Entre ce que je pense et ce que je dis…Par Anne-Cécile George

Infirmière-Puéricultrice, directrice de crèche

Vache qui donne un biberon à un bébé
Nous sommes dans une société où nous devons tout contrôler :
-    Contrôle des émotions
-    Contrôle des sphincters
-    Contrôle des connaissances
-    Contrôle des papiers !
Over-control.  Tout est sous contrôle et soumis à contrôle. En tant que professionnelle de la petite enfance, on doit également contrôler nos moindres dires qui sont parfois pris pour paroles d’évangile par les néo-parents à la recherche du guide, du gourou. On ne doit bien sûr pas se substituer aux familles, et laisser chaque parent à sa place de parents. Valoriser ce qu’ils pensent, leur méthode éducative, leur façon de faire, leur ressenti pour leur petit d’homme. Car le parent, et lui seul, sait ce dont son enfant a besoin. Un sixième sens se développe alors même que le bébé passe la filière génitale, avant même qu’il ait poussé son premier cri. On sait. Parce qu’on est fidèle à l’expression : « je le connais comme si je l’avais fait ».
Alors on prodigue des conseils, mais on les formate à la sauce OMS, GEMRCN et AFFSAPS*.  Une des principales informations et prévention que je donne aux familles, me fait mal à la mâchoire à chaque fois que je la prononce. Mais si je ne m’y attelle pas, je peux risquer :
1.    De passer pour le Doc Emmett Brown dans Retour vers le futur
2.    Le procès pour « dérive sectaire » portant atteinte aux us et coutumes alimentaires françaises
3.    Pire, un placement de mes loupiots. Shame on Me. Pour une puéricultrice, c’est moche.
Je te parle du lait. Le lait de vache, c’est bon. (Pour le veau.). On est beaucoup à le penser, peu à le dire. Un peu comme dans la franc-maçonnerie, on sait à qui on a affaire grâce à cette simple phrase-mot-de-passe « tu aimes le lait ? » « Le lait ? C’est pour le veau ». Et là, tu sais qu’il fait partie du clan et qu’il prend du lait de noisettes au petit déjeuner. Alors voilà : on doit dire, qu’il est recommandé de boire et de manger des produits laitiers. Pour la croissance de notre future génération chérie. Les enfants, c’est l’avenir. Notre avenir. Si on pouvait leur donner du lait en perfusion, ce serait mieux. Pour les industriels surtout. Pour les enfants, moins. L’OMS conseille néanmoins fortement l’allaitement maternel, et moi aussi pour le coup. On l’encourage, sans forcer bien évidemment. Moi-même je n’ai pas voulu allaiter, car l’allaitement c’est toujours très personnel. Un don de soi. Et puis, je n’étais pas sensibilisée comme aujourd’hui à son intérêt. Comme je l’ai déjà dit, on suit une formation de puéricultrice, mais on chemine bien après être sortie de l’école. On avance, on s’informe, et c’est ce qui fait vivre nos métiers. Mais après. Le lait, comme dit le spécialiste Henry Joyeux, contient des facteurs de croissance. Pour rappel, le veau prend 365 kilos la première année grâce au lait de sa mère. Quand le petit d’homme en prend entre 6 à 8. Il y a même l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire, oui allez celui-là je te le donne) qui a étudié en 2012 les liens entre la consommation de produits laitiers, leurs facteurs de croissance et les cancers.  Alors quand il y a débat entre collègues sur ce qu’il est préférable de proposer entre le lait entier, le lait de croissance ou le lait demi-écrémé… je me garde bien de dire le fond de ma pensée et d’évoquer le nom d’Henri Joyeux, au risque de passer pour l’illuminée de la tablée. Toi aussi, à la lecture de la chronique, tu t’offusques et penses à voix haute : « mais qu’en est-il du CALCIUM ?! ». Comme me disait une amie récemment, en Afrique, pas de Danette quand c’est la fête et pas de chiffre alarmant en terme d’ostéoporose. Le calcium végétal est beaucoup mieux assimilé par l’organisme, car tu as du l’entendre maintes et maintes fois « tout le monde est plus ou moins intolérant au lait de vache ». Vrai ou faux ?
Jusqu’alors je ne jurais que par les yaourts, le fromage et mon bol chocolaté du petit déjeuner. Et puis il y a eu un déclic. Celui que tu as quand tu vois les images de toi à 18 balais, et que tu comprends qu’il va falloir passer à la crème anti-ride. Une sorte d’évidence. Qui l’était pour d’autre bien avant toi, mais auquel tu ne faisais pas attention. Parce que tu avais d’autre chat à fouetter, et que les préoccupations évoluent en fonction de l’âge,… du porte-monnaie aussi. Quand tu commences à t’intéresser à ce que tu manges, et que tu penses à « que ton aliment soit ton médicament », tu t’orientes forcément vers une logique bio. Autrement dit du biologique. Et quand tu as des enfants, encore plus. Sans tomber dans l’excès « bo-bo » habitant sous la tour Eiffel et ne jurant que par le lait de jument, j’ai voulu changer nos habitudes alimentaires pour offrir un capital santé de qualité à miss-chipie et bébé-fonceur. Plus de fruits bios, plus de légumes bios. Je discutais il y a une semaine avec un agriculteur, qui m’expliquait qu’à chaque étape de la maturation d’une pomme, l’agriculteur pulvérisait pesticide et fongicide jusqu’à atteindre la pomme zéro défauts, une pomme colgate qui brille et qui sourit dans ton assiette. Le noyau semble exempt de tout traitement. Plutôt rassurant.
Alors quand une maman de la crèche m’interpelle sur les conseils alimentaires, j’oscille toujours entre parler de l’équilibre nutritionnel (les quantités, les genres, le classico-équilibre de nos chers livres) et la qualité. On n’en parle très peu (ou pas) dans nos bibles de puéricultrices. Et je ne vais pas mentir en disant que le prix du caddie augmente de 20 à 30% quand on prend du bio. Mais si l’on achetait beaucoup moins de viandes (il paraît que les français en mangent trop), et que nous basculions ce budget sur l’achat de fruits et légumes bios ?  
Confidence pour confidence, quand tu commences à manger bio, ben forcément, tu deviens écolo. C’est un cercle vertueux. Car tu en parles autour de toi, et tu t’aperçois que tu n’es pas seul. Ton voisin fait son compost. Ta copine récure son évier au vinaigre. Les crèches municipales réfléchissent à fabriquer elles-mêmes leurs produits ménagers, les professionnelles de la structure se renseignent pour mettre en place une collecte de « bouchons d’amour » dans le but de financier des fauteuils roulant handisports. Et là, tu t’aperçois que quelque chose est en marche. Parce que quand tu t’aperçois qu’autour de toi les gens respectent l’environnement, forcément ils respectent leur prochain, leur avenir, leurs enfants.
Donc entre ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais : Le delta est là. Sans culpabiliser qui que ce soit, je m’efforce de distiller, sensibiliser, à petite dose… Tout est  une question de dosage dans la prédication. Et puis, c’est pour la bonne cause.



*Si tu es courageux, tu peux taper ces sigles sur google et trouver ton bonheur.


 
Article rédigé par : Anne-céciloe George
Publié le 31 mai 2016
Mis à jour le 31 mai 2016