La propreté. Par Anne-Cécile George

Directrice de crèche, infirmière-puéricultrice

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petite fille sur le pot
Il s’agit là d’un sujet incontournable dans la petite enfance au cœur de toutes les préoccupations parentales à l’approche de la première rentrée scolaire. J’en ai moi-même fait l’expérience pour mes deux enfants, et si pour le premier je suis tombée dans tous les travers, j’ai compris une chose : c’est qu’on ne décide de rien. L’enfant donne le tempo. Le terme de propreté sera l’objet de beaucoup de controverses, car en France on aime jouer sur les mots. Alors vous l’appellerez comme bon vous semble, j’avais proposé dans une chronique ultérieure « parcours initiatique vers un contrôle sphinctérien ». Je trouve que c’est un peu long et un peu pompeux, alors ici on ne parlera que du fond en toute première intention.

La première visite à l’école se déroule en général au mois de juin et la rencontre avec la directrice met souvent l’accent sur la propreté « il est évident qu’il faudra qu’il soit propre à la rentrée ». Les parents en avaient bien entendu parler dans leur entourage, à commencer par la grand-mère qui s’était exclamée « il n’est toujours pas propre cet enfant ? A mon époque, on les mettait sur le pot dès qu’ils savaient marcher ! ». Oui, mais l’époque a changé. Désormais, dans le monde de la petite enfance, chacun s’accorde à dire qu’il faut suivre le rythme de l’enfant.  S’il est interdit de refuser l’entrée à la maternelle à un enfant qui n’a pas encore acquis le contrôle des sphincters, nombreux sont les directeurs d’école à faire pression sur les familles. Et maintenant que la directrice a donné son avis sur le sujet, il semble inéluctable que les parents, l’épée de Damoclès sur la tête, fassent à leur tour pression sur leur enfant.

De retour à la maison, on attaque dans le vif du sujet « Allez zou ! Finies les couches, maintenant tu porteras des petites culottes, il faut que tu sois propre pour la rentrée ». Interloqué par ce changement radical de comportement, le jeune enfant n’aura pas le même engouement pour la culotte. Elle aura beau vanter les super-héros de la publicité, se targuer d’être une princesse ou arborer de jolis nœuds, cette culotte n’en restera pas moins l’objet de la crispation de papa et maman. Pour faire plaisir, il y aura un pipi dans le pot qui aura pour effet direct de susciter des explosions de joie chez les parents. Il apparaitra alors un sentiment de contrôle chez l’enfant : « pipi sur le pot » = plaisir des parents (deviennent fous à la seule évocation d’un pipi, alors imaginez la grosse commission c’est la fête à Dédé !), « pipi culotte » = parents mécontents (froncement de sourcils, chantage, plaintes, débriefing lors du souper). L’enfant jouera très certainement de ces effets prodigués sur l’adulte. Les psychologues privilégient la modération dans les encouragements (comprendre : n’en faites pas trop). Mais avant d’entrer dans la psychologie, parlons de physiologie !

Si mémé avait raison quand elle disait qu’il était inutile de proposer le pot à un enfant qui n’a pas acquis la marche, il faut également que l’enfant soit mature au niveau du contrôle de ses sphincters, qu’il soit mature concernant le décryptage de ses besoins - « je ressens l’envie d’uriner ou de déféquer » - et bien sûr qu’il soit mature psychologiquement - « je suis prêt à abandonner la couche au profit des waters ».
Ces trois conditions réunies, nous pouvons proposer le pot à notre enfant. Si au départ il y a des loupés (dans le langage commun, beaucoup parlent d’accidents… ce qui peut s’avérer plutôt péjoratif quand très jeune on nous accuse d’être à l’origine de nombreux accidents, pourquoi pas un crash tant qu’on y est), rien ne sert de réprimander notre jeune chauffard. C’est déjà assez compliqué à vivre d’avoir les sous-vêtements souillés, collés à son entrejambe, entravant les mouvements, et ce parfois devant une horde d’individus du même âge que nous, sans pour autant être humiliés avec des « oh, t’as encore fait sur toi ! Ce n’est pas possible ! Tu le fais exprès », quand ne s’ajoute pas une dose de culpabilité - « Je vais devoir encore tout nettoyer, tu me donnes beaucoup de travail, tu sais ». Le fait est qu’aujourd’hui, on peut observer le même genre de maltraitance en maison de retraite. Prenez soin de vos enfants, c’est eux qui changeront vos couches plus tard. Merci. Enfin voilà, vous avez eu envie de marquer le coup en vous disant « cette fois-çi avec le savon que je lui ai passé il aura compris ».

Il aura surtout peur de se faire à nouveau sur lui et sera peut-être ou peut-être pas victime d’un blocage. Il n’est pas rare d’observer à la crèche, de jeunes enfants en proie à la constipation, implorant l’adulte de leur remettre la couche. Qu’il est rassurant de régresser pour retourner à une situation antérieure connue et maitrisée. Quand rien ne va plus, ou en tout cas quand l’enfant fait l’expérience d’une situation nouvelle et déstabilisante, la régression est fréquente. Respectons ces moments où l’enfant va se ressourcer, comme l’adulte qui régresse en se blottissant sous un plaid dans un canapé moelleux, à ne rien faire. A un moment donné, le déclic sera de se dire « bon, ça m’a fait du bien, mais la vie continue, je vais aller de l’avant ». L’enfant reprendra de plus bel ses apprentissages et l’on pourra parfois observer des bonds en avant concernant les acquisitions. Alors respectons cette période de latence avant le grand saut.
Surtout que demander la couche pour faire ses besoins est déjà le signal que l’enfant contrôle ses sphincters. Il ne fera juste pas sur les WC mais dans la couche. Alors ne soyons pas psychorigide. Cela viendra quand l’enfant l’aura décidé et quand il sera suffisamment rassuré.

Si à la crèche, les besoins sont souvent respectés, c’est encore une notion qui dépend de l’adulte, de son état d’esprit et de ses dispositions du jour (s’il a bien mangé au petit déjeuner, si son chat l’a réveillé la nuit, s’il a constaté un alignement des planètes…). Accompagner l’enfant requiert un effort, essuyer les flaques sans objection permanente une ouverture d’esprit et une bienveillance à toute épreuve.
A l’école, les signaux seront brouillés car il faudra faire pipi sur commande, forcer à la récréation même si l’on a pas envie, et se retenir pendant l’heure de cours au risque de se retrouver dans le rouge sur l’échelle du comportement. Quand l’enfant ne sera pas rebuté par la propreté approximative des toilettes (les toilettes propres étant réservées à l’adulte). C’est ainsi que certains enfants souffriront de troubles de la miction dès le plus jeune âge (le CHU de Montpellier en aura fait sa spécialité) et qui n’aura d’autre responsable que le bon vouloir de l’adulte.

La propreté, comme toute acquisition chez l’enfant (le langage, le quatre-pattes, la marche, …), se fera naturellement. Alors plutôt que cela se passe dans la douleur, gardons nos craintes et faisons lui confiance.

Pour aller plus loin, suivre notre formation en ligne Accompagner l'enfant dans l'acquisition de la "propreté"
Article rédigé par : Anne-Cécile George
Publié le 03 décembre 2017
Mis à jour le 08 août 2019