Braderie à la crèche. Par Arnaud Deroo

Consultant en éducation, thérapeute et psychanalyste, auteur

bébé avec portique à la crèche
Aujourd'hui, la crèche « Pimprenelle » fait sa braderie. On solde portiques, chaises hautes et les jeux qui font du bruit, les gobelets en plastique de couleur et éventuellement les relax.
La décision a été prise par l'équipe : tout ça prend de la place et ne sert pas à grand-chose, les parents ne comprennent pas tout... Cela permettra d'ailleurs d'organiser une rencontre le soir pour parler de pédagogie, de projet.
Comment, comment, me direz-vous ? C'est quoi encore ces idées d’hurluberlu ? Ce ne sont pas des idées d’hurluberlu... C’est seulement le travail d'observation et leurs connaissances qui ont montré à ces professionnels combien ce matériel est inutile dans le cadre de leur projet.

La chaise haute… Après s'être bien imprégnée de la théorie de l'attachement de Bowlby, de la notion de sécurité psychique, de l'importance du corps à corps complété par les connaissances en neurosciences et la théorie des neurones miroirs, l'équipe a mis en retrait les chaises hautes. Et depuis que les repas se passent sur les genoux l'ambiance est beaucoup plus calme dans les groupes, il y a moins de bruit, moins d'agressivité.
Et la théorie des neurones miroirs, qu'est-ce que cela vient faire là-dedans ? En donnant à manger aux enfants sur les genoux les enfants s'imprègnent du geste utile pour manger ce qui n'est pas du tout le cas quand on donne lui à manger dans une chaise haute. Les enfants deviennent ainsi plus vite autonomes.
Comme le dit Sophie, l’auxiliaire de puériculture : « les enfants reçoivent leurs doses de câlins, de vitamines bien-être, de corps à corps si indispensable, ils peuvent donc profiter de leur temps de découvertes. » (C'est cela le lien théorie-pratique)

Et les portiques me direz-vous ? C'est quoi le problème, on en vend dans tous les catalogues... Alors là, ça ce n’est pas un critère. Le portique ne tient simplement pas compte dudéveloppement moteur de l'enfant. Installez-vous sous un portique, vous verrez, ce n’est pas très agréable... Vous me direz oui mais … on ne les laisse pas non plus des heures. Non en effet, mais là n'est pas le problème. Les tout-petits que l'on place sous le portique n’ont parfois même pas le geste d'attraper et si on connait la loi céphalote-distale et proximo-distale (allez voir dans vos cours) le portique est inutile. Il est beaucoup plus intéressant de mettre des objets à leur droite et leur gauche pour qu'ils essaient de les attraper et ainsi partir vers le quatre- pattes. Dernière chose : j’ai rarement vu des adultes se balader en agitant les bras au-dessus de la tête.

Je ne vous parle pas des youpalas… Tout le monde maintenant est ok avec ça. (Veiller aussi au jeu style table où l'enfant est mis debout pour trouver face à lui des objets à toucher)

Pour les jeux bruyants... Vous savez, tous ces jeux où il faut mettre des piles et où à un moment comme les piles sont mortes, le jeu traine dans l'armoire. Vous avez aussi combien ils portent sur les nerfs surtout en fin de journée. Je me rappelle cette auxiliaire, seule avec encore trois enfants dont un bébé qui réclamait son biberon et un petit Antoine qui semblait encore plein d’énergie. L'auxiliaire pour être tranquille avec le bébé donne à Antoine un jeu style piano et Antoine s'installe et tape avec force sur les touches. « Oh non Antoine, arrête », et l'auxiliaire lui reprend l'objet. Antoine ne comprend pas. Et oui à 17H … c'est plus possible !

Pour les gobelets plastique de couleur.  L'équipe souhaite faciliter l'autonomie des enfants : ils ont remarqué que les enfants renversent l'eau, la couleur ne leur permettant pas de voir s’il en reste. Elle a même décidé de passer à de vrais assiettes. Ils intègrent dans leur pédagogie la démarche Montessori et pour cela, les repas s'organisent aussi maintenant 4 par 4.

Allez je vous laisse poursuivre votre réflexion.
Article rédigé par : Arnaud Deroo
Publié le 27 septembre 2017
Mis à jour le 05 octobre 2017