Le droit à l’imperfection. Par Amandine Micoulin

Puéricultrice, cadre de santé

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professionnelle avec deux enfants
Dans notre quotidien professionnel, on s’autorise très peu la baisse de régime, la défaillance, l’erreur. Et pourtant, il est nécessaire de se donner le droit de se tromper, de ne pas être parfait, de ne pas savoir, d’avoir pris le mauvais chemin.
Le lion, quand il sort pour chasser dans sa jungle, il est bien dit que statistiquement il échoue 7 fois sur 10 avant de capturer sa proie non ? Si mes calculs sont bons, 70 % de sa vie est donc un échec mais ça n’en fait pas moins le roi de la jungle !  
J’ai tendance à prôner ce genre de chose mais je l’avoue, parfois c’est difficile de l’appliquer à soi-même.

On a envie d’être le bon professionnel, la directrice bienveillante, l’auxiliaire accueillante, l’accueillante chaleureuse. On veut être l’assistante maternelle professionnelle, la CAP avertie.
Oui, mais si finalement accepter que nous ne le sommes pas c’était le début de la professionnalisation ?

Je me souviens de cette première fois où "les filles" m’avaient demandé de surveiller les enfants à l’heure de la sieste. Nous étions en difficulté, une épidémie de conjonctivite avait fait rage dans l’équipe, je venais d’arriver de mon cher hôpital.
Bien sûr, j’ai répondu sachant la situation critique, appelez-moi lorsque vous partez en pause pour que je vous remplace.
Je suis allée bercer et coucher les enfants, le sourire aux lèvres, la démarche sûre.
En mon for intérieur, j’étais terrorisée : je n’avais jamais travaillé en crèche, les enfants dont j’avais eu la charge jusqu’alors étaient intubés et sédatés. Les inquiétudes ont commencé à fuser en moi : et si les enfants pleurent car ils ne me connaissent pas assez ? Si je n’arrive pas à les gérer ? S’ils ne dorment pas, s’ils se réveillent trop tôt, etc.
Que pourrait-on dire d’une directrice qui n’est pas capable de canaliser un groupe d’enfants à l’heure de la sieste ?

Bon, maintenant que les choses sont posées, vous voyez de quoi je parle non ? Cette crainte de ne pas y arriver, de n’avoir pas su gérer, de laisser son plan de travail désordonné, de montrer à tous que nous ne sommes pas toujours de bons professionnels.
Cette peur d’avouer que l’on n’a pas su réagir, que oui, cette fois, on a levé le ton, que l’on a fait ce change sans y penser, que l’on a mal trié ces maudits déchets.

Et bien, oui … et alors ?
Donnons-nous le droit d’être si parfaitement imparfaits. Gardons notre énergie dans l’idée du « je ferai mieux demain » plutôt que dans la culpabilisation excessive.
N’est-ce pas plus bienveillant envers nous-même et les autres que de dire : Bon, aujourd’hui, j’ai dit à Sarah qu’elle n’était pas gentille alors que je sais très bien que ce n’est pas un langage adapté.. Et bien oui, c’est vrai, demain je ferai ce qu’il faut pour trouver les bons mots.
Hier, à l’heure de la sieste, je me suis fâchée après Mattéo qui refusait de se coucher et faisait trop de bruit, alors que je sais que ses parents se séparent et que cela le rend anxieux.
Bon ben oui, c’est vrai, demain je penserai à débriefer avec l’équipe de ses besoins et j’adapterai ma conduite pour y répondre, surtout quand je sens qu’il m’énerve.

Parce que effectivement, s’occuper des enfants en bas âge demande beaucoup de patience et qu’ils mettent parfois nos émotions à rude épreuve. Un « je ne suis pas certaine d’avoir bien agi » est toujours plus productif qu’un « ah mais non, je ne vois pas. Moi ? j’ai levé le ton ?…  ».
Cette ouverture nous oblige à nous dépasser, à nous remettre en question. Elle éclaire nos doutes, nos failles et nous rend plus humains.
Et finalement n’est-ce pas cela que nous souhaiterons transmettre aux enfants ? La possibilité de se tromper : tomber pour mieux se relever, encore et encore, et finir par marcher à force de persévérance...
Article rédigé par : Amandine Micoulin
Publié le 03 juin 2019
Mis à jour le 13 juin 2019