Les chroniques d'Anne-Cécile George

Soutien à la parentalité. Par Anne-Cécile George

Directrice de crèche, infirmière-puéricultrice

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Ça y est ! Les fêtes sont passées, ce fut le moment tant attendu (364 jours à compter du 26 décembre pour les enfants, en l’occurrence) où nous sommes entourés de nos proches et où nous écoutons avec le sourire le sempiternel « qu’est-ce qu’ils ont grandi » à propos de nos enfants. Mais c’est aussi la venue des conseils avertis « tu ne trouves pas qu’il zozote ? Tu devrais l’emmener chez l’orthophoniste », tout le monde y va de son « tu devrais » en matière d’éducation et quand on entend « tu devrais »,  par esprit de contraction on a tendance à ne plus écouter.

A la crèche, on rencontre souvent des familles qui nous rapportent les conseils des médecins « madame, il pleure parce qu’il fait des caprices, tout simplement » (au sujet d’un bébé de deux mois !), les conseils des sages-femmes à la maternité « il faut le réveiller pour qu’il prenne le sein ! il doit reprendre du poids » (pas de reprise de poids, pas de sortie, et pas de sortie = pas de nouveau lit ! grosso modo, faut libérer la place), et puis les conseils des grands-mères :  « pourquoi tu le portes sans arrêt dans les bras ? Faut le laisser un peu pleurer ce petit, sinon il va s’habituer ».
Pour lutter massivement contre toutes ses idées reçues, on avait le choix entre faire une manif dans la rue pour le droit à l’instinct maternel ou mettre en place des ateliers massage bébé/ toucher bienveillant au sein de la structure, le samedi, pour l’accompagnement à la parentalité. Je dis accompagnement à la parentalité parce qu’il parait qu’on ne dit plus soutien à la parentalité, c’est presque devenu un gros mot. Comme on ne dit plus « section » mais « unité de vie », et puis on ne dit plus « l’apprentissage de la propreté » mais « parcours initiatique vers un contrôle des
Sphincters » (tout un programme) ! Beaucoup de tabous autour de dénomination commune sont  créés chaque année pour une révision du Robert de la petite enfance. Si bien que dans les réunions de parents, quand une maman lève le doigt et nous dit « comment vous faites pour la propreté, à la crèche ?», tout le monde s’offusque ! Lève les yeux au ciel et ouvre grand la bouche. Comment ose-t-elle ? Enfin, étant donné que les professionnels de la petite enfance sont bienveillants, on se retient tous de lui mettre une cartouche. A mon humble avis, on peut exprimer des idées, de bonnes idées qui plus est, sans pour autant avoir toujours le terme exact.
 Pour en revenir à cet atelier massage, nous l’avons mis en place pour soutenir les familles en proie au doute parental mais aussi pour créer du lien. Nous les croisons, entre deux portes, pour un contrat, parce qu’ils seront en retard, parce que c’est la mamie qui viendra chercher Timéo le soir, parce qu’il s’est fait une bosse et qu’elle n’était pas très jolie. Mais à quel moment, on prend le temps d’écouter, de se poser. A cet atelier, nous leur ouvrons les portes de la crèche un samedi matin, rien que pour eux. Nous les accompagnons dans le massage de leur bébé, et surtout nous leur demandons de se fier à leur instinct. Se faire confiance dans le toucher. Les règles de base sont édictées : demander l’autorisation à son enfant de le masser, pas de massage des globes oculaires ni des parties génitales et tout le monde se laisse aller. Un lien se tisse entre le parent et l’enfant. Le massage contribue au lâcher prise de l’adulte et du bébé.  Après l’atelier, nous nous installons autour d’une petite table où les croissants et le jus d’orange est là pour donner de la convivialité propice aux échanges. Le top ten des thèmes abordés : l’alimentation, le sommeil, le portage, la grossesse, l’accouchement, la famille, ...
Nous ne convions pas plus de quatre familles à la fois, et les papas sont les bienvenus ! Place aux confidences et aux fameux conseils qui ont été donnés par les cousins, voisins, amis...qui les tiraillent entre le désir de bien faire et le sentiment de ne pas être fidèles à leur propre conviction.
Le sujet qui revient fréquemment et qui donne mauvaise conscience aux mamans, c’est le cododo. Elles en parlent à mots couverts, comme si elles avouaient porter du Damart. Elles ont eu les réflexions de l’entourage « un enfant, ça doit dormir dans son lit !» ou les « ah... tu...le laisses dormir avec toi ?» avec un blanc qui ponctue la fin de la phrase. Un blanc qui nous fait comprendre qu’on a tout faux, ou qu’on est faible, qu’on a rien compris au développement de son enfant. Alors qu’au fond, nos bébés ont passé neuf mois baignés dans du chaud, de la vie, et on les projette dans une cage en bois inerte recouverte de tissu. Je ne peux m’empêcher de citer Jean Liedloff : «le sentiment que ressent un enfant porté est un sentiment de plénitude ou d’essentielle bonté. La seule identité positive qu’il puisse connaître, étant l’animal qu’il est, est basée sur le principe qu’il se sent bien, bon et le bienvenu. Sans cette conviction, tout être humain est handicapé par un manque de confiance, de spontanéité, de grâce et par l’ignorance du sens global de son identité.». Nous ne l’avons pas blâmée. Ni jugée. Nous l’avons seulement accompagnée dans sa parentalité.

 
Article rédigé par : Anne-Cécile George
Modifié le 05 janvier 2017