Les bisous. Par Anne-Cécile George

Infirmière-Puéricultrice, directrice de crèche

Femme qui embrasse un bébé
Pour cette nouvelle chronique, je vais traiter d’un sujet qui pourrait susciter de vives réactions tant les avis sur la question divergent. Et pourtant le sujet promettrait d’être « peace and love » rien qu’à son évocation. Je suis tendre, un peu chaud et parfois baveux. Qui suis-je ? Le bisou !
A toutes les sauces et pour tous les goûts. Le bisou guérisseur qui aide à apaiser les pleurs. Il a même été prouvé scientifiquement qu’un bisou réparateur après une blessure de guerre permettrait la sécrétion d’endorphine, l’hormone du bien-être, l’hormone qui apaise les douleurs. Pourquoi s’en priver ?
Parce qu’il y a plein de subtilités ! Prenons l’exemple du bisou qu’on impose aux enfants plutôt réticents à l’idée d’embrasser l’inconnu qu’on a croisé dans la rue. Mais l’inconnu a dit qu’on était mignon et sage, alors ça valait bien un bisou sur la joue. « Fais un bisou à la dame, à mamie valoche, à tata Gisèle, à ta sœur, à la directrice de la crèche, à la voisine, et puis à la mère Michelle qui a perdu son chat ». Nos enfants sont devenus experts en claquement de bouche, alors que nous même, adulte, avons besoin de mieux connaître et apprécier une personne avant de lui accorder un signal fort d’affection : la bise, le baiser, le bisou.
Bien-sûr, rares sont les enfants qui exultent de joie à l’idée d’embrasser la copine de la sœur à mémé. En attendant, on signifie à l’enfant que son avis n’a que peu d’importance, et que l’adulte a tous les pouvoirs. Ou encore que son corps ne lui appartient que trop peu et que le maitre de celui-ci, en tout cas jusqu’à sa majorité, c’est nous.
Alors qu’en vrai. Le plus beau cadeau, c’est le petit bisou spontané, sans rien demander.
La question se pose parfois, rarement finalement, du bisou fait par les professionnels en crèche. Un tabou ? Difficile d’être tranché sur la question. J’ai souvent entendu dire qu’il était déconseillé en raison de la juste distance avec le tout petit. A qui ce bisou fait il plaisir ? N’est-ce pas une demande de l’adulte plutôt que de l’enfant ? Si le bisou vient de l’enfant, il est clair qu’on ne le refusera pas. Mais pour parler de ma propre expérience en tant que maman. Lorsque j’ai confié mon premier enfant à une assistante maternelle, j’ai eu le cœur lourd lorsque je l’ai vu l’embrasser sur les joues. Je ne voyais pas ma fille de la journée, et mon sentiment était qu’elle se l’appropriait. Quand je reprenais mon bébé, il portait sur ses vêtements son odeur. D’ailleurs les premiers jours, mon premier réflexe était de lui changer ses habits et de lui mettre des vêtements avec notre odeur. Alors le bisou, je le laisse aux parents. L’affection peut se donner autrement, par des gestes, des attentions, le fait de contenir le tout petit et de lui dire des paroles rassurantes.
Et le bisou sur la bouche ? On en parle ? Je ne parle plus des professionnels mais des parents qui embrassent sur la bouche leur enfant. Une mode ?
Je me suis réellement penchée sur la question quand choubi-fonceur est entré dans la phase dite « le complexe d’oedipe » (il porte bien son nom, c’est super complexe).
Du jour au lendemain, choubi-fonceur a exposé clairement à sa sœur ses desseins, et avec tout l’aplomb qui le caractérise « et si on faisait un plan pour tuer papa ? ». Sans nul doute, il y en avait un de trop dans cette maison. Et ce n’était certainement pas choubi. A l’opposé des sentiments qu’il éprouvait pour son père, j’étais prête à assister à mes noces forcées. Les demandes en mariage pleuvaient et choubi essayait tant bien que mal d’accéder au graal : le bisou sur la bouche. Car l’unique bénéficiaire de ce privilège était nommé PAPA alias l’empêcheur de tourner en rond. On expliquait de manière pragmatique que mon amoureux n’était autre que papa et que lui seul avait le droit de me faire des bisous sur la bouche. Terrible aveu de notre part mais essentiel à l’évolution psychologique du petit d’homme…
Alors voilà, comment stipuler clairement cette notion quand on créé la confusion en embrassant à pleine bouche son propre enfant ? Et puis, il y a tellement d’endroit sur le corps que l’on peut bisouter sans se priver… Le front, la joue, les mains, les petits pieds. Sans omettre que lorsque l’enfant est encore un nourrisson, les baisers sur la bouche réservent bien des surprises microbiennes dont il se passerait volontiers.
Sur ce… bisous !

 
Article rédigé par : Anne-Cécile George
Publié le 31 août 2016
Mis à jour le 31 août 2016