence non plus d'ailleurs. Etre un bon professionnel, c'est mobiliser plus que des compétences techniques. Il faut avoir une vraie connaissance de soi et de ses limites que les diplômes n'enseignent pas. Comment, par exemple, peut-on prétendre accompagner les enfants dans leurs émotions, si on n'arrive pas à comprendre les siennes ?, » s'interroge-t-elle. Et de préciser : « j'ai toujours été intéressée par les métiers de la petite enfance, cherché à comprendre, à connaître, à apprendre tout ce qui concerne les tout -petits. Ce n'est pas le diplôme qui fait la curiosité et la motivation ».

Pour elle, la question ne réside donc pas dans le diplôme, mais dans l'accompagnement des professionnels non formés. Son credo : on ne peut pas demander aux professionnels déjà en poste ou aux gestionnaires de former des personnels non diplômés pendant 120 heures, alors que souvent « les équipes n'ont déjà même pas le temps d'aller aux toilettes ! ». La clé : confier leur accompagnement à des personnes externes aux structures, afin de permettre un suivi cadré et contrôlé. Des personnes comme elle, finalement !

Pour aller plus loin, le site de Nilda Santos :  https://nildasantos.com
 
Article rédigé par : Véronique Deiller
Publié le 28 octobre 2022
Mis à jour le 08 novembre 2022