Tous au vert ! Par Anne-Cécile George

Directrice de crèche, infirmière-puéricultrice

petite fille jouant dans la nature
Déjà la rentrée et nous voici replongés dans le tumulte de la vie active. Tu t’étais déconnecté de tes doudous technologiques et peut-être reconnecté à la nature, synonyme de fraicheur et d’oxygène, de liberté et d’émerveillement tant ses prodiges surpassent celles des hommes. Pour quitter cette période estivale en douceur, j’aborde aujourd’hui le thème des bienfaits des arbres sur nos petits d’hommes. Nombre d’articles pullulent sur le sujet, tout comme les bienfaits de l’allaitement maternel. On met en scène le plus simple, notre essence même qui était partie aux oubliettes avec l’avènement de l’industriel. Les consciences s’éveillent peu à peu. Réchauffement climatique, terre étuve, funeste présent … il fut un temps où on osait attribuer les gaz à effets de serre aux flatulences des vaches, mais tout bien réfléchi l’homo-deus3 est bien responsable de sa propre faillite. Sans limite il est capable du pire comme du pire. Il y a urgence à sensibiliser les futures générations à respecter leur environnement.

Si les sites internet utilisent sans fin les études scientifiques pour influencer vos modes de vie (« Donner des corvées aux enfants les rendraient plus intelligents » « Faire son lit serait mauvais pour la santé » (si tu recoupes les infos, faire son lit/corvée te fait mourir plus tôt mais te rend plus intelligent ! à toi de voir), les études sur les arbres envahissent nos librairies4 et c’est tant mieux ! Nous sommes tous à la recherche d’un mode de vie plus proche de la nature, et si certains pensent encore que la technologie est notre avenir, soyons plus humbles en affirmant que l’arbre est notre véritable salut.

Une immersion avec l’enfant dans la nature permet d’aiguiser son regard sur les phénomènes qu’elle opère au cours de l’année en fonction des saisons. Elle invite l’enfant à l’éveil de ses sens par les différents parfums qui s’y dégage, à toucher l’écorce, jouer avec les feuilles, écouter leur bruissement, observer les étrangetés de la nature, épier les insectes. Les grands arbres peuplant les forêts étaient là avant notre naissance, ils y demeureront après. Par la lenteur de leur croissance, ils nous enseignent la patience et une certaine forme de sagesse. L’arbre peut être un soutien pour nous offrir un peu d’ombre. Il est là malgré l’orage, les vents et les torrents d’eaux qui se déchainent. Il tempère, les humeurs, la chaleur, le CO2, nos erreurs. « Des scènes de nature […] par la fascination qu’elles suscitent, offrent du repos à l’esprit par une attention sans effort, ce qui restaure les fonctions cognitives »1.

Je n’ai jamais entendu quiconque se plaindre en disant « oh quand j’emmène mes enfants en forêt, ils sont déchaînés », disons plutôt « quand j’éteins la télévision, ils sont montés sur ressort ». C’est prouvé scientifiquement, mais nous le savons au fond de nous, la nature a un effet apaisant sur l’être humain qu’il soit grand ou petit. Il réduit l’anxiété principalement mais ses effets thérapeutiques sont nombreux : baisse des marqueurs de stress, renforcement des défenses immunitaires (les arbres diffusent des substances volatiles bénéfiques à notre système de défense)5, et enfin (argument de choc qui vaut bien toutes les tisanes) amélioration de la qualité du sommeil.

Et puis les balades en forêt resserrent les liens, on se parle en marchant, on se livre. Marcher permet à l’enfant de dépasser ses limites, de voir qu’il est capable de parcourir plus que l’itinéraire maison-boulangerie, ainsi il augmente sa confiance en lui et son gout pour l’effort.

Alors à quand les crèches vertes ? Je veux dire VRAIMENT vertes. Je vois beaucoup de pseudo crèche-écolo car on y recycle le papier et trie les déchets. L’argument Ecolo se révèle parfois être une vitrine en carton. Osons les projets ambitieux avec mur végétal, plantation d’arbres avec de vrais espaces extérieurs et faisons disparaître les revêtements en caoutchouc qui libèrent de nombreux solvants. Les chutes sont amorties par des revêtements contenant des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)2 et sont grattés et mâchouillés avec opiniâtreté par les enfants quand des micro morceaux s’en détachent (tu sais bien, cette fascination pour les petits objets, et cette propension naturelle à mettre toutes les trouvailles à la bouche). Inutile de te dire que les HAP sont cancérigènes. Comme tout ce que nous ingérons, respirons, touchons de nos jours.
L’argument de la sécurité est souvent mis en avant au détriment de la santé des enfants, sans qu’il y ait une réelle protection des chocs. Les enfants à quatre pattes sont souvent bien plus abîmés au niveau des genoux par ces revêtements qu’avec un gazon naturel. Associons la nature aux architectures urbaines ! Tout comme le gazon, le mur végétal régule la chaleur, épure l’air et se trouve être un fabuleux isolant été comme hiver, une véritable bouffée d’oxygène pour nos petits citadins. Et si toutefois, vous avez encore la chance de pouvoir faire des sorties (rapport au plan vigipirate), mettez-vous au vert, il y a tant de choses à faire.



*Sources :
 4« Penser comme un arbre » de Jacques Tassin - Odile Jacob
4 « La vie secrète des arbres » de Peter Wohllesen - Les Arènes
 2www.cancer-environnement.fr
3« Homo deus » de Yuval Noah Harari - Albin Michel
1The Conversation - article Alix Cosquer, chercheuse en psychologie environnementale, université de Bretagne occidentale.
5 Etude du professeur japonais Qing Li, médecin immunologiste au Département d’hygiène et de santé publique à l’Université de Médecine de Tokyo, membre fondateur de la société japonaise de sylvothérapie
Article rédigé par : Anne-Cécile George
Publié le 30 août 2018
Mis à jour le 30 août 2018