Les chroniques d'Anne-Cécile George

Mes premiers pas de directrice…ou les joies du management. Par Anne-Cécile George

Infirmière-Puéricultrice, directrice de crèche

Anne Cécile George
Personnellement, je me remémore chaque année mes débuts en tant que directrice de crèche et jauge le chemin parcouru. Mêlé de découvertes sur le jeune enfant, sa famille, mais aussi sur le management d’équipe où j’ai grandi avec celle-ci. J’avais 26 ans quand je me suis tournée vers des fonctions de directrice adjointe. Un virage à 360 degrés car jusqu’alors je travaillais en milieu hospitalier. Des journées de 12 heures, passées debout, sans pause pipi, à enchaîner les actes techniques. Je rentrais les jambes lourdes et la tête vide. Je finissais rarement le téléfilm du soir et m’endormais comme une crotte dans le canapé. Quand j’ai pris la décision de travailler en crèche, c’était avant tout pour les horaires. (Mais aussi pour réussir à regarder un téléfilm en entier, on ne peut rien vous cacher). J’avais mon premier enfant en nourrice, et je rentrais si tard que j’avais l’impression de passer à côté de sa vie. En revanche, je débarquais sur la planète crèche où je n’avais aucun repère et étais très angoissée à l’idée de cette « reconversion ». Mais quand on est parent, on a le sens du sacrifice. J’ai donc eu le droit à mon adaptation. Et je n’ai même pas pleuré.
La prise en charge des enfants était à l’opposé de celle proposée en milieu hospitalier puisqu’il s’agissait d’enfants sains. Plus aucun acte technique. Un sevrage brutal qui ne dura guère longtemps, tant les différents aspects pédagogiques du métier étaient passionnants. Aussi, j’appris le sens du mot « management ». Terme anglo-saxon, à l’origine de bon nombre de nuits blanches, d’ulcères gastriques et autres tracas intestinaux. En tant que directrice adjointe, j’eus encore la possibilité de me cacher derrière l’autorité du chef d’établissement. « Non, je pense que la directrice ne sera pas d’accord ». Ce n’était pas moi qui disais non, je n’étais pas le dragon. Juste le gardien du temple qui filtrait les demandes : « on ne pourrait pas installer un fauteuil de massage dans la salle de pause ? » ou encore « et si on fermait la crèche à 18H00 les vendredis ? », comme celles-ci donc. En soi, ça ne m’aurait pas déplu. Mais il faut être réaliste, et surtout savoir dire non. Alors souvent je me mets à penser : « enfant/équipe : même combat ».
J’ai appris sur le tas la façon d’aborder les problématiques. Comme un enfant qui fait ses propres expériences. Car je dois l’avouer, j’étais novice en matière de psychologie de l’adulte. Alors quand une professionnelle houspilla une petite fille de 18 mois sur son incapacité à patienter pour le repas, je ne pus m’empêcher de sur-réagir. Sur le moment. Devant l’enfant. Une heure de débriefe plus tard, avec une professionnelle en pleurs ayant eu la sensation d’être humiliée, je comprenais. J’écrivais alors ma devise « Dire les choses, oui. A chaud, non ».
Et surtout, je me répétais intérieurement « on n’est pas là pour être aimé,… on n’est pas là pour être aimé… ». Oui, enfin si on peut travailler dans une bonne ambiance, c’est mieux.
Quand je suis passée à 28 ans sur un poste de directrice, je n’étais plus un filtre, je devais prendre des décisions. En vrai. J’avais bien l’aide de la directrice adjointe pour m’aiguiller, m’épauler. Mais si la décision finale n’était pas la bonne, c’était bibi qui prenais une cartouche. En général, on comprend assez vite.
Quand on débute en tant que directeur de structure ET qu’on a moins de trente ans (oserais-je dire « quand on est jeune »), le premier réflexe de survie est de vouloir se faire respecter. Asseoir son autorité. Faire des exemples. Avec le recul, j’ai parfois été dure. Plus les années passent et plus je mise sur une forme de management « win/win ». Pas de perdant, quand tout le monde y met du sien. Et surtout recentrer l’équipe sur une cible commune : la prise en charge de l’enfant et sa famille avec l’instauration de groupes de travail qui permettent de se remettre perpétuellement en question, de s’échapper de son quotidien parfois usant, de se retrouver avec ses collègues autrement qu’à quatre pattes. Des groupes qui favorisent la cohésion d’équipe.
Et puis les erreurs de débutant, ce n’est pas que la première année de direction. On apprend, toute sa vie. Les caractères varient, les équipes changent de visage.
Je me suis documentée sur la psychologie de l’adulte, les méthodes de management. Je me suis formée. J’ai fait des tests, j’ai échoué. J’ai fait d’autres tests, qui ont marché. Une passion pour la petite enfance et tout ce qui gravite autour est née. J’ai appris tellement de choses depuis que je travaille en crèche que je ne regrette absolument rien. Même pas les nuits blanches. Peut-être.

 
Article rédigé par : Anne-Cécile George
Modifié le 02 octobre 2016