Les chroniques d'Anne-Cécile George

Quand bébé ne fait pas mes nuits. Par Anne-Cécile George

Directrice de crèche, infirmière-puéricultrice

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bébé a du mal à s
Quand je suis devenue maman, je ne m’attendais pas à ce que les nuits soient aussi chaotiques. Je n’en avais pas entendu parler à l’école de puéricultrice. Il y avait des cours sur l’importance du sommeil chez le jeune enfant avec la sécrétion de l’hormone de croissance : Dormir fait grandir ! Top. La mise en place des rituels. Check. Et aussi le fondamental : Dormir c’est se séparer. Ok. Mais après ?
Quand bébé se réveille 6 fois dans la nuit ? Personne ne m’en avait parlé, pas même ma propre mère. Cela avait été étouffé, comme tous les autres sujets peu réjouissants (l’épisiotomie, les cacas liquides, les accidents domestiques, les poussées dentaires…).
Alors quand je suis devenue maman ET que j’ai commencé à travailler en crèche, je me suis tournée vers google pour conseiller les familles mais aussi pour régler mes problèmes personnels. « Comment faire dormir … » (sur google, tu as plein d’options qui apparaissent : « comment faire dormir un chat, un chiot, un hamster » et puis j’ai trouvé la phrase automatique qui apparaissait sur le moteur de recherche « comment faire dormir un bébé ». Yes ! (après tu as les autres options « un bébé de 9 mois, de 6 mois,  qui a de la fièvre,… »).
Et là, j’ai découvert la méthode 5-10-15. Si tu n’en as jamais entendu parler, je t’explique rapidement. Tu laisses ton bébé pleurer 5 minutes, tu retournes le voir, SANS le prendre dans les bras (surtout pas ! sinon c’est péché !), tu lui parles calmement, puis tu t’en vas. Tu le laisses à nouveau pleurer 10 minutes, et enfin 15 minutes. Je sais, c’est moche. Je l’ai testé bien sûr car quand on est à bout, qu’on désire plus que tout que son bébé fasse NOS nuits et pour être soi-même plus performant au travail (plus agréable tout court dans sa vie de tous les jours), on tombe dans l’excès.

Trois ans plus tard, je redevenais maman. A la différence que j’avais lu des livres. Je n’étais pas allée glaner l’information facile sur internet, j’avais fait des recherches plus poussées. A travers mes différentes lectures (Hélène Stork, Jean Liedloff, et bien d’autres), je découvrais que bébé avait avant tout besoin de notre présence.  Oui, dormir c’était se séparer de ses parents et quand on a 3 mois, on le vit plus ou moins bien surtout quand la journée on a vu ses parents une heure avant et après la crèche. Oui, bébé avait des états d’âme lui aussi et ne s’endormait pas sur un claquement de doigt. L’adulte souffrant d’insomnie va bouquiner, instaurer de lui-même ses petits rituels qui l’apaisent, s’il ne s’endort qu’au petit matin il n’ira pas réveiller son voisin, ou ses enfants, il gardera pour lui l’énervement suscité par cette difficulté à s’endormir. L’enfant n’a pas encore cette capacité à garder pour lui ses émotions. Et les seules personnes ressources à qui il peut faire appel sont ses parents. Toujours avoir à l’esprit que l’enfant est dépendant. Il n’est ni manipulateur, ni machiavélique.
Les auteures citées plus haut démontrent à quel point dans les tribus africaines ou indiennes, l’enfant est porté continuellement par sa maman ou alors massé par ses grands-mères. Et il n’y a ni insomnies, ni eczéma, ni reflux, ni hyperactivité, ni aucun autre trouble généré par nos sociétés occidentales qui cherchent à mettre à distance le petit d’homme. Le corps de nos enfants plaide pour eux et déplore le fait de ne pas être assez porté, touché. Au diagnostic d’eczéma, le parent devra crémer davantage son bébé et… le toucher. (En sachant que le toucher favorise la libération d’une hormone de bien-être). Au diagnostic de reflux, il faudra le… porter à l’horizontal de préférence.  Au diagnostic d’hyperactivité, mettre en place une éducation positive et bienveillante. Et au diagnostic d’insomnies, rassurer son enfant davantage par le portage et la mise en place de rituels tels que le massage avant le coucher pour détendre bébé. Mais toutes ces solutions à mettre en œuvre, ne devraient-elles pas être innées et mises en place avant toute apparition de symptôme ?
La faute à notre société de la réussite qui exige qu’une maman reprenne le travail deux mois et demi après avoir accouché ?

Pour parler du sommeil à la crèche, nous faisons de notre mieux pour préserver le sommeil de l’enfant. Nous devons parfois rappeler que nous suivons son rythme aux parents qui regrettent que les siestes soient écourtées (devons-nous comprendre que nous devons assommer leur enfant pour qu’il dorme ?), à ceux qui trouvent que leur enfant dort trop à la crèche, nous rappelons que le sommeil est important dans la vie du tout petit pour se régénérer nerveusement, et grandir. Mais derrière toutes ces préconisations, je lis le regret de ne pas faire soi-même, de ne pas pouvoir garder bébé près de soi et de devoir déléguer.


 
Article rédigé par : Anne-cécile George
Modifié le 03 mai 2017