Puéricultrice : se former et évoluer. Par Anne-Cécile George

Directrice de crèche, infirmière-puéricultrice

puéricultrice avec nourrisson
Cher lecteur, si tu as suivi mes tribulations de directrice de crèche de Paris à Marseille en passant par Orléans, tu dois te demander quelle est la suite de ce tour de France des crèches ?!
Ce sera donc une chronique assez personnelle que je te présenterais aujourd’hui, sur les possibilités que la profession de puéricultrice nous offre en termes de débouchés.

En arrivant sur la région, j’ai constaté qu’il y avait peu d’offres d’emploi en tant que responsable d’EAJE (deux ?) La première en CDD de 5 mois et la seconde à 80 km de mon domicile. Il fallait élargir mes recherches et dans un coin de ma tête clignotait cette envie d’évoluer professionnellement. La formation me faisait du pied depuis quelque temps car mon activité favorite au travail est de transmettre, développer les compétences des professionnels, les voir évoluer, avec pour moteur et préoccupation principale : le bien-être de l’enfant.

N’as-tu pas l’impression, lecteur, que parfois c’est tout simplement le bon moment ? Comme si la conjoncture et ton état d’esprit du moment te prédisposaient à passer le pas, à faire un choix déterminant pour le futur. Deux déménagements dans la même année, des rencontres, des paroles décisives, et une remise en question plus tard, je décidais de me lancer.
A quoi ? Passer le concours de cadre de santé pour devenir formatrice. Alors oui, tu te diras « à quoi bon passer ce diplôme quand on sait qu’on peut occuper des postes de formateur ou de directeur de service petite enfance sans passer par la case bachotage ? » Parce que depuis la loi sur le développement professionnel continu, tu dois savoir que nous avons l’obligation de nous former tout au long de la carrière dans le but d’améliorer nos pratiques, de nous perfectionner mais aussi de maintenir un niveau de connaissances et de compétences proche du soleil. Parce qu’on y apprend aussi des méthodes de conduite de projet, des méthodologies d’ingénierie pédagogique, bref des choses qui ne s’inventent pas ! Et que force est de constater qu’en testant mes formations maison, je suis passée par de nombreux échecs avant de trouver un équilibre plaisant pour les participants.

Enfin, passer ce concours ne me fera pas gagner plus d’argent (je le précise car c’est souvent ce qu’on me demande quand j’expose mon envie de reprendre les études « et après ça, tu vas gagner plus ? » « Juste assez pour me payer deux carambars et un réglisse à la fin du mois »). En choisissant de travailler au plus proche de l’humain, on sait qu’on abandonne l’idée d’être la deuxième plus grande fortune de France. Donc entre l’humain et le business, j’ai fait un choix. J’assume. Quoiqu’aujourd’hui la formation devient un vrai business lucratif. A 10500 euros l’année d’étude, je vais te faire une confidence : je vais même perdre de l’argent. Si après ça on met en doute les motivations du candidat…

Pour en revenir au concours, l’écrit consistait à rédiger une synthèse ainsi qu’un commentaire. Le sujet : les risques psychosociaux. Soulagement ! J’aurais pu tomber sur « le rôle du Parlement et de l’Etat dans la régulation du système de santé » ou encore « la certification et l’accréditation, comment faire la distinction ? ». Chauuuuuud. En bref, j’ai eu du bol. L’oral, plus ardu, exigeait l’élaboration d’un projet professionnel (la bagatelle de 15 pages) à défendre devant un jury de trois personnes. N’ayant pas fait de « prépa concours », je réalisai sur le tas les exigences de l’exercice (entre autres la rédaction du dossier) et dépassai le découragement et les craintes avec le soutien de mon entourage.

Entrer à l’école des cadres implique de connaitre le milieu hospitalier aussi bien que le milieu extra-hospitalier (comment former avec légitimité des professionnels qui se destinent à ces milieux aussi variés sans en connaitre toutes les facettes ?). Ma dernière expérience à l’hôpital remontait à huit ans en arrière, le contexte a changé. Le temps est aux économies !
Je décidai donc de faire une immersion complète en milieu hospitalier dans un service de réanimation néonatale, réanimation pédiatrique et unité kangourou. J’avais oublié l’histoire de la blouse blanche, l’alternance jour/nuit, les week-ends, les acronymes (tu n’t’oublieras pas de nettoyer la chambre à l’UK avant que le SPRI viennent pour les prélèvements, je ne voudrais pas qu’on déclenche un MARS et risquer un contrôle de la DGCCRF ou encore l’ANSM, si tu vois ce que je veux dire » (bon, je vois que tu me suis, ça me rassure)… Malgré la grande technicité qui entoure l’enfant, les qualités humaines et relationnelles demeurent incontournables. Dans son incubateur, l’enfant a droit au respect, à la dignité, au confort.
Les soins de développement sont prépondérants dans la prise en charge des enfants. Les précautions comme l’atténuation des bruits et de la luminosité, le regroupement des soins, les massages, les bains enveloppés, la peau à peau, sont autant d’éléments qui contribuent à une amélioration de son état de santé.

Cette immersion m’a permis de renouer avec mes valeurs professionnelles. Elle m’a fait réaliser qu’en crèche ou à l’hôpital, la priorité reste la même. A nous d’œuvrer pour que la petite enfance se déroule au mieux en tenant compte des conditions environnementales.
Je terminerais la chronique par cette citation de Confucius « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ».
Article rédigé par : Anne-Cécile George
Publié le 04 juin 2018
Mis à jour le 06 juin 2018